vendredi 25 avril 2008

Le devoir civique expliqué aux enculés

Viens l'prendre, le pognon! Viens!


Je ne me prononcerai pas sur les qualités d’acteur de Wesley Snipes : je n’ai tenu que dix minutes devant un des nanars où il avait le premier rôle. C’était stupide, comiquement violent et d’une lourdeur extravagante. Il va avoir du temps pour réfléchir à la place de l’art dans le cinéma : il vient de choper trois ans de taule, fermes, pour avoir niqué le fisc. Entre 1999 et 2001, le champion a palpé 38 millions de dollars (et des dollars qui valaient cher, à l’époque !) et a jugé bon de ne pas en refiler un chouia à la collectivité. Il est puni brutalement, lourdement, ce qui ne doit pas beaucoup affecter un acteur capable de jouer dans Blade…

En France, on prend souvent notre pied à critiquer l’Amérique, et je suis pas le dernier. Pourquoi s’en priver d’ailleurs : ça fait du bien et c’est abondamment justifié. Mais je ne peux m’empêcher de constater qu’une fois de plus, avec nos grands fraudeurs jamais punis, avec nos grands discours sur la solidarité, sur l’impôt progressif-qui-aide-les-plus-démunis, sur l’Amérique qui prône le chacun pour soi mais que nous autres en France on n’est pas des sauvages, on passe encore pour des baltringues.

T’as entendu parler de Jeffrey Skilling ? C’était le Pdg d’Enron. Il a fraudé, il a entubé un max de monde. Un type comme on en a chez nous, quoi. La différence, c’est que dans ce paradis du pognon qu’est l’Amérique, la justice fait moins de cadeau aux puissants que chez nous, magnifique Patrie de je sais plus quoi. 24 ans de prison, le Skilling ! Le paradis des capitalistes sans scrupule, c’est pas là-bas, c’est bien ici !

One Way : la taule !

J’attends qu’en France, un magouilleur chanteur à succès, acteur surpayé, empaffé de sportif, couturier emperlouzé ou grand patron passe quelques années en taule. J’attends.

jeudi 24 avril 2008

Network, histoire de l'avenir

Sidney Lumet

En 1976, Sidney Lumet sort Network (main basse sur la télévision, en français), un film extraordinaire qui a la particularité de sembler prémonitoire à un français d’aujourd’hui, mais que les américains ont dû prendre à l’époque comme tout à fait réaliste. Sachant que tout ce qui est américain, stupide, nuisible et désespérant met environ 15 ans avant d’arriver inexorablement en France, certains spectateurs d’alors s’en sont peut-être même inspiré pour moderniser la télévision pépère héritée du Général. Il décrit (en gros) la transformation de la télévision US en système de divertissement totalitaire, avec un ton qui passe du sérieux au plus grand comique. Comme d’habitude avec Lumet, c’est un grand film.

Pour juguler la perte d’audience du journal télévisé, une arriviste sans scrupule (Faye Dunaway dans son meilleur rôle) imagine de faire passer la direction des infos sous l’autorité du directeur du divertissement. L‘opération effectuée, on assiste à des scènes de grand burlesque qui ne sont pas sans rappeler le Canal + des années 80/90, avec, souvenez-vous, groupe de rock live pour annoncer les infos, mélange d’amuseurs grimés et des « drames » de l’actu (piège à cons !) et institutionnalisation de marionnettes. En passant, il est amusant de se souvenir que les guignolades divertissantes qu’annoncent le film furent appliquées à la télévision « libre » française par un nid de pseudo situationnistes censés incarner la résistance au Spectacle. Passons.

On peut considérer Network comme une actualisation du fameux « Un homme dans la foule », qu’Elia Kazan avait sorti en 1957, et qui disait presque tout. Je dis presque parce que, peut-être pour des raisons politico commerciales imposées, Kazan imagina que les spectateurs rejetaient l’animateur cynique à la fin du film, s’étant rendu compte qu’il les trompaient. Ce genre de happy end, devenu totalement invraisemblable, fut bien sûr évitée par Lumet.

Je signale enfin qu’entre cent qualités, ce film comporte aussi la plus drôle scène d’amour (pourtant torride), avec Faye Dunaway aux commandes…

Dans cet extrait, l’animateur-gourou vedette est convoqué par le big boss, qui lui explique clairement les choses. 1976, m’sieurs dames !…

lundi 21 avril 2008

United colors of Panthéon

J'suis copine avec des grands hommes!

Aimé Césaire est mort et à peu près tout le monde s’en fout. Tout le monde ? Non : car une femme courageuse (la brebis Ségolaine) reprend le flambeau et demande que l’insulaire soit enterré au Panthéon. A part l’ascension directe au ciel, le Panthéon, quand on est mort, c’est le must. Enfin, c’était le must jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que le Panthéon est situé à Paris. L’idée de Paris, cœur de la France, c’est une idée qui pue l’ancien régime tout autant que le jacobin. C’est une idée qui ne respecte pas les sensibilités diverses qui s’expriment dans la tolérance et la diversité locale. C’est une idée absolutiste, paternaliste, totalitaire et géographiquement insoutenable. C’est fasciste, osons le mot.

Sitôt le mot Panthéon prononcé, la République fait marcher ses engrenages, hop : une consultation, un communiqué, une décision ! Pas d’impro, pas de flottement, soyons modernes, efficaces, à l’allemande, jugulaire jugulaire ! On demande donc aux amis et à la famille de Césaire ce que pensait cézigue de la panthéonnade, et leurs avis aussi, ça nous passionne. L’hic est justement qu’en toute modestie, le défunt se considérait comme l’âme de la Martinique et que, poussant le particularisme à son point de perfection, il se demandait ce qu’un martiniquais tel que lui pourrait bien foutre sur la colline sainte Geneviève. « Vous voulez nous l’enlever une seconde fois, enculés ? » a-t-on entendu s’exclamer tout un peuple en deuil. Car se faire panthéoniser suppose avant tout de se faire coincer à l’intérieur du périph, tout Victor Hugo que vous êtes. Il faut donc renoncer aux petites tombes bucoliques de nos villages, qui font voisiner le grand homme avec le marchand de vins, la boulangère avec le député, le champion de la négritude avec l’albinos. Comme il n’y a déjà pas grand-chose à voir en Martinique (pas plus qu’en Guadeloupe, en Corse, dans les Baléares et d’une manière générale dans tous les trous perdus que sont les îles), les hôteliers locaux se disent qu’il vaut mieux que le touriste ait une tombe de grand homme à visiter sur place, plutôt qu’il reste à Pantruche profiter des têtes de gondoles de la Nation par paquet de douze. Pas bête.

Mais croyez-vous que madame Royal soit une femme à se laisser impressionner par la volonté d’autrui, fut-il défunt ? Nib ! Elle revient à la charge de belle manière en proposant ni plus ni moins qu’une « décentralisation du Panthéon » ! Qu’on construise des panthéons dans les différentes régions françaises, et nous pourrons ainsi honorer les ossements des cadors là où ils brillèrent du temps de leur splendeur ! Et c’est soudain une colonne prestigieuse de grands noms qui se constitue dans chaque province, les Gaston Deferre, les Marcel Dassaut, les Paul Bourget, les Aristide Filoselle. Mieux : Désir d’avenir et imaginons la France d’après enfin rassemblés pour couvrir le pays de monuments à la gloire des grands personnages que nous sommes tous, ou presque. Car après tout, se demande la Poitevine, pourquoi faudrait-il honorer les hommes exceptionnels dans une époque qui est tout entière façonnée par des gens ordinaires ? N’y aurait-il pas un parfum antidémocratique dans cet élitisme lyrique ? La Nation ne doit-elle être reconnaissante qu’aux « grands hommes » ? Et pourquoi pas aux mères de quatre enfants ? Et le type qui prend le métro à 60h30 chaque matin, n’a-t-il pas tout du héros moderne qu’il conviendrait de respecter ? Comme on l’imagine, la réunion du bureau du PS fut des plus fécondes.

United colors of panthéon

Soucieux de ne pas être en reste dans cette course à l’idée géniale, le maire de Paris en a même remis une couche en proposant qu’à l’exemple du Louvre, désormais décliné au proche Orient, en attendant pire, le panthéon français ouvre des succursales dans « de nombreux pays amis ». Faire rayonner la culture avec le Louvre, c’est bien. Mais je pense aux hommes et aux femmes qui sont la fierté de notre pays, et dont le reste du monde ne peut pas profiter parce que nous gardons une notion étriquée et ringarde, j’ose le mot, du territoire national. Je suis en discussion avec plusieurs villes pour que Paris ouvre des panthéons à l’étranger : Canberra, Austin et Tombouctou. Dans ce monde concurrentiel et globalisé, il est vital pour la France de faire rayonner partout sa culture et ses grands personnages, parce que l’exemple donné aux autres, c’est aussi un marché porteur.

vendredi 11 avril 2008

Je t'aime. Je te tue.

Les supporteurs? Que des gonzesses!

L’actualité, autre nom de l’information, est un piège à cons. Dès qu’on y prête l’oreille, on se retrouve au milieu d’un maelstrom d’âneries, d’événements grotesques, tragiques ou insignifiants, de faits lamentables ou poignants, révoltants ou assommants, une collection inépuisable de pitreries, de drames et d’enfantillages qui racontent plus ou moins bien notre histoire en train de se faire. Comme elle se renouvelle en permanence, l’actualité tient lieu de thriller à bien des désoeuvrés, mais aussi de roman humaniste, de recueil d’histoires drôles, de shoot quotidien ou de bible. Le plus étonnant, peut-être, c’est de trouver parmi eux des individus qui n’ont par ailleurs jamais ouvert un roman, ni un livre de philo, de sociologie ou d’ethnologie : mater leur suffit donc. Dans le fait d’être le jouet des événements, de penser par réaction à ce qu’un journal a décidé de traiter, de n’être finalement qu’un consommateur d’informations qui renouvelle chaque jour son frichti puis qui passe à autre chose, il doit se trouver une forme de plaisir qui explique le succès des gazettes. Ce plaisir masochiste, renforcé d’heure en heure par la certitude de ne rien pouvoir faire pour changer les choses (ou l’illusion du contraire), est à son tour ce qui nourrit l’indignation, le ressentiment, le dégoût, la colère, la peur, gamme exclusive sur laquelle notre société et ses dirigeants jouent l’horrible partition que chacun constate. Un chercheur qui analyserait une période historique en fonction de ses actualités pourrait-il conclure que les gens y ont été heureux, à un moment ou à un autre ? Sûrement pas.

Un des aspects les plus déprimants des actualités, en dehors d’être ce reflet de nous-mêmes, c’est leur côté disparate. On y accole la mort d’un enfant et un résultat de football, on glisse de la météo à la prochaine guerre mondiale, et on finit de toute façon par nous vanter des dentifrices et des bagnoles. Ce côté fourre-tout est la meilleure marque de l’inanité de la discipline (avant l’invention d’Internet, j’aurais sans doute dû donner une explication à cette dernière affirmation ; aujourd’hui, je m’en passerai). Mais il ne faudrait pas conclure que ce qui n’a aucun sens –littéralement - n’a pas d’intérêt. L’intérêt naît peut-être de ces frictions de faits a priori sans rapport entre eux, mais que leur mise en scène par les médias rendent soit proches, soit comparables, soit complémentaires, etc, pour peu qu’on fasse soi-même le travail.

Par définition, on devrait postuler que ce qui se passe à l’intérieur d’un stade n’a aucune importance et ne mérite pas qu’on s’y arrête. Même si cent mille personnes jubilent ensemble quand Machin frappe le ballon de la tête, il ne s’agit jamais que d’un jeu, d’un plaisir fugace, d’un micro événement qui ne change rien à la vie des hommes, au destin de l’espèce ni à la marche du temps. On nous a bourré le mou avec la victoire de l’équipe française à la coupe de football 1998, censée rembourrer le moral des français, doper leur appétit de consommer, de faire des gosses et de se raser le matin, mais : que dalle. L’euphorie fut de courte durée, comme d’hab. Il reste que certains événements sportifs ont des échos intéressants dans la société, et justifient à ce titre qu’on y prête une oreille. Le dernier en date est l’affaire de cette putain de banderole. Franceland©, ce parc de loisirs où l’on a gommé tout ce qui est sale, brutal, con, lourdingue, franc, humain et malpoli, Franceland© est en émoi. Hou ! les vilains ! Comme chacun le sait, les footballeurs sont raffinés, au moins autant que les boxeurs, et leurs supporteurs, entre deux dons caritatifs, n’aspirent à voir du beau jeu et que le meilleur gagne. Personne n’a jamais entendu « Ho ! Hisse ! Enculé ! » dans un stade, gueulé par vingt mille poitrines, scandé dans la joie régressive et la bonne humeur ? C’est pourtant une tradition, dans le plus pur esprit sportif. Huer un concurrent, prier pour qu’il se casse la gueule, n’avoir de joie que lorsque son propre« camp » marque un point, même de façon dégueulasse, c’est ça, le sport. Le sport, c’est : on gagne, et c’est marre ! Et on voudrait qu’après un siècle de ce traitement, les supporteurs se comportent dignement ? Passons.

Une bien belle image, qu'on aimerait voir plus souvent...

Cette insignifiante banderole devient quelque chose à partir du moment où un mouvement médiatico politique se développe autour d’elle, que le GIGN est mis sur le coup, que les labos d’analyse ADN enquêtent (authentique, merde !), que les juges peaufinent leurs chorus et qu’on s’apprête à rétablir la guillotine en place de Grève. Sur toutes les antennes, on tente de nous faire passer cette banderole comme le comble de l’ignominie, l’offense suprême, le blasphème atroce dont l’humanité croyait s’être débarrassé, et « on « réclame des châtiments moyenâgeux contre les coupables. A l’heure où des vidéos de gens décapités au sabre circulent sur Internet, où des accidents meurtriers sont relatés en images au journal de 20 heures, où chaque foyer sait qu’on tue, qu’on assassine et qu’on bombarde à peu près partout dans le monde, Franceland© ne peut supporter qu’on vanne les Ch’tis, les Lensois ni personne, et organise la résistance. Une certitude : la sévérité sera au rendez-vous.

L'année du handicap commence mal.

Parallèlement à ça, on apprend qu’une dame qui a tué sa fille vient d’être acquittée. Lydie Debaine n’en pouvait sans doute plus, elle avait sûrement des raisons de vouloir en finir, mais le fait est là : elle a tué sa fille, handicapée depuis toujours, et qui n’avait aucun espoir de « guérison ». Dans le droit français, les actes contre des personnes faibles sont plus durement punis que ceux commis contre des gens pouvant se défendre. Pourtant, madame Debaine a purement et simplement été acquittée, sans peine symbolique, sans sursit, sans un message de la justice qui dise à la société que tuer quelqu’un n’est pas rien. Le Parquet n’a pas fait appel, tout le monde à l’air de trouver ça dans l’ordre des choses. Et c’est forcément le nouvel ordre des choses, au moins sur le plan de la jurisprudence, dans lequel nous allons vivre désormais. Ne connaissant pas le détail de l’histoire, je n’en dirai rien de plus, sauf constater qu’on juge avec mansuétude un meurtre, et qu’on réclame une justice sévère pour une banderole grotesque. J’ai entendu que les auteurs de la banderole honnie risquent un an de prison ferme. Assisterons-nous à ça : un an de cabane pour une vanne (même de mauvais goût, même atroce, même insultante, même néanderthalienne !), et RIEN pour un meurtre (même compassionnel, même dramatique, même humain, même un meurtre d’amour) ? L’actualité nous le dira.

lundi 7 avril 2008

Son père n'était pas con

Un court extrait de Mon père avait raison, de Sacha Guitry, pour servir à l’édification des malheureux, des dépressifs, des militants, des concernés, des sacrificiels, des héros, des convaincus, des faux anarchistes, des morts-vivants, des casse-couilles, des intégristes, des espérants, des bougistes, des collectivistes, des va-t-en guerre et des simples imbéciles.

(Sacha Guitry et Gaston Dubosc dans cet extrait)

mercredi 2 avril 2008

Laissez pas passer le passé!

La diversité enfin représentée!

Quand j’étais gamin, on a fait une sortie avec l’école pour aller voir une pièce de Labiche à l’opéra de Lyon. Je ne me souviens ni de l’intrigue, ni des acteurs, ni même du titre mais je me souviens bien de l’ambiance. Une salle rouge, cossue, des velours, du bois, des sièges d’un incroyable confort, des accoudoirs formidables, des balcons ouvragés, une scène toute en rondeur que la profonde connaissance de la nature humaine et l’influence du Louis XV avait protégée des sécheresses de la ligne droite. Je me souviens finalement plus de l’esthétique de ce temple que de ce que la troupe tenta de faire sur scène, et je ne fus pas le seul. Les gamins, c’est comme ça.

Puis on considéra que le bâtiment était désuet, qu’il était insuffisant, qu’il n’était pas moderne, et on chargea Jean Nouvel de le vider de ses tripes. Le chantier dura plusieurs années : on décida de garder la façade, on plaça des structures de bois dans ses ouvertures de fenêtres, on démolit tout l’intérieur, caves et toit compris, et on rebâtit un édifice moderne à l’intérieur de la coquille, à grand renfort de béton. Tout le monde a dû voir ce genre de chantier : considérant qu’un bâtiment est beau, que sa façade est séduisante, on le vide comme un poulet et on le farcit d’escalators, d’ascenseurs, de matériaux intelligents. Les quelques originaux qui considèrent qu’un bâtiment ne peut se résumer à sa façade n’ont plus alors qu’à aller voir ailleurs si on respecte le passé. Dans une époque qui sait si bien surfer à la superficie des choses, il est parfaitement cohérent qu’on n’attache plus aucune importance à ce qui ne se voit pas, à ce qui existe à l’intérieur, et que d’un bâtiment qui a parfois plusieurs siècles de vie, on envisage de ne garder que la façade. C’est l’architecture du fake. Ça a l’air d’être ancien, ça a l’air d’être un vrai bâtiment, ça a l’air d’avoir été construit par les anciens, ça a l’air de témoigner de leur art de vivre, mais zobi ! A l’heure du body building, de la chirurgie esthétique, de la culture wikipédiesque et du crédit à la consommation automobile pour tous, il est bien normal que l’architecture participe au mouvement. D’ailleurs, plutôt que s’attacher aux pompeux et désuets concepts de notre devise nationale, Liberté, Egalité, Fraternité (et ces majuscules, j’vous demande un peu !) la République modernisée devrait fissa en adopter une nouvelle : « Ne vous fiez à rien ».

Evidemment, quand vous entrez aujourd’hui à l’opéra de Lyon, tout est moderne, c'est-à-dire froid et noir. Il faut cependant reconnaître que la transformation a été bien faite, et que les matériaux utilisés furent choisis parmi les plus nobles. Lignes épurées, murs lisses, sol glacé, ombres satinées dans une ambiance de cimetière chicos, l’endroit affiche la couleur (si j’ose dire) : vous n’êtes pas là pour rigoler.

Rigoler, en revanche, ça a longtemps été la raison d’exister de la bande dessinée. Mais depuis quelque temps, elle semble avoir mûri, on y rigole moins, on y dépense plus de fric et on s’y emmerde souvent. Entre les épopées héroïco teutoniques, les serial killers en goguettes, les polars bien pensants, les anti-héros autofictifs et les vengeuses aux seins gonflés maniant le gros calibre et la Rangers, on se mettrait à regretter le temps de Pim, Pam, Poum ! Dans l’idée de transformer la bande dessinée, de la purger des reliquats archaïques qui la déshonorent, des gonzes s’évertuent depuis quelques années à prolonger les aventures de Blake et Mortimer. Pourquoi pas ? Dès la première tentative, on sentit qu’un vent de réformes se levait sur la BD de papa. Assez discrètement au début, des personnages de nanas jeunes firent leur apparition, donnant le ton de l’œuvre de continuité qui débutait, et de la modestie de leurs auteurs par rapport au modèle qu’Edgar Pierre Jacobs nous a légué. Si ce dernier avait négligé de foutre de la meuf dans les pattes de ses si corrects héros, c’est à la fois parce qu’à l’époque, les lois du genre s’y opposaient, et probablement parce qu’il avait ses raisons. Une bande dessinée réalisée par un homme mûr, cultivé, maniaque, perfectionniste MAIS s’adressant à la jeunesse (c'est-à-dire aux jeunes garçons) des années 50/60, ça peut très bien se passer de femmes, d’épouses, de petites amies et de putes au grand cœur. Dans le chapitre féminin, Jacobs s’autorisait les concierges à boutons sur le nez, les gouvernantes en surpoids et, tout de même, les silhouettes d’élégantes en fond de décor. Pareil pour les minorités visibles : avec Jacobs, elles l’étaient beaucoup moins ! Les Chinois sont des insectes fourbes à faces de citron, les Egyptiens sont de modestes fellahs et les noirs n’ont pas encore été inventés. Pour ce qui est de l’Angliche, en revanche, on a toute latitude pour admirer la vigueur de son caractère, l’efficacité de ses astuces, la limpidité de son courage et sa capacité à œuvrer pour le bien de tous en pleine décontraction. On sera certainement tous d’accord pour reconnaître que « ça » a vieilli, comme les escaliers en bois des vieilles demeures, les murs épais d’un mètre, les fenêtres à meneaux, les cheminées noircies et les forgets pleins d’hirondelles. Mais, bordel de mouise, pourquoi faudrait-il toujours que le passé s’aligne sur notre présent ? Pourquoi faudrait-il que Blake et Mortimer se pacsent, fasse du vélo dans Paris et boycottent les JO de Pékin ? Petit à petit, à force de singer le présent, nos deux héros vont se trouver comme des cons : que faire des costumes fifty’s, du club de gentlemen, de la pipe et du chapeau, des vieilles bagnoles et des trains à vapeur ? Comme les « rénovateurs » essayent de garder tout ça en bouleversant profondément tout ce qui fait l’ambiance de la série (exclusivité du masculin, conservatisme, colonialisme, valeurs bourgeoises…), ils réussissent à faire énormément chier tout le monde.

La nécessaire modernisation des dialogues

Il y a des gens assez pervers pour estimer qu’un bâtiment du XVI ème siècle est mieux avec des poutrelles en béton, des jacuzzis, des Velux géants et un espace salon résolument bio, mais qui n’envisagent pas d’aller communier avec le XXI ème siècle dans un endroit construit pour. Il se trouve aussi des gens pour qui Edgar Pierre Jacobs est un vieux con, dont il est bon de piller l’esthétique de façade en bousillant frontalement le reste de l’œuvre, la vision du monde et la mémoire. Qu’ils aillent donc pondre de la BD ailleurs, et qu’ils laissent Blake et Mortimer peinards, dans leur époque morte.

dimanche 30 mars 2008

Lècheculisation médiatique

(L'information, piège à cons III)


Le premier qui me traite de président, j'lui nique sa mère !

Dans le domaine de la politique, il serait assez simple de démontrer, exemples à l’appui, que les médias fabriquent de toutes pièces des sujets, surfent sur certaines vagues par le biais de sondages, poursuivant un but unique et jamais évoqué : vendre du papier. Certaines périodes sont plus propices aux combinazione des médias, surtout les périodes post-électorales. On se souvient, par exemple, de la nomination du stupéfiant Jean-Pierre Raffarin au poste de premier ministre comme une période particulièrement favorable pour les médias français. Homme d’appareil et de parti depuis longtemps, le type semblait sortir de nulle part, c'est-à-dire du Sénat, du Conseil Régional de Poitou Charentes et de l’enivrant club Giscardisme et modernité. Pain béni pour les médias, qui firent leur maximum pour diffuser l’image d’homme de terrain de cet authentique pro de la politique, c'est-à-dire pour collaborer à l’édification de ce qu’on appellerait un mythe, si le sujet ne se nommait pas Raffarin… Personne n’a oublié le ton d’allégresse médiatique des articles sur ce champion des sondages, dont on vantait le sens du contact, la compassion pour les petites gens, le goût simple et la capacité (unique dans l’Histoire de France) de prononcer des phrases ridicules devant les caméras sans la moindre honte. Chaque jour, les images le montraient en Sisyphe de la poignée de main et de la tape dans le dos, tandis que les commentateurs s’extasiaient entre deux léchages de cul. La France d’en bas, rappelons-nous que c’est de lui. Puis le pitre s’est cassé la gueule, comme il était écrit qu’il le ferait, et les médias on accompagné le mouvement.


Il est bien évident qu’à l’exception de quelques benêts, personne, dans la presse mondiale, n’en n’avait rien à foutre de Raffarin ! Le problème n’est pas ici de relever une éventuelle collusion ni des « idées » trop convergentes entre le monde politique et les médias, mais une gamme de techniques de camelots que la presse utilise pour donner aux gens l’impression qu’il se passe quelque chose autour d’un personnage, souvent présenté par rapport à un modèle du passé tenu pour grand (Pinay, de Gaulle, Mendès, Jeanne d’Arc) et systématiquement éclairé avantageusement au début de ce que tout un chacun appelle désormais un « état de grâce », alors que ce n’est qu’un buzz. Sauf à croire qu’un premier ministre nommé par Jacques Chirac (n’oublions pas ce détail) pouvait se transformer subitement en homme providentiel, il était clair dès le début qu’on avait affaire à une manœuvre médiatique d’amplification systématique. Le simple ton employé à la télévision pour relater l’important déplacement du Raffarin dans une coopérative agricole inondée participait de cet entertainment, de cette auto suggestion encourageant l’optimisme et les commentaires épatés.

On a utilisé les mêmes techniques après la dernière élection présidentielle. Les sondages étaient bons pour le Pèzident, il dînait dans des palaces, faisait du yacht dans le Pacifique, se glandait les burnes dans des résidences princières ou donnait l’avis de la France dans une importante conférence internationale, c’était égal : les médias enfilaient les reportages épatés à chaque occasion, jogging poussif ou négo sévère avec la Libye (il est bien évident que je fais allusion aux médias dominants, les acteurs plus confidentiels étant généralement critiques par vocation). Il suffit d’avoir dix ans de recul sur ce genre de phénomène pour se souvenir qu’un mec élu a TOUJOURS de bons sondages pendant un temps, et qu’il se casse la gueule ensuite. C’est vrai depuis qu’on sonde, ce fut vrai pour Mitterrand et Chirac, et ça n’a pas empêché leur réélection. Accorder de l’importance aux bons sondages d’après élections est donc une abominable couillonnade indigne du journalisme le plus amateur, mais ça fait vendre du papier. Et bien sûr, l’information, même sondagière, s’autoalimente en permanence dans un sens ou dans un autre (effets bandwagon et underdog – en gros, suivisme des sondés).

Venons-en au sujet actuel : Bertrand Delanoë. Tout le monde a remarqué que les médias présentent ce type comme un présidentiable depuis pas mal de temps, contre toute évidence. Avant la dernière présidentielle, il semblait qu’il fallait absolument qu’il se présente contre Ségo, Fabius et Strauss Kahn, même s’il n’était pas d’accord lui-même… Après les municipales, on nous ressort la même salade : il a conservé sa mairie, il est « la personnalité politique préférée des Français » (sondage), il est donc très utile pour monter artificiellement un semblant de suspens au sein du PS. Ségo contre Delanoë, c’est aussi subtil que Beatles contre Rolling stones ! S’il suffisait d’être « la personnalité préférée des Français » pour être bombardé big boss, on aurait connu les règnes de Rocard, de Delors, de l’abbé Pierre, du commandant Cousteau, et on en serait bel et bien à yannick Noah… On cherche même à nous convaincre que Delanoë serait sur un parcours comparable à un certain Chirac, au motif ridicule qu’il fut lui aussi maire de Paname, alors que Chirac, patron et créateur d’un parti fort, organisant sa vie publique autour de la conquête de l’Elysée, était passé deux fois par Matignon avant. Delanoë n’a même jamais été ministre des écoles maternelles ! A part briller dans des pinces-fesses internationaux et échouer à l’organisation des J.O. qu’a-t-il fait de particulier ? Battre Tiberi ? Tapisser Paris de couloirs de bus ? Hisser la motocrotte au rang d’art du vivre ensemble ?


Un empire! Un peuple! Un maire de Paris !

Non, il est au PS depuis des décennies et n’a visiblement jamais montré d’appétit pour le rôle de chef présidentiable. Il est plus que probable que Delanoë ne sera jamais Président de la République, et même qu’il ne se risquera jamais à se présenter comme candidat. Il se fait élire assez peinard par des Parisiens « de gauche » qui votèrent OUI à 65% au référendum sur le traité constitutionnel européen, mais la France n’est pas encore couverte de bobos… Les médias ne peuvent pas se permettre de laisser une certaine forme de silence s’installer dans le flux d’informations qu’ils mijotent. Que Sarko soit mis en retrait temporairement, que le PS n’ait pas encore clairement réglé ses soucis internes, et voilà qu’on fabrique des bulles autour d’un aimable clampin, accessoirement maire de Paris, et qu’on tente de convaincre le pays que cet homme couchera un jour à l’Elysée. Pour les médias, l’idéal est probablement de transformer la vie politique en parc d’attractions, avec frissons garantis, surprise au bout du tunnel et renouvellement permanent des manèges. Tant qu’y a des cons qui paient ! C’est Franceland© fait de l’analyse politique …

mardi 25 mars 2008

T'sais quoi, en vrai : le Tibet, on s'en fout !

(ou L’information, piège à cons II )

Et on frappe dans ses mains !

Sur Bakchich, dans la rubrique « Coup de boule », on lit ce joyeux billet, qui ne manquera pas de faire réagir. http://www.bakchich.info/article3102.html En gros, l’auteur de l’article remet le Dalaï-Lama à sa place, c'est-à-dire celle du chef d’un clergé moyenâgeux et autrefois tout-puissant, qui faisait suer le burnous à son peuple en nageant dans le sous développement et la fausse non violence.

Le Dalaï-Lama est une sorte de victime parfaite qu’il est absolument inutile de vouloir dénigrer : les gens l’aiment par habitude, par effet de mode ou parce qu’il est inoffensif, comme si c’était une qualité en soi. Qu’on l’aime ou qu’on s’en foute, d’ailleurs, il faut reconnaître que les discours officiels et médiatiques sur le personnage sont rarement négatifs. On chercherait même la trace d’une simple critique à son encontre sans grand risque de trouver matière à scandale. Le Dalaï-Lama, c’est un peu le Georges Brassens de la spiritualité : ses biographies ressemblent à des quatrièmes de couv. Il faut dire que le bougre a de sacrés potes, de Richard Gere à Michaël Jackson, de Jean-Claude Carrière à l’implacable Bono, qui promeuvent son sourire et ses private sentences dans le monde entier. Il est assez rare qu’un esprit aussi simple cartonne aussi longtemps dans le show business mondial sans qu’un mouvement général de dérision apparaisse. Il est capable de dire « il faut que tu cherches l’homme qui est en toi plutôt que de laisser s’exprimer l’animal par ta bouche », sans que le genre humain se torde de rire. Le Dalaï-Lama est une sorte de super curé, un pape exotique désarmé, un chef d’Etat foutu dehors de chez lui, comme il y en a des wagons entiers sur la côte d’Azur, mais, comme il est impuissant, on l’écoute radoter avec bienveillance. Qu’un religieux au pouvoir vienne donner le même genre de conseils sur la façon de gouverner notre vie, et on entendra les admirateurs du tibétain gueuler en invoquant les croisades, la charia et le veau d’or. Les gens cools qui admirent Super Lama savent-ils qu’il est contre l’avortement, par exemple ? Modestement nommé « Océan de sagesse », le Vieux semble toutefois s’accrocher à son Tibet comme le moins sage des nationalistes serbes. Pourtant, dans la perspective d’abandon du moi et de toute idée de propriété temporelle, ne serait-il pas plus sage, justement, de chercher à vivre une vie parfaite ailleurs qu’au Tibet sinisé, sans s’accrocher à ses coutumes perdues, à son bout de terrain, à son pouvoir, à ses richesses matérielles dont on dit à longueur de proverbes qu’elles ne sont qu’un leurre, qu’une erreur, qu’un fardeau pour l’homme ?

Mais je m’emporte. La question que je voulais poser ici est celle-ci : peut-on se foutre des Tibétains ? L’article de Jacques-Marie Bourget, dans Bakchich, semblait juger de la légitimité de la liberté tibétaine à l’aune de son caractère démocratique : « Un Tibet libre ? Oui mais une démocratie. » Comme si il n’y avait pas d’autres façons d’être libre, ni aujourd’hui, ni demain, ni hier… Il s’agirait donc d’être solidaire d’un peuple qui lutte pour son indépendance si, et seulement si ce peuple désire établir un régime identique au nôtre. C’est une conception assez curieuse de la liberté. Les Tibétains, dont je me fous pas mal par ailleurs, n’auraient-ils pas le droit de choisir librement de croire à leurs réincarnations, de révérer leur dieu vivant et de s’abrutir de prières ? L’option Bourget revient à dire : établissez la démocratie ou crevez en exil. Comme si les Tibétains exilés ne devaient espérer revoir le Tibet qu’à cette seule condition.

En réalité, Bourget est comme tout le monde : le Tibet, il s’en tape. Il ne fait rien pour le Tibet, il ne part pas en guerre contre les intérêts chinois, il ne milite pas, il ne donne pas d’argent, il ne crée pas de lobby. Il est fort probable que, comme chaque lecteur de ce blogue et comme moi-même, il n’a rien fait non plus pour le Rwanda, pour le Soudan, pour l’Irak ni pour aucun autre « drame de l’actualité » (peut-être quelque pognon pour les victimes du Tsunami ? OK). Mais comme l’impuissance-indifférence est une chose difficile à admettre, à avouer, et encore plus difficile à assumer, il trouve le prétexte de la démocratie pour passer quand même pour un type « concerné ». C’est une tartuferie très répandue, c’est même la plus répandue depuis l’invention du journal télévisé.

Chéri ! Il reste des bières, dans l'frigo ?

Pour lutter mentalement contre les complexes que le JT nous file à longueur de « drame de l’actualité », nous avons inventé l’indignation stérile, la condamnation de principe et la solidarité discount. L’actualité est suffisamment violente pour nous fournir à flux tendu des occasions de passer (verbalement) pour des cœurs généreux, voire pour des héros. On assassine en Tchétchénie ? Quels salauds ces Russes ! On ratonne à Lhassa ? On devrait faire quelque chose, merde ! On zigouille au Darfour ? C’est un scandale ! Accoudé au zinc ou calé devant son écran, le citoyen informé fait semblant de ne pas être inutile en ouvrant un peu sa gueule. C’est humain, ça libère, ça permet de continuer de s’intéresser à l’actualité, comme si le monde en avait quelque chose à foutre que tu t’y intéresses, hé nabot! Non, il faut être juste avec soi-même : quand on ne fait rien pour quelqu’un, c’est qu’au fond, on n’en a rien à foutre. C’est tout aussi vrai pour l’Histoire en train de se faire. Ce n’est peut-être pas joli-joli, mais c’est ainsi. Pour prendre un exemple ultra minimaliste, combien de gens refuseront de regarder les J.O. à la télé par solidarité avec le Tibet ? Douze ? Vingt ? Ce n’est pourtant pas un geste difficile ni dangereux, mais on sait bien que personne ne le fera… Le plus joli, c’est que tout Franceland© fait comme s’il était important que chacun sache qu’il se passe des choses affreuses à l’autre bout du monde, mais personne n’en fait jamais le bilan : ça change quoi de savoir qu’un génocide se déroule au Soudan, au Rwanda, ou que les Chinois cassent du tibétain ? L’histoire a montré et montrera encore ceci : ça change que dalle.

Comme l’a peut-être dit le Dalaï-Lama, l’homme libre, c’est celui qui connaît ses limites. Il serait temps que les victimes de l’information-totale prennent conscience des leurs, et profitent ainsi de la liberté au lieu de se remplir la bouche en vain avec son joli nom.

vendredi 21 mars 2008

Happy slapping à l'Hôtel de Ville

Y m'a traitée, c'batard!

Raphaël Ruffier est rédac chef de Lyon-Capital, hebdomadaire inutile et lyonnais. Désormais, le danger inhérent au métier de journaliste, il connaît. Son corps en est marqué. A-t-il reçu une rafale de mitraillette en tentant d’interroger un moine tibétain en pleine ratonnade ? Non. A-t-il été séquestré par des terroristes irakiens dans les faubourgs de Bagdad ? Non plus. A-t-il dégusté ferme sous les bombardements à Gaza ? Mais non, vous dis-je ! Nous sommes à Franceland©, ne l’oublions pas. Ce brave a simplement été giflé, oui, giflé sur la voie publique, par la meuf du maire de Lyon, Caroline Collomb, ancienne collègue de fac du Ruffier en question, et ancienne instructrice de self –défense à l’Unef. L’histoire est brièvement racontée ici : http://libelyon.blogs.liberation.fr/info/2008/03/lpouse-du-maire.html

A la lecture de cette triste histoire de violence féminine, on parierait que l’origine de la raclée est probablement une histoire de cul. Sache, fidèle et innocent lecteur, que malgré son histoire bi millénaire, Lyon est une toute petite ville où il est difficile de ne pas coucher avec tout le monde, et je sais de quoi je parle.

Il y a peut-être vingt ans de ça, un journaliste de Libé avait eu la mauvaise idée de débiner Bernard Lavilliers dans un article particulièrement nul. Nanar et des potes étaient passé lui dire la messe, ponctuant le catéchisme de soufflets retentissants. On avait un peu crié au scandale, mais chacun aura remarqué que des conneries sur Lavilliers, depuis vingt piges, on n’en lit plus une seule dans la presse mondiale ! La baffe dans la gueule, on a beau être civilisé, avoir le portrait de Gandhi au dessus de la télé, on est forcé de reconnaître : ça marche !


Les élections municipales auront même servi à ça : rétablir les hiérarchies. On était sur le point de penser que le Pèzident était décidemment un sacré couillu (« viens l’dire ici ! », « dégage pauv’con ! », etc), et on s’aperçoit qu’une jeunette socialiste bon teint, blonde comme les blés, même pas pote avec Devedjian, manie le bourre-pif en toute décontraction, sans finalement en faire un fromage. Nous, on est comme ça, à Lyon : discrets, mais fais quand même gaffe à ta gueule !

Bouge ta prison !

Envie de voyage ?...

Le 12 février dernier, le Sunday Times balançait qu’une prison secrète de la CIA serait en cours de construction au Maroc. Situé près de Rabat, ce projet de prison servirait de lieu d’accueil et d’écoute (« emprisonnement et interrogatoires », selon les esprits négatifs) pour les terroristes estampillés Al Qaida… Le Maroc a officiellement démenti l’info mais les mauvaises langues ont fait ce qu’elles savent le mieux faire : elles se sont déliées. Un haut responsable de la CIA a même défendu l’idée d’une prison délocalisée, en s’appuyant sur l’humanisme : « les terroristes arrêtés seraient ainsi emprisonnés près de leurs pays d’origine. Leurs familles pourraient leur rendre visite sans avoir à subir les humiliants contrôles douaniers que les Etats-Unis réservent à tous les métèques étrangers arrivant sur leur sol. »

La France, c’est bien connu, n’emprisonne pas de terroristes, surtout pas des terroristes dangereux, car elle tient à rester l’amie de tous dans le respect des différences et du droit, amen. Mais elle se fait épingler par toutes les enquêtes sur ses prisons. L’hiver dernier, Kadhafi est reparti « horrifié » de sa visite à la prison de la Santé, reconnaissant tout de même qu’il y avait repéré quelques bonnes idées, « à mettre en œuvre dès mon retour au bled »…

La France a des prisons de merde, tous les rapports le disent. Depuis que des gros bonnets de la finance, du show business, du sport et de la politique y ont séjourné, on commence à s’inquiéter de leurs témoignages, et certains, parmi l’élite républicaine, se mettent à imaginer devoir y passer un jour. Qui a dit que nos politiques sont imprévoyants ? Le Président de la République lui-même a décidé que ça ne pouvait plus durer. Perben vient donc de désigner Bouygues pour la construction de trois prisons d’ici 2011, à Nantes, Lille et Réau. Il avait le choix entre Spie Batignolles, Vinci Construction, Eiffage et Bouygues, mais tout le monde n’est pas le parrain du fils du Boss… Si on accepte l’idée que les caisses de l’Etat sont vides et qu’elles ne sont plus remplissables, on doit logiquement admettre que le privé vienne accomplir, contre un joli paquet de fric, ce que l’Etat ne peut plus faire. Construire une prison ? Mais comment donc, mais parfaitement ! L’administrer ? Pas de problème ! La remplir ? Non, quand même pas, pas encore…

La prison: le droit d'être bien enfermé.


Seulement voilà : le territoire national coûte cher. Construire une prison sur un terrain en France est un luxe que ne méritent peut-être pas les gibiers de cellule, se dit-on du côté du ministère. On a vite fait de calculer que sur la surface de la prochaine prison de Nantes, on aurait pu implanter des lotissements pour six mille familles ! Ça rapporte, ça, six mille familles ! Six mille baraques mal foutues qu’il faut sans cesse décorer, entretenir … six mille tondeuses à gazon… six mille barbecues ! S’inspirant alors de ce que fait notre belle industrie française depuis quelques années, le Pèzident a décidé de monter d’un cran supplémentaire dans l’externalisation des services en délocalisant carrément les prochaines prisons dans des pays pauvres, mais émergeants. « Actuellement, nous confie Jean-Benoît Frilesse, inspirateur du projet, un employé de prison (gardien ou personnel technique) coûte en moyenne seize fois plus cher en France qu’en Namibie, douze fois plus cher qu’au Pérou et encore neuf fois plus cher qu’en Roumanie, calculs faits en excluant les droits à la retraite ! Pensez-vous que la France, c'est-à-dire les contribuables, doivent passer à côté d’une telle opportunité d’économie ? » Probablement pas, en effet.

Vous ne verrez plus le Pérou comme avant...


C’est ainsi que la prochaine prison-Bouygues sera édifiée dans la banlieue de Chiclayo, au Pérou, avec des maçons locaux (artisanat méritant et très habile), des femmes de ménages locales (elles abattent leurs douze heures quotidiennes le sourire aux lèvres), des cuisiniers du coin (plats épicées, très bon pour le transit intestinal), des matons locaux (anciens militaires en retraite, rompus à la psychologie masculine) mais des détenus 100% made in France, évidemment. J.B. Frilesse insiste sur "le bon sens" d’une telle mesure : « Les consultations d’usages n’ont pas permis de dégager de réels arguments contre la délocalisation des prisons. Non seulement nous faisons faire des économies au budget de l’Etat, mais nous offrons une chance d’apprendre une langue étrangère aux détenus, surtout les longues peines ; nous fournissons du travail aux populations locales dans le cadre d’un accord de développement basé sur le travail, et plus seulement sur l’assistanat ; nous exportons le savoir-faire français dans les domaines de la sécurité et de la construction et nous allégeons considérablement les charges administratives spécifiques aux visites en parloir. C’est une opération gagnant - gagnant qui va servir de modèle à l’Europe entière ! D'ailleurs, les demandes de conventionnements internationaux affluent déjà au ministère, aussi bien de la part de la Russie que de la Chine, sans parler de la Turquie, qui est prête à beaucoup de sacrifices pour faire la démonstration de sa compétence. »

Merci qui ?

dimanche 17 février 2008

Riche et utile: c'est possible !

On n'est pas des pingres !


Loin d’être un opium, l’optimisme est le stimulant par excellence, la solution pour contrer ce qui plombe l’ambiance. L’optimisme aveugle ? Qu’importe, s’il permet d’avancer ! L’optimiste a la foi, et la foi est le désespoir des casse-couilles. Dans chaque homme qui meurt, il y a un optimiste qui renonce !

Qu’est-ce qui le rend si joyeux en ce dimanche matin plein de givre ? te demandes-tu, lecteur lève-tôt. Ceci : 528 000 foyers ont payés l’ISF en 2007. (http://www.lefigaro.fr/impots)

En 2006, ils n’étaient que 457 000, même pas un demi million. Une sorte de micro société, un groupuscule, une légion de sans-voix, en équivalent-audimat : des nains. Et la France qui va si mal, qui s’appauvrit… Mais c’était enterrer un peu vite l’élan français, la vigueur gauloise, c’était retenter le coup des Ardennes : 71 000 foyers de plus en un an ! Paf ! Les déclinologues et autres bande-mous veulent nous faire croire à un grand surf sur la pente fatale, et voilà le démenti qui leur clou le bec ! En France, messieurs, on sait encore s’enrichir ! Et ce n’est pas fini… Alors, toujours pessimiste ?

La propagande populisto-socialisto-cégétisto-minable prétend, contre toute évidence, que les riches ne sont qu’égoïsme, qu’ils en veulent toujours plus et ne rendent rien au pays : Hé ! Ho ! L’ISF a rapporté 4,42 milliards en 2007, et pas des milliards de francs, passéistes ! des vrais milliards européens, du solide, du milliard que le monde entier nous envie, du milliard moderne ! Ha les riches ne pensent qu’à eux ? Ha l’ISF ne rapporte rien ? Ha il coûte plus que ce qu’il rapporte ? Attendez-voir, qu’on s’y mette ! « Ensemble, tout devient possible », qu’il disait. Y’a pas que les crevards qui ont la main à la poche, et le financement du pays, c’est pas que les secrétaires, les pompistes et ces connards de buralistes qui l’assurent ! En matière d’impôt et de solidarité nationale, le Pèzident est en train de démontrer que les riches peuvent faire aussi bien que les pauvres !

Dans cette France où tout diminue, cette France qui perd les coupes du monde, cette France qui ne croit plus au Père Noël et qui dénigre François Fillon, la multiplication des assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune donne l’exemple de la vigueur, de la réussite, de l’esprit de conquête et du redressement national. Vive la République ! Vive l’optimisme ! Vive la France !

vendredi 15 février 2008

La musique avec un doigt

Aucune récompense aux Grammy Awards... Il a néanmoins reçu un message d'Amy Winehouse: "Trouve-moi des idées pour mon prochain album, steuplé ! "

Pas de répit pour la mémoire!

Modèle des nouvelles écoles primaires. Rentrée 2008.


Franceland© s’émeut. Alors que tout est calme sur le front, Sarkozy annonce qu’il veut que chaque élève de CM2 soit « associé à la mémoire d’un enfant français victime de la shoah. ». Il annonce ça devant le CRIF, alors que personne ne lui demande rien… et il ose cette phrase : « Porter le nom d’un disparu, c’est aussi porter le poids d’une vie ». Les gamins de 10 ans devront donc porter « le poids d’une vie » en plus de celui de leurs cartables. Les observateurs étrangers doivent vraiment se demander ce qui arrive dans ce pays : chaque semaine, le Pèzident sort un truc de son chapeau, avec chaque fois une amplification de l’effet de surprise. S’ils comprennent quelque chose, d’ailleurs, qu’ils nous expliquent.

Comme en colo, on va créer des binômes. Sauf que le Patron veut des binômes sur le modèle « un enfant de 10 ans et un enfant mort ». On va se marrer en classe de CM2. Comme le décortiquait Philippe Murray, on avait la France festive : on a maintenant la France commémorative. Dès l’enfance, il faudra « porter le poids d’une vie » comme on porte un tatouage. Ce serait d’ailleurs une idée, tatouer chaque enfant avec un tatouage de déporté, pour la perpétuation de la mémoire. Les jeunes salauds qui ont eu la chance de naître hors période de guerre ne s’en tireront pas à si bon compte : ils étudiaient la shoah dès le CM1, ils en découvraient l’horreur bien précocement, on va leur faire passer la tentation de l’oublier. Opération pas de répit pour la mémoire !

Après l’épisode Guy Môquet, le Pion en chef nous ressert de la seconde guerre mondiale. On est en droit de se demander ce qui obsède le Boss à ce point. Qu’a-t-il de personnel à régler avec cette période ? Qu’a-t-il fait sous l’occupation, alors qu’il n’était pas encore né ? Guy Môquet, montré en exemple à tous les mômes, était une victime absolue, parfaite : n’ayant tué personne, n’ayant posé aucune bombe, n’ayant pas eu le temps de vivre ni de connaître une femme, il est fusillé comme otage, impuissant comme un mouton à l’abattoir. Le héros proposé à l'identification de la jeunesse est donc désormais une victime, la plus innocente possible. Mais il y a mieux : les enfants. Toujours plus jeune ! toujours plus incontestable ! Les élèves de CM2, s’ils n’avaient pas compris le message, vont donc avoir à vivre avec le nom d’une victime supplémentaire, un enfant assassiné avant même la naissance de leurs propres parents.

Il est à parier que des associations agissantes vont rapidement remarquer que la shoah concerne les Juifs, et que la mesure mémorielle sarkozienne exclut donc de son champ les enfants… tziganes, par exemple. Encore une bonne occasion d’un affrontement racialiste.

La mémoire a toujours été un truc de vieux. Les jeunes se foutent pas mal des histoires du passé, ils le méprisent du haut de leurs quinze ans, de leur bonne santé, de leur appétit de faire l’avenir. Ils sont pressés d’oublier ce qui a fait l’expérience de leurs parents, pour pouvoir recommencer les mêmes fautes, prendre leur part à l’histoire. C’est une sorte de droit qu’ils prennent, et qu’on ne peut pas leur enlever. Il reste à espérer qu’ils ne tenteront pas une shoah bis, mais qui peut croire sérieusement qu’on en prend le chemin ? Dans cette France vieillissante, qui ne mise plus sur l’avenir, même budgétairement, il est sûrement logique que les vieux tentent de plomber la jeunesse du poids d’une histoire qu’elle n’a pas faite.

jeudi 14 février 2008

11 septembre: contre enquête pour les distraits



Sur le sujet du 11 septembre, on observe un curieux phénomène. Les questions qui sont soulevées par certains « conspirationnistes », ou simplement certains sceptiques, sont traitées par le mépris et l’insulte. Je vais essayer ici de faire l’inverse. Une grosse majorité de gens s’en fout complètement, un petit nombre pense que le gouvernement américain est responsable du truc (le complot du siècle), et les autres croient la version officielle. La chose qui me dérange, c’est qu’il faut « croire ». Quand une thèse officielle n’a pas de contradicteur, on dit qu’on SAIT ce qui s’est passé. Dans le cas inverse, on est obligé de CROIRE à l’une ou l’autre thèse… De plus, on observe que certaines personnes sont portées à croire la thèse du complot en fonction de leur propre sentiment (négatif) à l’égard de Bush, et non en fonction de ce qu’ils savent. C’est parce qu’ils détestent Bush, les Etats-Unis ou l’impérialisme yankee qu’ils croient tout ce qui peut, selon eux, démontrer leur perversité. Or il faut être juste avec les faits, ou tenter de l’être : on a beau être anti nazi, on est forcé de reconnaître qu’ils n’étaient pour rien dans le massacre de Katyn, quoi qu’on ait tenté de faire croire.

J’ai visionné une contre enquête américaine sur le 11 septembre sur le blog d’Anarveg (http://anarveg.blogspot.com/2008_02_11_archive.html). Un premier reportage, qu’il replace d’ailleurs dans son post, m’avait ébranlé. Puis j’y avais relevé certaines incohérences. Elles se retrouvent dans la nouvelle contre enquête.

Préalable : les enquêteurs passent l’événement au crible de la critique, et ils ont raison. C’est légitime, indispensable et parfaitement normal. Je vais tenter de faire de même, passer leur enquête au même crible critique, c'est-à-dire que je vais en relever les incohérences, les à peu près, les erreurs troublantes. Je n’ai aucun moyen d’investigation qui me permette de vérifier finement certaines affirmations balancées dans la vidéo, ni la validité de certains commentaires « d’experts », de « sommités », et de gros bonnets. C’est pourquoi je me bornerai à un examen de premier niveau, c'est-à-dire à ouvrir mes yeux et mes oreilles en prenant bien soin d’allumer le superbe processeur qu’il y a derrière. C’est donc une critique de téléspectateur, rien de plus. N’importe qui peut en faire autant.

Première vidéo :

1) Les tours ont été conçues pour résister au plus gros avion de l’époque, le Boeing 707. Le 11/09, c’était des 767. La nana qui parle dit qu’ils sont comparables… mais ne donne le poids que du 707. Je précise donc : le 707 à une masse maxi (poids + carburant+ passagers+ bagages etc) de 151 tonnes. Le 767 a une masse maxi de 204 tonnes… Première manip.

2) L’enquête prétend montrer qu’on a « fait tomber » les tours. Des explosifs installés au préalable, un avion qui fonce dedans, tu laisses brûler un peu et tu fais péter les explosifs, ni vu ni connu. Or, à 06 minutes 06 secondes (puis à 00 :32 dans la vidéo 2), on voit distinctement le haut de la tour qui s’effondre en biais sur le reste de la tour. Le point d’impact de l’avion est l’endroit où « ça lâche », très précisément. Le reste de la tour, en dessous, est alors apparemment solide. L’effondrement commence précisément ici, ce qui supposerait, dans l’hypothèse des explosifs, que ce sont des explosifs placés miraculeusement au point d’impact des avions qui font tomber le haut de la tour. Placés là à l’avance, intacts après le choc de l’avion, détonateurs en état de marche après l’incendie… Tu y crois toi ? Deuxième manip.

3) La narratrice remarque qu’il sort de la fumée des tours, et non du feu. Elle invite le spectateur à un souvenir personnel : quand vous essayez d’allumer un feu de bois, la fumée indique que le feu ne brûle pas bien, et qu’il manque d’oxygène. C’est vrai, mais mon souvenir perso me dit aussi qu’un feu de branches, de feuilles même mouillées, qui fume paresseusement toute une nuit, quand tu viens y foutre un coup de fourche le matin, tu y découvres de belles braises : le feu a couvé, il a formé une sorte de four naturel, il ne s’est pas éteint pendant que tu pionçais et il est bien vivant. Pas besoin de kérosène. Troisième manip.

4) Elle donne des exemples de buildings d’acier qui ont brûlé, parfois pendant 20 heures, sans jamais s’effondrer. Tu te dis que si des buildings d’acier, comme le WTC, ne se sont pas effondrés suite à un incendie, le WTC n’aurait pas dû non plus s’effondrer. Elle précise même que la tour nord du WTC a brûlé trois fois plus longtemps en 1975, sans broncher. Elle oublie de dire qu’en plus de l’incendie, il y avait eu un putain de choc d’avion, ce qui rend l’équation un peu moins équilibrée. Et surtout, juste après ses comparaisons hasardeuses, un type (Paul Goldberger, temps10 :32) vient nous dire que la majorité des buildings d’acier sont construits d’une certaine façon MAIS que les tours du WTC « étaient différentes » (structure en tube super balèze, etc). Que vaut l’évocation des incendies de tours présentées comme identiques parce que faites en acier, alors que la structure du WTC était différente (peut-être plus solide sur le papier, d’ailleurs, mais la comparaison n’est de toutes façons pas valide) ? Quatrième manip.

Deuxième vidéo :

5) On nous montre des démolitions de buildings provoquées, pour qu’on puisse faire la comparaison avec le WTC, et y graver les similitudes dans notre cerveau. On insiste bien, on dit quelques mots importants… et on voit l’inverse. J’explique. Elle fait remarquer que les immeubles implosent, se plient sur eux-mêmes sans projeter de gravas autour (mais elle insiste sur les nuages de poussière, pour qu’on fasse le lien avec le WTC, comme si un truc énorme pouvait s’effondrer sans en faire. Mon vieux tapis aussi est plein de poussière, connasse, et je planque pas Georges W Bush dessous !). On voit donc des immeubles se casser la gueule en partant de la base. Les mecs y ont mis des explosifs, ils pètent, la base se tire, les murs s’effondrent. OK. Or, les tours du WTC font l’inverse. La base est rigoureusement solide, impeccable, les vitres brillent, tout fonctionne comme dans une économie capitaliste libre d’entraves et de droit social, et c’est le haut de l’immeuble qui se vautre dessus. C’est donc L’EXACT INVERSE DE CE QU’ON VEUT DEMONTRER, bande de faux-jetons !

Pire, elle nous fait remarquer (temps 02.32) qu’on y voit des « explosions plutôt que des implosions, une première dans l’histoire des démolitions ». Mais bordel, c’est une première en effet parce qu’il ne s’agit PAS d’une démolition, mais d’un effondrement accidentel ! Elle a le toupet de remarquer un point de différence entre les démolitions provoquées et la chute du WTC, et tente de le tourner en argument à sa cause. En fait, n’importe quel téléspectateur peut voir que le WTC ne tombe PAS DU TOUT comme les buildings qu’on démolit, qu’il fout des débris partout, que les étages supérieurs s’effondrent en enfonçant les étages inférieurs, mais que la base n’est pas du tout sapée, comme dans le cas des démolitions volontaires. Cinquième manip.

Elle nous parle de débris « projetés latéralement » (avec photo à l’appui, temps 02 :55), comme si seule une explosion (volontaire) pouvait souffler des débris. Déjà, la photo nous montre des débris qui tombent. Pas latéralement, mais de haut en bas. Si vous avez déjà craché depuis le dixième étage d’un immeuble (ou mieux, jeté une bombe à eau sur la tête d’un môme), vous savez que ce qui tombe de haut n’a pas besoin de beaucoup d’énergie pour aller loin latéralement. Or là, c’est une putain de tour de 400 mètres qui s’effondre. Les débris minuscules que sont (à son échelle) des poutrelles de plusieurs tonnes, se pètent et valdinguent bien naturellement assez loin de leur emplacement d’origine !

Elle prend ensuite l’exemple d’un bout de ferraille de 270 tonnes planté dans la façade du World Financial Center (WFC). Même en la croyant sur parole concernant le point de l’objet – et sa parole commence à être sérieusement douteuse- elle nous dit que 270 tonnes représentent « deux fois le poids d’un Boeing » (mon cul ! voir plus haut) et qu’il est planté à 122 mètres de distance. Quelle énergie faut-il pour faire ça ? demande la sournoise (sous-entendu : des explosifs). Or il se trouve que je connais un peu ce coin de Manhattan (les bureaux du blogue sont à deux pas), et que le WFC se trouve juste en face du WTC, de l’autre côté de la rue (Church Street), une petite rue de merde à deux voies (deux ou trois, je me souviens plus). En tous cas, pas à 122 mètres (même en enlevant la largeur des trottoirs, ça nous ferait des voies de près de 40 mètres de large : même à Marseille y z’ont pas !). Sixième manip.

J’arrête là. En 20 minutes de pseudo contre enquête, on trouve plus d’incohérences que dans un discours de Sarkozy. Dans un travail qui se présente comme critique, on est en droit d’attendre une rigueur sans défaut. Or, pour peu qu’on mette son propre désir d’être émerveillé en sourdine, on remarque sans beaucoup d’effort que les mots sont utilisés pour suggérer ce que l’image dément, que les contre infos sont approximatives ou fausses, que les remarques « de bon sens » sont bancales. On est manifestement devant une grosse daube. Ça peut faire de la peine à ceux qui rêvent de prendre Bush la main dans le sac du plus gros complot de l’histoire, mais ça ne tient pas. Bush est une plaie, certes, il est nuisible, con comme un manche et favorise ses potes milliardaires, mais ça n’en fait pas l’auteur du 11 septembre pour autant. En tous cas, cette contre enquête ne démontre qu’une chose : y’en a qui aimeraient le faire croire.

A part les anti-américains fanatiques, les partisans d’Al-Qaida et les conspirationnistes gourmands, insensibles à la méthode critique, ceux qui sont séduits par ce genre de « contre enquête » devraient s’interroger sur les raisons de cette séduction : pourquoi ne se posent-ils pas plus de questions quand on vient prétendre qu’une démocratie est capable de faire ça à son propre peuple ? Qu’est-ce qui les pousse à envisager qu’une société démocratique peut être machiavélique et perverse à ce point-là ?

Ceux que ça intéresse peuvent continuer le travail critique sur le reste du document, moi, je sais quoi en penser.

mercredi 13 février 2008

Bruni sort enfin du mutisme!

L'interview qui rassure la France


L’Express sort la première interview de Carla Bruni version femme du Patron. Grand moment de journalisme qu’on peut lire ici :

http://www.lexpress.fr/info/quotidien/actu.asp?id=465832

En exclu pour toi, lecteur privilégié, voici la suite non publiée de cet entretien passionnant. C’est sur Beboper et nulle part ailleurs dans la presse moundiale !

(Christophe barbier)- Carla Bruni, maintenant que les micros sont coupés, pouvez-vous me dire ce que vous n’aimez pas chez votre mari ?

(Carla Bruni)- C’est assez délicat… je n’aime pas ses goûts musicaux !

- Ha ?

- Oui, il est dingue de Norah Jones et d’Amy Winehouse…

- ça paraît incroyable ! Un penchant pour les endives ? on n’attendrait pas ça de lui.

- Oui, lui qui est super speed tout le temps devient complètement molasson dès qu’une nana fait semblant de chanter.

- Heu… Carla, excusez-moi, mais n’êtes-vous pas en train de vous débiner un peu vous-même ?

-Ha c’est sûr ! Il a aussi craqué sur moi parce que je chante comme une gaufrette. Mais je m’en fous. Vous savez, je ne suis pas sourde : quand je chante, je me rends bien compte que ça ne vaut pas le filet d’eau tiède qui coule du robinet de la cuisine. Mais y’a des cons qui aiment, non ? Enfin, y’a pas que les cons, y’a mon Nicolaï aussi…

- C’est l’amour, hein, dites ?

- A donf, brother !

- Et question quiquette, si je puis me permettre?

- Nanananan, j’y crois pas ! y veut p’t’êt’ que j’y raconte ma nuit de noces ?

- Non, quand même pas, on a de la déyontologie à l’Express ! Pas la nuit de noces ! Non ! mais peut-être juste les préliminaires ?...

- Coquin… et tu essaies de me piéger, hein ? Si je te raconte les préliminaires, ça revient à te raconter la nuit de noces, gros malin !

- Ha boooooon…

- Ben oui, hé, c’est normal : Nicolas est sportif. Tu peux pas demander à un mec qui fait du sport et qui se dépense toute la journée d’assurer pendant trois heures le soir venu. Réfléchit !

- Suis-je bête ? Vous avez raison.

- Je me souviens de Roberto, un ex, un intello au chômage. Passait ses journées à lire des livres, couché sur son pieu. Là on avait le temps de s’éclater. Le temps et l’énergie… Mais c’est du off, hein ?

- Absolument off, ma chère Carla, absolument ! Je bosse à l’Express, pas au Nouvel-Obsff

- Pff ! Lol !

- Chez nous, la dérontologie, hein, c’est du solide ! Pas d’histoire de SMS avec nous, comprenez ?

- Y vont avoir chaud aux fesses, ces gauchos. On va leur lâcher Claude Allègre au fondement, tiens.

- Mais je croyais que vous étiez plutôt copine avec eux. Des amis de gauche, quoi.

- La gauche ? Oh, c’était pas vraiment de la conviction. Quand on se lance dans la chanson, il vaut mieux laisser penser qu’on est de gauche, ça vend mieux.

- Ha bon ? mais votre position sur les tests ADN, votre avis sur les zexpulsions ?

- Putain Christophe, tu déconnes ou quoi ? Tes profs t’ont jamais parlé de positionnement marketing ? Le président expulse et fait pratiquer des tests ADN pour les chapardeurs de chewing-gums, et son épouse affirme des positions plus humaines… C’est quand même pas la première fois ! Souviens-toi des duettistes Mitterrand : il bombardait l’Irak avec le père Bush pendant que madame levait le poing avec Fidel.

- Oui mais non, c’était quand même pas pareil. Eux, ils étaient mariés depuis longtemps, ils avaient fait les 400 coups ensemble, ils avaient de l’ancienneté dans l’escroquerie. On peut pas comparer.

- Ma che cazzo ! (elle se met à parler avec les mains et un putain d’accent italien) Tou vo parler entourloupa à oune Hongrois et oune Italiana ? Pétit Jouère… Ton Mitterrand et la sua mamma, c’étaient jousta des paesani ! Nous, on a inventé la combinazzione, on est les rois !

Un garde du corps arrive. Il se penche entre les deux interlocuteurs.

- Il faut faire sortir ce monsieur ?

- Non, pas pour l’instant, Sergio. Je t’appellerai…

Le gorille s’éloigne.

- Plutôt bel homme, n’est-ce pas ?

- ça, on peut pas nier qu’il a un charme fou. Vous le connaissez depuis longtemps ?

- Des années ! C’est Stéphanie de Monaco qui me l’a cédé, suite à un pari. Mais je n’en dirai pas plus.

- Il a des fesses formidables… Wah, le mec…

- Vous voulez que je vous arrange un rendez-vous ?

- Un rendèv…heu… non ! non, impossible. C’est que je suis à l’Express, moi, professionnalisme, rigueur, débrontologie ! Tout le tintouin !

- Tu sais pas ce que tu loupes, mon Totof…

- Non, restons pros : revenons aux questions essentielles. Est-il vrai que vous vouliez inviter Cali à dîner, mais qu’il a insisté pour venir avec Ségolène ?

- Oh, c’est pas une histoire bien intéressante… Cali n’avait pas fait le rapprochement entre mon mari et le président de la République, c’est tout.

- Comment ça ?

- Il avait entendu dire que je m’étais mariée avec Nicolas Sarkozy, mais il croyait que c’était un homonyme de Sarkozy, le Méchant.

- Il est con, ou bien ?

- Il est con. C’est assez connu dans le milieu et ça se répandra dans le pays avec la diffusion de ses disques.

- Hu, hu ! Heureusement qu’il n’entend pas ce que vous dites de lui.

- Aucun risque : il est trop occupé à se dépêtrer avec le contrôle fiscal qui lui est mystérieusement tombé sur le dos.

- Comment, Nicolas serait comme ça ?

- Tu l’as dit, bouffi ! Il est teigneux comme vingt Manouches ! Il te dégaine le contrôle fiscal assez vite, et si ça ne suffit pas, les flics !

- Il va pas envoyer les flics chez Cali quand même ?

- Meu non, Cali a trop d’amis chez les flics. Ça ne marcherait pas.

- Et, au fait, c’est vrai ce qu’on dit sur Nicolas : l’a jamais lu un livre ?

- Ha non, c’est faux ! Pas plus tard que la semaine dernière, il a lu la bible en argot. Quelle poilade ! Il me lisait l’épître aux Corinthiens en imitant jean Gabin ! MDR !

- Vous avez l’air de bien vous marrer, finalement…

- On va s’gêner ! « Faut profiter tant qu’on est jeune », c’est ce que me disait toujours ma vieille tante.

Jack Lang, surgissant de derrière une porte.

- Oui ?

- Tiens, Jack, que fais-tu ?

- Tu parlais de moi, chère Carla (il lui file un baise-main) ?

- Non, je racontais à Christophe Barbier comment nous nous la donnions à l’Elysée avec Nico.

- Vous êtes à l’Elysée, Monsieur Lang ? Que faites-vous là ?

- Mais c’est l’Inquisition ! Le retour de Buchenwald ! Big Brother H24 !

- Non, jack, c’est juste l’Express…

- Hé bien, Monsieur de l’Express, sachez que je suis à l’Elysée en mission commandée, et officielle ! (c’est du off, non ?)

- C’est du off, tutafait. Une mission officielle : tiens donc…

- Oui, comme Carla vous l’expliquait, la distraction de qualité est un des devoirs des habitants de l’Elysée. Quand on a de si lourdes responsabilités (la gestion de la Frrrance ! vous rendez-vous compte ?), il est capital de savoir s’amuser, se distraire. Sur le conseil de Carla, qui est une amie de trente ans, le Président de la République a bien voulu recourir à mon expertise en ce domaine.

- Vous travaillez donc pour l’Elysée, vous, l’Opposant Résolu, l’homme de gauche, l’ami de Mitterrand !

- Mais savez-vous, jeune homme, que c’est aux côtés de Françoismitterrand que j’ai appris à fréquenter et à apprécier les gens de droite ?

- Mais de là à travailler pour eux, vous avouerez …

- Rien du tout ! Je ne travaille pas pour « eux », je travaille pour Vous, les Français, pour le peuple qui a droit à des dirigeant parfaitement décontractés, en pleine forme, des dirigeant qui savent se ménager des pauses, qui s’amusent, qui font de la plongée, du yachting, qui vont au cinéma, au théâtre, qui travaillent en jouissant. Je m’occupe de tout ça pour le bien de tous. Je remplis ici une mission prophylactique, j’ai une fonction digestive, je suis l’intestin présidentiel : je fais aller les choses.

- Ben merde !

- C’est comme ça. Et, à part ça, vous buvez quoi, ici ?

- Du Champ’

- Comme le disait Françoismitterrand : « ça fait pisser, j’en prends ! »

- Et si je vous chantais ma dernière chanson ?

- Vraiment ? Vous êtes sûre ? Je vais devoir y aller, là, sinon, j’me paye les bouchons à la porte de Bagnolet !

- Mais si, ma dernière chanson. Ou juste la première strophe. C’est presque du Brassens !

- Monsieur barbier, pourriez-vous me déposer ?

- Avec plaisir, monsieur le ministre, mais il faut se dépêcher, je pars tout de suite.

- Mais attendez, quoi, j’en ai pour deux minutes. Ma première strophe, seulement les premiers vers…

- Carla, mon ange, je suis déjà parti. Je me prosterne à tes genoux. Nous remettrons ça demain, sans doute.

- Allez, allez, monsieur Lang, on y croit, on enquille, on est pas statique, on y va !

- Juste les deux premières phrases…

Jack Lang emboîte le pas de Christophe Barbier qui sort en produisant un courant d’air considérable. Dans le vide soudain obtenu, Carla Bruni chantonne :

« Une princesse transalpine

Perdue dans un train de banlieue

Rêvait d'attraper une pine

Une belle pine et trente-six nœuds… »

"Perdue dans un train de banlieueueue !"