mercredi 17 septembre 2008

Nostalgie d'avant-garde

Cadran solaire sur vieille pierre: art français. XXIè siècle.

Je ne suis pas un nostalgique, mais je regrette le temps où la nostalgie n’avait pas mauvaise presse. C’était le bon temps. On pouvait se permettre, luxe perdu, de parler du passé sans faire débuter sa phrase par la formule lâche qui ouvre mon texte. La nostalgie, en ce temps-là, n’était que le regret de voir les choses passer, et de savoir que ce mouvement nous attend tous. Evoquer la gloire du passé, c’était simplement souffrir de lui appartenir déjà, et pour toujours. Se savoir déjà mort, après tout, peut faire souffrir honnêtement. De là à demander un brin de compassion, ou simplement une tolérance, il n’y a pas grand crime.

Le passé est mort : comment l’évoquer sans lui marquer un certain respect ? Fait-on la bamboula dans les cimetières ? Danse-t-on aux enterrements ? Non, même sans être forcément sincère, l’homme civilisé se montre un peu retenu face aux morts. Si l’imbécillité ne l’a pas totalement gagné, il abandonne même les éventuelles rancoeurs au moment où disparaît celui contre qui elles s’exerçaient. Le pardon, l’oubli ? Je ne sais pas. Un apaisement probablement, fruit de la Grande Soustraction. Le souvenir des pires salauds est toujours moins nuisible, moins douloureux que les salauds eux-mêmes. Ils sont passés, ils ont néfasté tout leur soûl, mais réduits au néant, ils nous font souvent pitié. Alors, lorsque nous ne sommes plus historiens, nous pouvons nous aussi pardonner au temps d’avoir passé si vite. Un peu de retenue.

Il fut un temps où la nostalgie avait de l’avenir. Il faut dire qu’on n’avait probablement pas encore inventé le progrès, ni ses prêtres sourcilleux. On pouvait encore évoquer la douceur d’un passé sans paraître s’y complaire en jouisseur, et sans refuser qu’il vive encore un peu en nous. Vivre ne réclamait pas encore ce sacrifice. Aujourd’hui que le progrès (Progrès ?) est lui-même devenu l’objet d’une nostalgie clandestine, le Bien reprend le flambeau et, servi par ses implacables généraux, poursuit le nostalgique jusque dans les chiottes. C’est peut-être qu’en plus de sa sottise fondamentale, le curé du Bien se méprend sur la nostalgie elle-même. La nostalgie, ce n’est pas prétendre que « c’était mieux avant », c’est savoir que c’était tout aussi nul qu’aujourd’hui, mais qu’on y était, qu’on y vivait, et que ça nous a plu quand même. D’ailleurs puisque rien ne change, ou que le changement n’est rien, pourquoi aimer plutôt 2008 que 1978, par exemple ? Qu’est-ce qui fonde la supériorité de l’un sur l’autre ? Sa jeunesse ? Mais 2008 est tout aussi mort que 1978 : question de temps.

Il y a une douzaine d’années, je remontais souvent la vallée de la Saône vers le nord, depuis Lyon, pour m’enfoncer ensuite dans l’est rural de la Dombes. J’avais rapidement découvert un réseau de raccourcis plus efficaces, plus charmants, plus économiques que les voies expresses et les autoroutes, et qui me permettaient de traverser des villages sans intérêt. Un village sans intérêt est un village où il n’y a rien à voir, c'est-à-dire un village qui n’existe pas. Même dans le plus laid des patelins, il y a toujours quelque chose à voir : là aussi, question de temps. Le temps, justement, a passé. J’ai cessé de fréquenter ces parages et j’ai oublié les villages sans intérêt.

Il y a peu, une circonstance m’a de nouveau fait traverser le coin. J’ai retrouvé les anciennes routes avec la joie au cœur, heureux de reprendre à peu de frais, et pour une demi journée, ma vie d’alors. Mais j’ai découvert qu’en mon absence, on avait trouvé de l’intérêt aux villages qui n’en n’avaient jamais eu. Ces bleds-ci sont toujours aplatis le long d’une route bien droite, sans doute pour venir voir de loin les emmerdes : ça n’a manifestement pas fonctionné. Chaque village est maintenant annoncé par des lotissements, aussi roses, aussi laids, aussi minables qu’une publicité pour lotissement. La maison décrépite aux belles proportions qui se planquait depuis 1850 derrière son portail mal entretenu est maintenant enterrée derrière des haies de laurier toxique, des montagnes de barbecues made in Disneyland, des antennes paraboliques et des toits sans cheminée. Partout, le crépi rose bonbon, jaune ou rougeaud répond aux volets bleus, aux fenêtres en PVC et aux vérandas merdiques où rosissent des connes. Quand une piscine apparaît, d’autres piscines naissent, portées par l’esprit d’ostentation, par la jalousie de voisinage, l’émulation des blaireaux et la faiblesse du crédit. Piscines systématiquement bleu pétant, bien entendu. Une pincée de pavés autoblocants pour plage (je rappelle qu’il s’agit de béton coloré d’une épouvantable laideur), un grillage à poules comme horizon, et le nid est prêt !

Vivre mieux: c'est possible!

Cet empire du barbecue s’étend, il progresse sous nos yeux, il déferle avec la lente indifférence des cancers. Comme d’habitude, la stratégie d’évitement est la seule qui nous convienne. « J’aimerais pas y vivre ! », se dit-on dans un soupir, sitôt le virage passé. Mais en sortant du village, la vision dantesque revient : un autre lotissement ! Une nouvelle plongée symétrique dans le néant architectural ! Cette fois-ci, on a transformé un ancien pré à purin en coquette pâtisserie de parpaings : seize maisons sur 3000 mètres carrés forment l’asile idéal pour les dépressifs. Un ruban de goudron noir clinquant atteste de la fraîcheur du lieu, de sa récente effraction dans le monde paysan. Partout, des murets se construisent, on y plante le même grillage que les temps anciens réservaient aux clapiers, on y arrose un thuya famélique, mais qui saura bien fournir de la sciatique et du lumbago à deux générations de tireurs au cul. Un insensé a même déposé un faux puit gigantesque sur son copeau de terrain, opération douteuse qui a dû lui donner grand soif… Oh ! j’aperçois un cadran solaire Leroy Merlin (34€ 20), artistement fixé au dessus du PVS de cette baie vitrée ! « Tempus fugit » : comme c’est vrai. Ici, c’est une rocaille qui abrite une jolie source (en réalité, une bâche plastifiée noire où circulent pour perpette dix litres d’eau javellisée). Là, une vieille charrette chinée aux puces passe le temps dans l’oisiveté, trônant à côté d’un impressionnant four à pain d’autrefois flambant neuf ! Décidemment, ici, rien n’est vrai, tout repose sur l’apparence, soigneusement organisée autour du laid, rien n’est fait pour fonctionner, pour durer, ni pour avoir le moindre usage. On singe la réalité d’autrefois après l’avoir assassinée. La route asphaltée qui serpente entre ces fausses maisons essaye elle aussi, sans y parvenir, d’évoquer une ancienne façon de vivre que sa présence même insulte. Tout évoque une civilisation de feignants qui n’auraient pas un moment à eux.

Reconvoquer l'humain

Il faut bien que les gens se logent. Il faut bien que le candidat à l’embourgeoisement joue son rôle et prenne sa place. On ne peut pas tous vivre dans une vieille et belle maison. Oh, comme tout ça est vrai. Il faut de la laideur, je le reconnais, il en faut pour ceux à qui elle convient. Il faut de la médiocrité au prix du luxe, il faut faire vivre le BTP, il faut. Au lieu d’afficher Tempus Fugit sur une plaque de pierre reconstituée, nous devrions plutôt nous demander ce que nous laisserons aux générations futures. Nous-mêmes, nous avons hérité des villages, des villes, du réseau de chemins et de routes, d’un art de bâtir qui change de vallée en vallée, d’un art de l’appareillage qui s’adaptait au matériau local, et qui enchante le voyageur curieux, l’amateur. Nous regardons parfois de simples granges en enviant désespérément leurs proportions. Les villages répondaient à une façon de vivre qui n’existe plus, c’est ainsi. Mais notre façon de vivre, nos exigences puériles sous formes de pelousettes, de jardinets, de piscines à la javel, de garages refuge pour bagnoles en plastique, de maisons abominablement identiques, impersonnelles, standardisées, mondialisées, nos maisons de nulle part que l’on construit en fonction des normes de fabrication d’un vulgaire fabricant de portes en faux bois ou « d’escaliers béton » prêts à poser, notre surpuissante médiocrité industrialisée nous rend coupables d’un recul esthétique sans équivalent depuis les invasions barbares. Bâtir n’est pas une activité anodine. L’architecture est un art très particulier, au sens où on vit à l’intérieur des œuvres qu’il crée et que le monde, l’ensemble des gens qui fréquentent le monde, est son public. L’architecture est aussi l’image héritable de la société dans son ensemble. Un village, un bourg perdu, une cathédrale, un fort maritime, un pont : les œuvres d’un art social. C’est la société entière qui construit une cathédrale, un centre commercial, une rue piétonne et les colonnes de Buren. Et notre société laissera le témoignage de cet art de vivre là : le lotissement.

Les anciens ne bâtissaient pas des villages, voire de très beaux villages par bonté pour nous, pour nous permettre d’en jouir plus tard. Ils bâtissaient pour répondre à des besoins, au nombre desquels il y avait AUSSI le besoin d’harmonie et de beauté. Nous n’en n’avons plus besoin, c’est tout. Ce constat me remplit d’un sentiment : la nostalgie.

mardi 16 septembre 2008

L'écho de Rick Wright

Richard Wright, membre co-fondateur des Pink Floyd, vient de mourir, à l’âge de 65 ans. Pink Floyd est mort il y a bien plus longtemps, chacun le sait. Les amateurs de Pink Floyd ne sont jamais d’accord sur les mérites du groupe, ses meilleures périodes, etc. On ne voit pas trop pourquoi ils seraient d’accord sur quoi que ce soit d’ailleurs. Selon moi, qui suis né avec les Floyd dans les oreilles simplement parce que mon paternel les appréciait, leurs meilleurs albums se situent entre 1968 et 1977, c'est-à-dire entre Saucerful of secrets et Animals, avec tout de même d’excellentes choses sur The wall, faut pas déconner. Après le départ de Roger Waters, ça tourne progressivement en eau de boudin, en auto parodie pathétique. Une musique pour fans de solos de guitare. J’ai dit.



Pour honorer la mémoire de ce bon Rick Wright, rien ne vaut sans doute Echoes, l’un des morceaux emblématiques du groupe, l’un de ses plus beaux aussi, qui concluait le splendide Meddle (1971). Rick partage ici le chant avec David Gilmour. Ces extraits proviennent du film de leur concert à Pompeï, en 1972, concert sans public...

Celui qui n’a jamais écouté Echoes dans un de ces moments d’abandon où son corps n’est plus qu’un flux de douceur et de légèreté ne peut sans doute pas comprendre tout à fait ce que signifie ce morceau…

lundi 15 septembre 2008

Pas de crime impuni à Sarko City!

Encore une victime de l'insécurité!

L’an dernier, on apprenait que l’homme momifié retrouvé dans les glaces des Alpes italiennes (Otzi, pour les dames) était mort suite à une blessure causée par une FLECHE, dégueulassement tirée dans le dos. Il y a 5000 ans, en Europe, les salopards savaient déjà tirer à l’arc. Ce chasseur préhistorique, symbole européen, est l’objet des soins de plusieurs équipes de chercheurs, mais depuis ces découvertes, la dynamique semblait brisée, et la momie ne livre plus rien de nouveau. A la demande du Président de la République française, tout nouveau patron de l’Union, les chercheurs français de la mission TAZ (Tolérance Archéologique Zéro) ont pratiqué une analyse ADN de l’ensemble des matériaux disponibles afin, selon leur ordre de mission, « d’identifier le ou les auteurs de l’attentat, d’en déterminer les noms et adresses, et de les déférer à la justice de leur pays ». On ne sait pas encore si les descendants de ces assassins risquent de devoir s’excuser publiquement de leur attitude passée, mais une association de défense des chasseurs du néolithique s’est déjà constituée partie civile. Ségolène Royal, interrogée sur le sujet, s’est dit profondément choquée d’apprendre qu’il existe encore des gens assez barbares pour agresser des promeneurs à coups de flèches. Bertrand Delanoë s’est dit « globalement d’accord sur le fond », mais regrette qu’une position nette n’ait pas été adoptée par la Candidate lors de la dernière campagne présidentielle. Le Pèzident a quant à lui déclaré : « j’ai pris l’engagement de retrouver les auteurs de ce crime. Je ne reviens pas sur mes engagements. Les engagements que je prends sont sérieux, et les engagements sérieux, on ne peut pas les prendre à la légère. Qu’auriez-vous préféré ? Que je classe le dossier et qu’on puisse dire que le président de la République ne laisse pas la justice faire son devoir ?

Les Français bientôt couverts de médailles!

Peu de gens le savent, mais Xavier Darcos n’a pas toujours été dans la politique. Il est devenu ministre de l’éducation après un parcours atypique, qui a commencé dans le spectacle. Oui, Darcos (qui se produisait alors sous le nom de Darkos) a travaillé dans le cirque. Héritier d’une longue lignée de clowns, il a naturellement fait l’Ecole du cirque, d’où il sortit capable des plus grandes pitreries dans la plus parfaite discipline. Il fut un des clowns/ acrobates les plus précoces de France en montant le numéro qui le fit connaître du milieu : « Les surprises de Darkos ». A l’époque, mêlant les techniques du trampoline, celles de la clownerie la plus classique et, fait nouveau dans la discipline, celles de la rhétorique, il captiva son public au point de l’endormir.

Mais l’univers ludique du clown bientôt le lassa et, doté d’un physique massif, il engagea sa carrière vers le catch. Préfiguration de la lutte politique qu’il connut par la suite, ces années d’empoignades marquèrent à jamais son caractère et ses articulations. A l’occasion d’un gala en province en 1965, il combat contre Raffax, catcheur amateur notoire dans le Poitou, avec qui il va nouer une amitié qui changera sa vie… car Raffax n’est autre que Jean-Pierre Raffarin, l’homme qui fit entrer Darkos en politique !


Darkos contre Raffax. Une amitié naissante.


Des années plus tard, devenu ministre de la République, il lance toujours des expériences hardies, il amuse toujours la galerie en sachant parfaitement qu’il va se rétablir au moment où, le frisson passé, le public cesse presque d’y croire. Il vient donc de déclarer qu’il avait l’intention d’instituer une médaille pour les bacheliers ! Oui, une médaille (c'est-à-dire aussi une cérémonie de remise des médailles) pour chaque clampin qui réussit son bac… ça va en faire de la quincaille ! Un peu plus de 500 000 chaque année ! Une médaille ? Pour un exploit que presque tous les candidats réussissent ? Avec plus de 83% de succès, l’exploit serait qu’un candidat au Bac le loupe ! Si Darcos réussit son numéro, nous pourrons donc voir de nombreux jeunes gens ornés d’un colifichet brillant, façon médaille de concours de boules, déambuler dans les couloirs de l’ANPE en brandissant leur trophée. Armés ainsi pour la lutte que la vie leur réserve, ils pourront toujours s’inscrire à un concours de belle jambe, en attendant leur première mission d’intérim.

vendredi 12 septembre 2008

Qui est Collins?

Le Minnesota. Une palpitante contrée.

Ce soir, je rentre chez moi (22H30), je réponds à quelques mails, puis je vais choufer sur les sites de quelques journaux à la recherche d’infos sur la visite du pape en France (je sais, j’ai qu’ça à fout’). Je tombe sur la déclaration ubuesque du Pontif en blanc, rapportée par Libé, qui dit qu’une culture sans Dieu serait « une capitulation de la raison » … et je comprends que la pape a certainement étudié Sarkozy dans le texte : comme lui, il pratique l’art d’associer des contraires absolus dans ses phrases, il balance des énormités, sachant probablement qu’elles ne sont pas destinées à être suivies d’effet, ni de critiques. Passons.

En fait, c’est dans le Figaro que je vais trouver l’information importante, celle qui manquait à ma journée pour que je puisse me coucher tranquille, sûr d’avoir rempli ce jour avec profit : « Collins se blesse au golf ». Sous cet énigmatique titre, une phrase censée éclairer le lecteur nous apprend que « le pivot de Minnesota » s’est blessé à l’épaule. Le pivot de Minnesota, je sens le gros coup. En vérifiant sur l'article en question , je réalise l’horrible réalité : le Figaro fait un article sur un joueur de foot américain, ou de base ball, ou de basket, qui s’est cassé la gueule comme un con. Qu’est-ce que les péripéties de la vie des sportifs d’un autre continent et qui n’en sortent probablement jamais peuvent bien foutre au Français moyen ? A part des membres de sa proche famille, qui peut trouver le moindre intérêt à apprendre ça ? Ce Collins n’est pas, que je sache, un acteur important de la vie publique en France. Il n’a jamais trempé dans aucun scandale sportivo financier, merde ! Je comprendrais qu’on relate les déboires d’un Zidane, d’un Bigard, même d’une M.A.M. ! mais un joueur ricain qui se fout de la France comme de son premier million de dollars… et pourquoi ne parle-t-on jamais des cors au pied d’un sumotori nippon, de la gueule de bois d’un haltérophile russe ? Comment est-on arrivé à ce point de colonisation « culturelle » ? Depuis une dizaine d’années, on s’est progressivement mis à balancer les résultats des matches de basket américain dans les médias français, sans qu’aucune commission d’enquête parlementaire soit constituée pour trouver les causes de ce fléau, identifier les responsables et raser leurs maisons ! C’est un scandale national ! Comment peut-on imaginer un instant que des habitants de ce pays en voie d’abrutisation puissent attendre un classement de championnat de basket ball qui se déroule à 5000 bornes du périph ? Et si c’était le cas, pourquoi laisse-t-on de tels cons se reproduire ? On voit pourtant progresser cette peste. Et maintenant, c’est l’information pipolisée qui prend le relais. Bientôt, on aura droit aux photos de mariage de deux inconnus (dont l’un est quaterback à Bouseville – Kentucky) à la une du Monde !

Que l’information soit un piège à cons est une chose établie. Qu’elle devienne en plus ce miroir du néant qui nous envahit, ça va me gâcher le sommeil.

jeudi 11 septembre 2008

Siné est mort.


Siné est un mec qui arrive à rendre la mauvaise foi, l’aveuglement et le simplisme supportables. Il a la force de ceux qui, contre l’évidence, continuent à croire que l’image qu’ils ont formée du monde est meilleure que le monde lui-même. Il s’est fabriqué une grande mythologie, empruntée à de grands cons anciens, où tout ce qui n’obtient pas son approbation est voué à la fosse d’aisance. Dans sa vision du monde, une chose très pratique est à remarquer : les gentils et les méchants sont séparés par une ligne blanche bien visible, bien droite, et il n’y a qu’à comprendre quel est le bon côté pour savoir définitivement où diriger la lapidation. A toi, lecteur subtil, ce procédé paraît simpliste, injuste et faux. C’est normal : c’est juste parce que tu n’as pas suffisamment foi dans le Progrès ni dans l’Anarchie. Siné, lui, il y croit. C’est, en dépit de ses gueulements, l’un des citoyens les plus croyants qu’on puisse trouver dans la France post-chrétienne. On peut donc lui reprocher beaucoup de choses, ou n’être simplement pas d’accord avec lui sur tel ou tel point, mais cette foi est là, elle structure son discours (à défaut de le rendre vrai), elle est une colonne vertébrale qui lui permet de rester debout quand les arguments de la raison et les faits devraient le ratatiner. C’est un entêtement dont je suis personnellement incapable, et que j’admire : hommage du doute à la brute. Il est néanmoins évident que je n’aimerais pas avoir à discuter avec un tel bouché.

Dans l’affaire qui l’oppose à Philippe Val, la bonne foi est de son côté, de toute évidence. Son article est dans la lignée de ceux qu’il pondait chaque semaine : vachard, brutal, parfois marrant. Qu’on parle d’antisémitisme parce qu’il évoque « une jeune héritière juive » revient à prétendre qu’il est désormais interdit d’associer les mots « juif » et « riche ». C’est absurde. Siné a-t-il prétendu que tous les Juifs sont de riches héritiers ? Non, l’affaire est entendue : il n’a pas été viré pour ça, il a peut-être une « bonne » raison à son licenciement, mais ce n’est pas celle qui est mise en avant.

Siné est une teigne. A ses ennemis, il ne sait rien dire mieux qu’un énorme « merde ! » et il prétend le prouver en sortant un Siné Hebdo qui prétendait « chier dans les bégonias ». On se délectait d’avance. Mais voilà, aujourd’hui que le brûlot est sorti, on est bien obligé de constater la parfaite santé des bégonias. Siné Hebdo est une insignifiante crotte, un morceau de néant sorti d’un asile de vieux. Siné a redonné de la vigueur au terme « poussif » ! Il a fait perdre de la hauteur à la médiocrité ! Cet enragé n’a réussi à mordre rien d’autre que la poussière ! Sans prendre parti et en essayant d’être le plus distancié possible, on est obligé de reconnaître que c’est largement moins bon que Charlie Hebdo ! Tout ça pour ça ? A-t-on le droit de faire un canard lourd et moribond-né quand on a claironné avec autant d’aplomb qu’on allait embraser le cosmos ? Plus qu’une misère technique, plus qu’une absence factuelle de choses drôles et enlevées, ce Que Dalle Hebdo souffre d’un manque d’esprit, un essoufflement congénital. C’est un assemblage de noms qui n’ont peut-être en commun que de vouloir donner un coup de main au vieux, mais qui ne savent pas quoi foutre ensemble. Ce pseudo canard méchant pue le Viagra à plein nez ! la bandaison, papa, ça n’se commande pas ! A part un excellent dessin de Loup et une BD rigolote de Delépine et Aranega, on se fait chier de pages en pages à lire les articulets anémiés de chantres de la révolution violente et permanente. Companieros ! vous vouliez casser la société, et vous n’arrivez même pas à casser la baraque !

Bien qu’il n’ait jamais accordé la moindre attention à la réalité, Siné devrait quand même se rendre à celle-ci : il est bon pour la retraite.

vendredi 18 juillet 2008

Un Tour de cochon


On vient d’apprendre qu’un coureur du Tour de France, Riccardo Ricco, est « tombé » pour dopage (France-Inter dixit, l’invraisemblable Claire Servajean ce matin à 8 heures), entraînant dans sa chute toute l’équipe Saunier Duval. Jusqu’à présent, employer « tomber » dans le sens de « se faire choper par les flics » était exclusivement réservé aux malfrats. Cet argot du Milieu supposait, bien entendu, que la personne « tombée » pratique une activité illégale mais surtout que l’illégalité est son lot habituel. On n’aurait pas eu idée d’utiliser ce terme pour un pauvre cave qui se fait serrer en franchissant un feu rouge ou qui enfreint la loi presque involontairement. Désormais, donc, les coureurs cyclistes sont des hors-la-loi de profession et, à ce titre, sont appelés à tomber. Ça ne nous surprend pas, il faut le dire.

Qu’un cycliste se dope comme une volaille, ce n’est pas nouveau. Que le public le sache, ça ne l’est pas non plus : ce sport est à la pointe de ce qui se fait en matière de tartuferie, les affaires de dopage se succédant de mois en mois depuis des années sans que personne ne remette publiquement en cause, mais de manière radicale, la pérennité de la discipline. Le Tour de France est lui-même à la pointe de la pointe puisque, épreuve réputée phare, elle concentre à la fois ce qui se fait de mieux en matière de mollets, la crème des médecins spéciaux et, peut-être, le must des contrôleurs anti piquouze… Mais on continue de fêter le vainqueur à l’ancienne (c'est-à-dire pleins d’admiration) alors même qu’il devrait être considéré comme celui qui franchit la ligne d’arrivée en premier ET QUI ne s’est pas fait prendre avec de la dope dans le sang, double exploit. J’ai quelques anciens dans mon entourage qui continuent de meubler leur retraite en écoutant le Tour de France à la radio (petite radio à transistors qui rappelle, elle aussi, un temps béni où on ne savait pas) en sachant parfaitement ce qui arrive dès qu’on fait pisser un coureur dans un petit verre. D’après mon enquête, ils semblent avoir besoin d’admirer quelqu’un et font passer ce besoin au-dessus de tout. Admirer comme on admire son papa, le plus fort de tous, quand on est gosse…

... des transformations génétiques!

Les adultes, en revanche, sont théoriquement mieux armés contre ce genre de sentiment. Ils sont susceptibles d’admiration à certaines conditions, que le cyclisme pro ne remplit plus depuis longtemps. Mais quand on parle d’adulte, ont entend généralement un être mûri par l’expérience et qui dispose des clés pour décoder le monde qui l’entoure sans (trop) être le jouet benêt des événements… Visiblement, dans le staff managérial de l’entreprise Saunier Duval, personne ne répond à ces simples critères. Interrogé sur le sujet par France Inter, un de ses responsables nous a servi le couplet de « l’image de l’entreprise », un blabla que je croyais réservé aux films comiques traitant de la chose pour faire poiler les mômes. Il faut imaginer ces quadras à la mine grave, tout entiers consacrés à la conquête de marchés nouveaux, absorbés par les chiffres, les tendances nouvelles et la surcharge pondérale, exposant l’idée géniale au grand big boss : on va investir dans une équipe cycliste ! Tour de France, monsieur le Président… la France sur les bords de routes ! imaginez un peu, des millions de ces gens-là ! sans compter l’étranger, hein, ne pas oublier ces Allemands, ces Hollandais, ces millions de rougeauds parcourant le bitume à la recherche de pittoresque ! alors : Tour de France, c’est professionnalisme, c’est exploit sportif, c’est effort en commun ! esprit d’équipe ! abnégation ! C’est la légende du sport !... C’est retransmis jusqu’au Pérou ! Jusqu’au Ghana ! C’est des millions d’oisifs captivés par la lutte ! Tour de France, monsieur le Président, c’est la Jeunesse et le Travail en train d’écrire l’Histoire à coups de pédales ! C’est la longue cohorte des noms prestigieux, les Anquetil, les Bobet, les Bahamontès, les Fignoulard ! c’est des millions de frileux qui penseront Saunier Duval quand viendront les frimas de novembre et qu’il faudra changer de chaudière ! c’est un gain en terme d’image qui dépasse même la Star Ac ! même Plus belle la vie ! C’est l’hallu complète, j’veux dire !!!

Evidemment, ce matin, le cadre responsable de la boulette montrait un peu moins d’enthousiasme. Il parlait certes d’image, mais pour dire que la sienne venait de se couvrir de caca… C’est ça qui est admirable avec les cadres d’entreprise : on dirait qu’ils vivent dans un monde parallèle, ils font comme si l’image d’une bande d’enculés était positive parce qu’elle l’était au moment où eux-mêmes glandaient en Sup de Co. Ils sont tellement fainéants (ou limités, ou les deux) qu’ils espèrent utiliser ad nauseam les mêmes recettes pour blaireaux jusqu’à la retraite, sans jamais tenter autre chose. J’imagine qu’en 1950, il devait encore se trouver des cadres de la com pour proposer des « la gaufrette du Maréchal ! » au conseil exécutif de leur boîte ! Là, on a une entreprise richissime qui met du fric sur des cyclistes, en 2008, après que le maillot jaune de l’an dernier, le très filant Rasmussen, convaincu de dopage, ait été obligé de s’enfuir du Tour pour échapper à la pendaison ! Et bien sûr, la boîte communique toujours sur « les valeurs du sport », « l’esprit sportif » et autres couillonnades d’un autre siècle !

L’entreprise est, on le sait, un lieu de grand mensonge. Rien de ce qui est mis en avant n’y est vrai. Les ressources humaines aimeraient bien se passer des humains, le contrôle de gestion verrait très bien la mort des contrôles… mais on oublie trop souvent l’immense bêtise des dirigeants, leur conformisme, leur inculture, leur manque de recul, enfin on oublie qu’ils n’ont généralement aucune des qualités qui les pousseraient probablement à faire autre chose de leurs vies. Saunier Duval, l’esprit d’équipe !

lundi 7 juillet 2008

Sting, gentleman pollueur

Oh, Jésus, tu pollues !

On se marre. Il est certain que la pollution atmosphérique est un problème, un gros merdique problème qui ne touche pas uniquement les habitants des villes. Il est tout aussi certain qu’il faut urgemment réfléchir aux solutions pour sortir d’un système qui nous encrasse et nous pourrit le climat, OK ! Mais REGARDEZ ce qui arrive à ce pauvre Sting (musicien et chanteur très talentueux, mais insupportable milliardaire concerné donneur de leçons) : il se fait moucher par plus fanatique que lui ! Il a eu la bonne idée de prendre un jet privé pour faire une course, enfin rien d’anormal quand on est farci de thune, mais voilà, des zécolos scrupuleux lui reprochent d’avoir ainsi ajouté son CO2 à celui des gros cons de pollueurs ! HA ! HA !

On avait déjà LES VEDETTES DU ROCK (vous savez, cette musique qui n’est pas que de la musique mais plutôt un genre de vie rebelle qui veut détruire les anciennes valeurs, comme la modération, la sagesse, qui dit FUCK et qui éclabousse de sexe et de drogues les napperons de la bien- pensance) qui incitent leurs fans à venir sagement les applaudir en prenant un petit vélo ; on a désormais les flics verts qui traquent le trouduc jusque dans les jets privés ! La milice verte, éternellement renouvelée, aurait sûrement foutu un procès au cul de Gainsbourg, s’il était encore en vie, et s’il avait persisté dans son irresponsable manie de brûler du tabac en permanence, malgré l’état de la planète !

Je sens la solution... elle arrive... Hômmm...

dimanche 6 juillet 2008

La musique de la chatte

Y'a d'la meuf!

Ha, le rock… le gros son, la rébellion… l’anarchie ! Ha la vie libre… la vie d’artiste, le militantisme sexuel, la transgression dans ta gueule, bourgeois ! Ceux qui n’ont pas connu le frisson d’un public qui se roule par terre de joie ne peuvent pas comprendre…

Bien sûr, les observateurs un peu plus lucides ont compris depuis longtemps qu’au milieu de ce fatras de clichés, la seule chose qui demeure, solide, immuable, éternellement renouvelée, c’est le marketing… Une illustration provinciale ici même avec ce superbe fly pour un festival étonnement original en ces temps transgressifs : « Les femmes s’en mêlent ». Il est dit que pour faire de la thune, le produit « femme » sera décliné partout, en toutes circonstances, et dans toutes les positions. Jusque là, les femmes étaient surtout cantonnées au rôle de spectatrices (et je m’en désole sincèrement) mais là, attention, poussez-vous machos, elles déboulent ! Vous allez voir ce que vous allez entendre !

Du pur Séguéla...

Les connaisseurs de la chose vous diront que le lesbianisme évoquait plutôt la douceur (des femmes) que la brutalité (des zommes !), l’attention portée à l’autre que l’égoïsme, la lenteur des caresses plutôt que la rapidité du coup tiré, enfin, toutes ces conneries pour livre d’éducation sexuelle en collège. En tous cas, l’histoire de l’humanité ne nous avait pas permis d’associer l’image de deux nymphes en train de se mâchouiller le gazon avec celle de la révolte qui éclate, du boulet de canon qui dévaste l’édifice social, ni des ravages d’un déferlement de révolutionnaires pas contentes. C’en est bien fini. On est ici en présence des quatre chevalières d’une apocalypse rebelle, hou la la.

Elles annoncent la couleur : « des chansons rebelles pour les lesbiennes d’aujourd’hui » (les vieilles gouines, à l’asile !), « même si les hétéros » (hououou !) « et les cravatés » (lire : des coinços de droite) « aiment ça aussi » (mais on joue pas pour ces ploucs)… Même pour un marchand de bagnoles ou d’écrans plats, il est difficile d’imaginer un ciblage de clientèle plus rigoureux. Dire que ces adeptes de la rébellion marketée doivent dégueuler à longueur de temps sur TF1… Enfin, en tant que mec hétéro, j’ai donc compris le message : je ne suis pas le bienvenu. J’ai risqué une oreille hétéro sur Myspace, mais je n’ai plus la force de donner le lien : démerdez-vous ! La puissance révolutionnaire de ces stalinettes brouteuses m’a enfoncé si fort mes préjugés hétéros dans le cul que j’en suis toute chose, tout à coup…

Apprenez que le vieux monde va finir, chiens masculins, et vos grosses bites avec !

jeudi 3 juillet 2008

Le phare algérien

A la Santé !

Deux algériens ex musulmans convertis au christianisme ont été CONDAMNES hier à six mois de taule avec sursis et 1000 euros d’amende, ce qui doit faire beaucoup en dinars. Ces deux lascars ont été convaincus, entre autre chose, de prosélytisme. Reconnaissons qu’il est regrettable de devoir regarder du côté d’un régime aussi grotesque que celui de l’Algérie contemporaine pour trouver un exemple aussi limpide de ce qu’il faudrait appliquer en France à tous les prosélytes, tous les exhibeurs de kippas, de barbes, de soutanes et de grigris divers… Toutefois, on reste légitimement confondus devant la clémence de la peine prononcée, et on attend avec impatience que l’Algérie assume son rôle de modèle en la matière et farcisse ses prisons sous-employées de tous les prosélytes disponibles. Enfin, l’acharnement envers les prosélytes non-musulmans, s’il reste très sympathique, ne saurait satisfaire les exigences d’un esprit égalitaire, et il faut souhaiter que l’outrecuidance de tous les prosélytes, sans distinction entre eux, soit plus méthodiquement combattue dans l’avenir.

Amen.

mardi 1 juillet 2008

Homo millionnarus

Grrrr !

Dans ces périodes d’angoisses mondiales, de pollution, de réchauffement climatique et de raréfaction du pétrole, il est rassurant d’apprendre qu’au moins dix millions de personnes dans le monde n’en ont strictement rien à foutre. Dix millions, c’est le nombre de citoyens millionnaires en dollars sur cette planète.

Evidemment, ceux qui clament qu’on pourrait distribuer un peu du pognon de ces gens aux plus pauvres sont des naïfs. Il ne connaissent rien au sujet, sont généralement pauvres eux-mêmes, ce qui revient à dire qu’en plus d’être naïfs, ce sont des cons. Pour Léon Bloy, l’argent, c’était le « sang du pauvre ». C’est peut-être ça. Ou alors, ce qui revient au même, un intestin gigantesque, avec des pauvres à un bout, engrais vivant, et à l’autre bout, le système qui chie des millionnaires. Le système se porte bien d’ailleurs, au cas où tu te ferais du souci, lecteur humaniste. Le transit fonctionne comme à la parade puisque 6% de millionnaires en plus ont été chié en un an. On défèque dans la soie pendant qu’à l’autre bout, on en chie des briques. Ça reste un truc qui pue pas mal.

Alors évidemment, la France s’en tire moins bien que les autres, comme d’hab. La France et son fiscalisme confisquatoire, ses syndicats, son défaitisme, ses 35 heures, ses charges sociales, son équipe de foot, sa Sécu plombée, ses hôpitaux remplis de vieux, son ISF et son putain de Smic qui assoiffe les zentreprises. Oui, tas de feignants, la France n’a fait que 1,3% de progression, avec seulement 394 320 millionnaires minables ! Même si on a Bernard Arnaud, ça peine à jouir… parlez-moi de la Chine et de l’Inde, ça oui ! des chiffres au dessus de 20%, ça c’est une marge qu’on peut admirer. A côté, avec nos 1,3%, on ressemble à quoi ? à des épargnants sur Livret A ! C’est tout !

Mais, combien ça coûte?

Heureusement, chez les riches, il y a encore de la hiérarchie. Mieux : de l’inégalité ! Et une belle : 37% du pactole que représentent ces millionnaires sont détenus par environ 1% des richards ! Et cette élite, elle, a réalisé 14% de mieux ! Qui a dit que la richesse et le luxe ramollissaient le caractère ?

lundi 23 juin 2008

Le retour des ... ESCLAVAGISTES !!

Dans le Journal d’un négrier au XVIIIème siècle, (capitaine William Snelgrave), paru récemment chez Gallimard (Témoins), on trouve ce stupéfiant avant-propos, signé Pierre Gibert S.J. : « Le 10 mai 2006 fut pour la première fois célébrée en France la commémoration de l’esclavage et de la traite négrière. Si l’esclavage est un des plus anciens fléaux de l’humanité et, malheureusement, un des plus répandus, qui continue de sévir aujourd’hui, il connut, entre le XVè et le XIXè siècle, une de ses plus terribles formes : celle qui asservit des millions d’êtres humains à partir de l’Afrique en direction des Amériques. Pour cela se développèrent à grande échelle des entreprises européennes et américaines, maritimes, commerciales et politiques qui devaient se conjuguer avec des pratiques et des engagements indigènes, en particulier sur la zone côtière qui va du Sénégal à l’Angola. […] Alors que le contexte de suspicion dans lequel sa réédition fut envisagée aurait pu l’empêcher, on reconnaîtra que le pittoresque même du récit du capitaine Snelgrave ne peut que rendre encore plus odieuses et moins défendables des pratiques multiséculaires.[…] »

Qu’en 2008, en France, un type trouve plus prudent de préciser que l’esclavage n’est pas défendable, voilà qui ne manquera pas de surprendre les historiens des années 2500 ! Alors, si ces historiens du futur tombent sur ce misérable article, je leur précise qu’à ma connaissance, personne en France ne défend ni n’excuse l’esclavage, qui est regardé comme une pratique barbare et totalement inhumaine, qu’il n’existe pas ici de parti esclavagiste (ni ailleurs dans l’univers) et que, comme les combats de gladiateurs dans les arènes et le comique troupier, l’esclavage en tant que système appartient au passé de l’humanité. Parmi les plus immondes canailles que compte notre époque, PAS UNE SEULE n’a jamais développé publiquement une théorie de l’esclavage qui justifierait la précision de Gibert S.J., ou la rendrait simplement compréhensible. En revanche, mesdames et messieurs les historiens du futur, ne manquez pas d’apprécier le grotesque d’un temps où les plus parfaits innocents sont moralement sommés de préciser, à toute occasion, qu’ils ne sont ni des monstres, ni des assassins, des tortionnaires, des esclavagistes, des déporteurs d’enfants, des décapiteurs de vieux sages, des enculeurs de nonnes, des conchieurs de Résistants, des apologistes du massacre, ni des fortes têtes.

Attention : cette photo n'a pas été prise la semaine dernière sur le marché!

Précision ultime sur cet ouvrage : composé de trois parties, seule la seconde aborde spécifiquement la traite négrière, ce qui fait moins de trente pages sur 250… le reste est intéressant, notamment le récit bien foutu de la capture de son navire par des pirates, mais sans grand rapport avec le titre.

vendredi 20 juin 2008

Laïcité, lubricité !

Chienne impudique !

Encore une polémique à base racialiste, ou racialisto-religieuse. La municipalité de La Verpillère, dans l’Isère, a organisé une journée à la piscine réservée aux femmes. Pour le maire, il s’agissait d’une initiative ponctuelle, une simple journée destinée à faire découvrir la piscine à des femmes qui probablement n’y allait jamais. Pour lui, la polémique aurait enflé sans raison. Pour l’opposition (UMP), il s’agit d’une atteinte à la laïcité. Fadela Amara a trouvé ça scandaleux, et tout le monde semble assez d’accord pour qu’au pays de Brigitte Bardot, on ne commence pas à séparer les hommes et les femmes à l’heure de la baignade. (voir ICI ou LA). Par ailleurs, on apprend qu’une association sportive musulmane de l’Essonne a tenté d’organiser un tournoi de basket féminin interdit aux hommes (sur le terrain, oui, mais aussi dans les gradins !). Personnellement, si on me dit qu’il existe des hommes assez désoeuvrés pour aller voir des matchs de baskets apposant des nanas entre elles, je veux bien le croire, mais ça me scie considérablement le cul… enfin, même le ministre du muscle a donné raison au maire qui a dit niet ! Point commun intéressant dans les deux affaires, les maires concernés, qui ont pourtant eu des attitudes exactement contraires, utilisent le même argument de « la tempête dans un verre d’eau ». Ben ouais, c’est pô grave…

Insoutenable !

Il est bien évident que ce genre de truc pas grave se multipliera, et que la République devra être soit attentive, soit souple. Dans des domaines très variés, et pour des raisons parfois opposées, des associations diverses voudront « protéger » certaines femmes, utilisant d’ailleurs le même vocable que les proxénètes, mais passons. Le paradoxe, c’est que l’opposition viendra le plus souvent des féministes « historiques » qui, au nom de l’universalisme et de l’égalité de droit, refusent ces mesures d’exception. Il est non moins évident que pour les « séparationnistes », la fameuse loi sur la parité en politique est une référence qu’il est assez facile d’invoquer. Que les affaires comme celles d’aujourd’hui se multiplient, et on y viendra. Au moment des discussions sur cette loi (du 6 juin 2000), ceux qui s’y opposaient craignaient justement qu’elle constitue un précédant dangereux qu’on pourrait ensuite invoquer pour tout et n’importe quoi. Bien qu’on les ait traités de réacs et d’affreux dégueulasses, il est manifeste que, sur ce point au moins, ils avaient vu juste.

Dans le progrès comme dans la capilotade, les choses vont souvent lentement. L’une après l’autre. On commence par séparer les gens dans les piscines (ces infâmes lieux de débauche !), on autorise les couteaux à l’école (canada), on tente d’instaurer des juges communautaires religieux et on se retrouvera peut-être un jour avec des attaques iconoclastes au Louvre… Dans un domaine aussi compétitif que la politique, les religieux ont assurément un coup à jouer, et ils le joueront. Qu’ont-ils à y perdre ? On parle d’eux, ils existent, ils « lancent le débat », et si on ne leur résiste pas trop, ils peuvent même obtenir satisfaction ici ou là ! Evidemment, ils ne sont pas majoritaires, ils ne représentent actuellement pas grand monde, et rien ne dit qu’ils continueront à nous faire chier très longtemps. Mais si on se comporte comme s’ils avaient une quelconque légitimité à l’ouvrir (le fameux respect dû aux opinions religieuses – sainte couillonnade à l’eau tiède), ils l’ouvriront, et de plus en plus ! Je veux être clair : il est normal, logique, cohérent que des religieux à la mords-moi-le-livre-sacré tentent de faire prévaloir leurs lubies dans la société où ils vivent. Ils font comme tout l’monde, pardi ! Contrairement aux militants de la fesse joyeuse, je n’attends pas du Pape, par exemple, qu’il incite le monde à l’enculade citoyenne à grand coup de capotes ! Un peu de cohérence, voyons… c’est un religieux, il représente un monde magique, un monde où des types ressuscitent et fendent les mers en deux, et où des commandements millénaires servent encore de référence, on ne peut pas exiger de lui qu’il embrasse la raison et les mœurs modernes. En fait, il est comme tous les religieux : il ne comprend que la force. Il faut juste rester attentifs à maintenir favorablement le rapport de forces entre « eux » et nous…

Musulmane, détourne les yeux !

Si on veut être optimiste un instant, on peut même considérer que ce renouvellement des attaques à fondement religieux contre la société que la République a bâti est une chance : on s’endormait peut-être un peu sur nos beaux principes. On avait fini par bien cloisonner l’aire de jeu des curés et je trouve qu’on commençait à mollir un chouia. Que des barbus viennent nous chatouiller la laïcité n’est pas forcément un mal : on peut les prendre comme ces virus contre lesquels le corps doit apprendre à se battre s’il veut vraiment évoluer librement dans le monde. Leurs revendications sont souvent d’une aplatissante stupidité ? Tant mieux, si ça peut resserrer les rangs des laïcs, des mécréants et des athées ! Evidemment, avec le personnel politique mou qu’on a, et surtout avec notre Président, il faut s’attendre à voir pousser les Conseils du cuculte un peu partout, à voir les religieux associés en tant que tels à de sempiternelles commissions d’éthique, et d’une manière générale, à assister à du léchage de cul en règle alors qu’il faudrait intensifier la propagande ! Mais patience : la modération n’étant pas dans la nature des représentants de dieu (par essence, les potes d’un dieu unique, omniscient et omnipotent ne sont pas portés à la négo, c’est historiquement vérifié), leurs futurs petits succès les porteront fatalement à pousser le bouchon plus loin, jusqu’à ce qu’on soit de nouveau dans l’obligation de pendre les plus cons, pour l’exemple ! Vive l’avenir !

mercredi 18 juin 2008

végétaliens, assassins !

Le principe des Etats de droit, c’est qu’ils déclinent la logique de leurs normes juridiques jusqu’à une limite qu’on ne connaît jamais. Si un principe est adopté, les conséquences qui en découlent logiquement ne manqueront pas non plus d’apparaître, et deviendront probablement légitimes à leur tour. Si l’on accepte, par exemple, que la sexualité est affaire strictement personnelle entre adultes consentant, il est logique que la loi établisse l’égalité de tous les citoyens QUELLE QUE SOIT leur sexualité, et la « légalité » de toutes les pratiques sexuelles. S’il n’existe donc plus de norme légale en matière sexuelle, il est logique que les homosexuels demandent aussi le droit de se marier entre eux, et il est à prévoir qu’ils l’obtiendront. On pourrait leur opposer pas mal d’arguments, mais la logique de la loi semble bien être de leur côté.

Qué salade !

Les Suisses ont leur logique à eux, c’est bien connu. A deux heures du mat dans une rue déserte, ils n’auraient pas l’idée de traverser si le feu des piétons est au rouge… logique.

La Commission fédérale d'éthique pour le génie génétique dans le domaine non humain (CENH) pond depuis quelques années des avis sur les questions éthiques touchant au règne animal et végétal. Elle a dernièrement fait un joli coup en proclamant la dignité des végétaux et la nécessité de reconnaître leur valeur morale propre. Ça peut surprendre, et ça a surpris. Elle reconnaît elle-même, dans son rapport, que la question de savoir si les végétaux ont une valeur morale intrinsèque a pu être regardée comme ridicule par des membres de la commission eux-mêmes ! C’est dire… Le document est intéressant à lire, oscillant entre un ton on ne peut plus rationnel, dénué de tout excès apparent, et une puissance comique probablement consciente d’elle-même, mais qui ne s’affiche évidemment pas. S’appuyant imprudemment (à mon avis) sur des « découvertes scientifiques récentes », la CENH met en avant des « similitudes existant entre les végétaux, les animaux et les êtres humains aux niveaux cellulaire et moléculaire, et c’est pourquoi il n’y a actuellement plus de raison valable d’écarter d’emblée les végétaux de la communauté morale. » Il y a également des similitudes biologiques entre le corps d’un enfant et une goutte d’eau, pourrait-on faire remarquer…

Au final, cette commission annonce quelques points :

« 1 – Arbitraire : les membres de la Commission considèrent à l’unanimité tout acte de nuisance arbitraire envers les plantes comme moralement répréhensible. Le fait d’étêter sans raison valable les fleurs au bord de la route est un exemple d’acte arbitraire.

2 – Instrumentalisation : pour la majorité des membres, l’instrumentalisation totale des végétaux – qu’il s’agisse d’une collectivité végétale, d’une espèce ou d’un individu – requiert une justification au point de vue moral.

3 - Propriété absolue sur les végétaux : sur ce point également, la majorité des membres refuse, pour des raisons morales, l’idée d’une propriété absolue sur les plantes, qu’il s’agisse d’une collectivité végétale, d’une espèce ou d’un individu. Selon cette position, personne n’est en droit de disposer des végétaux selon son bon plaisir. »

Etant entendu que je ne suis pas suisse et que personne, parmi les lecteurs de ce blog, ne l’est non plus (ou alors, qu’il aille se dénoncer à la police fédérale !), cette farce ne nous concerne presque pas. Les Suisses peuvent payer des penseurs à discuter sur le sexe des anges ou la grandeur morale de la laitue, qu’est-ce que ça peut te foutre, me demanderas-tu, lecteur impatient. Il ne faut pas oublier un des mécanismes les plus sournois du Progrès (dans son volet intégristo crétino moral) : l’exemple. On nous dit souvent que telle ou telle mesure devrait être appliquée en France au motif que « trois mille pays l’ont déjà adoptée », ou qu’il faudrait au contraire abolir un de nos charmants archaïsmes (la langue française, par exemple) puisque la quasi-totalité du cosmos ne l’utilise pas ! Quand ça les arrange, les suppôts du Bien proposent toujours l’exemple étranger, fût-il minoritaire, pour faire honte aux réacs, aux conservateurs, aux indifférents et aux fils de pute. Alors quand le collectionneur de bonsaïs entendra sonner à la porte de son jardin (oui, ces cons-là installent des sonnettes dans leurs jardins, c’est connu), il devra bientôt se demander si ce n’est pas la police qui vient le priver de son « bon plaisir » de rempoter.

Tous en scène

En 1953, Vincente Minelli sort Band Wagon (Tous en scène, en français), un chef d'oeuvre de comédie musicale à l'américaine. Cyd Charisse (qui est morte hier) et Fred Astaire en sont les deux vedettes. Si le genre est tombé en désuétude, la perfection atteinte alors est toujours (au moins pour moi) une source d'étonnement.
Cette scène parfaite illustre bien le niveau d'exigence du film populaire hollywoodien d''il y a cinquante ans... Le diable se niche dans les détails, dit-on. Mais ici, il semble bien qu'il n'y ait plus aucun détail, le moindre pékin qui passe en fond de scène est parfaitement à sa place, et surtout dans le rythme. Quant à Fred Astaire, âgé alors de cinquante quatre ans, on a l'impression que la musique sort de ses bras et de ses jambes. Il attrape un siège pile sur le temps, il bourre une caisse de coups de pied, ou donne du cul dans un kiosque et c'est un très exact roulement de tambour, il jongle avec une balle et commande aux percus, il claque des doigts et la musique est. Soyez attentifs, c'est de la musique incarnée...

lundi 16 juin 2008

Censure et sans reproche

En cette année de commémoration foireuse (et morte née) de mai 68, de son mot d’ordre libertaire du « jouir sans entrave », voici une petite illustration de ce qu’on peut faire faire à la censure, quand on est autre chose qu’un bête militant…


Fatboy Slim - Brighton Port Authority

jeudi 12 juin 2008

le bonheur pessimiste

Je réagis avec dix jours de retard, mais tant pis : dans « Les nouveaux chemins de la connaissance » (France Culture), Raphaël Enthoven invite Frédéric Schiffter à parler du bonheur, et le résultat me semble assez exceptionnel. Réflexions et remarques sur la mélancolie, le pessimisme, l’optimisme, le bonheur et le malheur, cliquez ICI . (il faut Real Player pour écouter les fichiers .ram)

mercredi 11 juin 2008

samedi 7 juin 2008

Euthanasie : le bien mourir

Euthanasie : des solutions existent...

L’euthanasie n’est pas encore légale. On en parle, on en discute, on se crêpe le chignon à son sujet, on se traite de con, on est plein d’admiration pour ceux qui la réclament a priori, et paradoxalement, on l’est moins pour ceux qui préfèrent affronter la mort face à face : c’est comme ça. La question est délicate car autant on comprend qu’un individu ait envie d’en finir, autant on peut craindre que l’Etat, avec ses grosses lois, s’en mêle.

Les sondages semblent indiquer qu’une majorité de Français en pince pour le droit à l’euthanasie, mais ça ne saurait constituer un argument bien solide : c’est bien une majorité de Français qui a élu Sarkozy, après Chirac, et Bienvenue chez les Ch’tis a été vu par 32 fois plus de monde, en France, que There will be blood… Il n’y a pas de raison pour que dans ce domaine, la « majorité » ait plus raison que la minorité, sauf, bien sûr, si on organisait une sorte de référendum sur le sujet. Nous n’en sommes pas là.

Il semble bien que le train de la modernité soit en marche et les imprudents qui ne respectent pas les passages à niveau risquent fort de le sentir passer. On a eu l’affaire Humbert l’an dernier, on a eu l’affaire Debaine cette année (acquittement pour avoir tué sa fille handicapée), on aura d’autres affaires et les juges, selon la loterie que constitue un jugement, appliqueront la loi ou l’interpréteront selon leur conscience. On est un peu dans la situation bizarre où le pouvoir judiciaire prend des initiatives par rapport au législatif…

Comme d’hab, le Pèzident a décidé de trancher dans le vif, si on me permet cette expression. Pour lui, en bon libéral, il est normal que les désirs des clients soient satisfaits. Dans le cadre européen mais néanmoins concurrentiel des pays modernes, une société de services comme la France peut-elle sérieusement se passer d’un tel article ? Il envisageait un truc assez simple : une procédure chiadée, avec des consultations multiples, des demandes faites devant notaire, et tout le bordel. Mais voilà, il a eu l’idée saugrenue de consulter les médecins, et ils ne sont pas d’accord. Si la société est arrivée au point où elle ne supporte plus l’éventualité de la souffrance naturaliste, si elle organise les moyens légaux d’autoriser et d’encadrer l’euthanasie, les médecins refusent catégoriquement de changer de rôle. Ils sont là pour soigner, pour d’abord ne pas nuire, ils n’ont pas vocation à buter du citoyen, même en phase terminale. On n’avait pas pensé à ça, et c’est symptomatique. Dans notre enthousiasme à pondre des mesures sous tendues par le Bien, on avait oublié que l’euphémisme ne masque que les mots : qu’on dise euthanasie et fin de vie à la place de mort, il s’agit toujours, in fine, de tuer une personne. Buter, effacer, crever. Et les toubibs, on peut le comprendre, ne sont pas chauds pour tenir ce rôle social là.

Il fallait donc envisager une autre solution. On a tout de suite pensé à la formation professionnelle : les familles de vieux débris pourraient suivre une formation (gratuite !) où les règles du bien tuer leur seraient apprises, déchargeant ainsi les médecins de cette traumatisante routine. Le problème, évidemment, c’est qu’on aurait rapidement une population de killers parfaitement capables de supprimer du collègue de bureau pour prendre sa place, et sans douleur ! Sans compter que les élèves satisfaits de la formation pourraient rapidement monter des boîtes de formation à leur tour, dispensant dans le pays (et sur Internet !) un savoir-faire toujours sympa à partager. Le projet était soutenu par Jean-Pierre Raffarin, éternellement prompt à donner des conseils en vertu de son incomparable expérience d’homme de terrain. Il développa l’argument économique selon lequel cette initiative pourrait permettre de créer « cent vingt mille emplois de formateurs d’ici cinq ans », argument balayé d’un revers de gabardine par la ministre de la santé, qui compte n’agir qu’en fonction des intérêts des patients, sous vos applaudissements. Une dispute s’engagea ensuite entre les deux poids lourds, et les témoins rapportent que Raffarin refusa même à la Bachelot le droit d’intervenir en tant que ministre de la santé « puisqu’on parle d’euthanasie, c'est-à-dire de plus de santé du tout ! ». Les deux figures sortirent de l’Elysée entourés de leurs gardes du corps respectifs…

Cent vingt mille emplois en cinq ans...

Le Boss profita du passage de Couche-Nerfs en France pour lui demander son avis, à titre individuel et en tant que médecin. Le globe trotter, toujours aussi nature dès qu’il s’agit de vocabulaire lui expliqua qu’il n’avait lui-même jamais pensé à l’euthanasie, et encore moins à la retraite ! "Tant que j’ai la patate, tant que j’ai la trique, je suis là ! Quant à tuer des gens, crois-moi, Président, fais confiance aux militaires"… Qu’avait donc voulu dire le ministre étranger aux affaires ? C’est Devedjian qui rompit le silence kouchnérien (« le silence après Bernard Kouchner, c’est encore du Kouchner ») : il faut qu’on charge l’Armée du sale boulot ! Après tout, les militaires ne peuvent pas nier qu’ils sont formés pour é-li-mi-ner ! Les médecins, j’veux bien qu’ils renâclent, dit-il dans un tourbillon de mèches de cheveux, mais les milits, moi je connais ! Hélas, le meilleur ami du Patron dût encore déchanter : au moment où on leur annonce que la France compte se retirer d’Afrique, pas question de demander aux militaires de se charger de l’euthanasie de leurs propres concitoyens !

Finalement, selon notre discret correspondant sur l’Olympe, c’est un peu de chaque projet qui sera retenu, un dosage subtil et innovant, selon l’expression consacrée. Il y aura bien formation, il y aura bien spécialisation, mais elle ne concernera pas des militaires : on va réintroduire le bourreau en France ! Oui, puisque les médecins sont hors du coup, que les militaires sont des tapettes et que les choses importantes ne sauraient être laissées à la portée des simples citoyens, il faut donc créer un corps de fonctionnaires spécialisés et formés aux meilleures écoles. Nous aurons une décision administrative, nous explique un conseiller de Bachelot exténué, suivie par une application concrète entièrement maîtrisée par l’Etat. Difficile de faire mieux en matière de garanties ! Le gouvernement n’étant pas favorable à l’augmentation du nombre des fonctionnaires, il n’est pas impossible que soit crée un organisme privé sous contrat avec l’Etat, ayant toute latitude pour recruter son personnel (des importations de mains d’œuvre étrangère en provenance de l’Europe centrale sont déjà à l’étude), et qui oeuvrera dans la transparence sous la tutelle du ministère.

Concernant la dénomination finale de ces nouveaux bienfaiteurs, le terme "bourreau" étant trop connoté (et risquant de donner des gages aux canailles adversaires de l’euthanasie), une mission va être confiée à Martine Aubry pour faire émerger de nouvelles appellations plus en phase avec l’évolution de la société.

Des expériences sont en cours...

Pour (se) finir, un petit extrait du Meilleur des Mondes (1932)

« - Mais cela me plaît, les désagréments.

- Pas à nous, dit l’Administrateur – nous préférons faire les choses en plein confort.

- Mais je n’en veux pas, du confort. Je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté. Je veux du péché.

- En somme, dit Mustapha Menier, vous réclamez le droit d’être malheureux.

- Hé bien, soit, dit le Sauvage d’un ton de défi, je réclame le droit d’être malheureux.

- Sans parler du droit de vieillir, de devenir laid et impotent ; d’avoir la syphilis et le cancer ; du droit d’avoir trop peu à manger ; du droit d’avoir des poux ; du droit de vivre dans l’appréhension constante de ce qui pourra se produire demain ; du droit d’attraper la typhoïde ; du droit d’être torturé par des douleurs indicibles de toutes sortes.

Il y eu un long silence.

- Je les réclame tous, dit enfin le Sauvage. »