samedi 4 janvier 2014

Emporté par la foule




Il y a quelques années, le Washington post a organisé une expérience dans les couloirs du métro. Un violoniste d’exception, Joshua Bell, beaucoup plus subtil que son nom pourrait le faire croire, s’y est pointé, habillé comme un musicien de rue, sans trop en faire néanmoins. Il a sorti son crin-crin (un Stradivarius coûtant 4 millions de dollars, oui QUATRE) et en a joué pendant ¾ d’heure, au milieu du flux des péquins. L’expérience se déroula dans une station fréquentée très majoritairement par des employés et des cadres travaillant dans les buildings alentours (administrations, centres de recherche, cabinets d’avocats, agences fédérales). Joshua Bell joua des airs choisis pour leur très haute qualité musicale, des sommets dans leur genre, Bach, Schubert, Massenet et consorts, des choses à la fois belles à entendre et particulièrement difficiles à interpréter. Une caméra cachée filma la scène.

Que croyez-vous qu’il arriva ? C’est une question que les gonzes du Washington post avaient préalablement posée à Leonard Slatkin, directeur de l’Orchestre symphonique national, qui paria que 35 à 40% des gens reconnaîtraient la qualité de la musique entendue, et que 75% prendraient un peu de temps pour s’arrêter et écouter.
Il n’en fut rien.

NKM- des-sans-abris



Après la déchéance de DSK...
Après la chute de Roselyne Bachelot...
Après l'agonie d'Ariel Sharon...



mercredi 1 janvier 2014

Bonne résolution pour 2014


"On comprend sans doute mieux la nature véritable de la désolation présente ("dans quelle sorte de monde nous vivons") en s'en remettant à ses seuls sens, plutôt qu'à des systèmes d'interprétation, tous déroutés, et qui n'apportent guère que des consolations : l'illusion d'une maîtrise, au moins intellectuelle. Se tenir ainsi à la perception sensible, s'y tenir sans pour autant en rester là, est de toute façon le passage obligé pour quiconque veut reconstruire son intelligence sur le tas, sans le filtre des représentations : c'est le début, forcément individuel, de toute désincarcération, d'aller réveiller au fond de soi la sensibilité atrophiée. Que cela soit d'abord douloureux, comme toute désintoxication, montre seulement sur quels ravages intimes repose l'apparente adaptation de tous."

René Riesel : Du progrès dans la domestication. Ed. de l'encyclopédie des nuisances. Paris. 2003.


mardi 31 décembre 2013

Un dimanche comme un autre.


L’année 2013 se termine. Elle mérite plus sûrement qu’une autre le qualificatif d’année de merde. D’ailleurs, elle se termine sur une note particulièrement nauséabonde : la dérogation permanente provisoire ( !) accordée aux grandes surfaces de bricolage pour ouvrir le dimanche. Un décret du gouvernement le permet jusqu’en juillet 2015, en attendant « une loi plus stable »… Comme chaque fois qu’on veut faire une entourloupe, le gouvernement avait mandaté Jean-Paul Bailly, ancien fossoyeur du service public de La poste, pour pondre un rapport sur quoi il se base aujourd’hui pour nous entuber le dimanche. Évidemment, le rapport et les ministres jurent que le dimanche restera un jour « pas comme les autres », et qu’il n’est pas question de ceci ou de cela. Ceci ne les empêche nullement d’augmenter le nombre de dérogations que les maires pourront octroyer, d’augmenter le nombre d’ouvertures dominicales que les grandes surfaces pourront faire en dehors de l’autorisation préfectorale. Si quelqu’un doutait encore de la guerre sociale menée par la gauche PS, et de la guerre engagée contre les mots et leur sens, il va avoir de quoi être édifié.


On ne trouverait pas de moules amatrices de plateau de fruits de mer. On ne trouverait pas de vaches pro corrida, pas si bêtes. Mais on trouvera toujours des salariés réclamant qu’on autorise leur patron à les faire travailler le dimanche. Certains sont prêts à travailler douze heures par jour, quinze s’il le faut, et ne pas s’arrêter sous prétexte que la nation commémore un événement ou participe à une fête multi millénaire. Quand on a annihilé toute capacité critique dans l’esprit des gens, quand on a miné les fondements de l’autonomie intellectuelle et ratiboisé le simple instinct, la simple compréhension de son propre intérêt (au-delà du seul chiffre en bas à droite de la feuille de paie), on obtient cela : des salariés qui luttent pour leur asservissement. Le fait qu’ils soient de pauvres cons ne les exonère pas de leur responsabilité dans le crime qui se joue. Ils n’en sont pas le bras armé, n’exagérons pas, mais ils en sont l’anus ravi…

Pour que la traitrise fonctionne, il faut qu'il y ait des amateurs. Il faut que des gens y trouvent leur compte. La famille Mulliez (Leroy Merlin), par exemple, mais aussi notre voisin de pallier et les centaines de milliers d'enflés qui n'hésiteront pas un instant à utiliser le dimanche des autres pour aller pousser le caddie dans un camp d'achat. Au début, ces débiles profiteront sans complexe du fait qu'eux-mêmes ne travaillent pas dans le secteur touché, qu'ils ne sont pas manutentionnaire chez Bricorama ni caissière chez Casto. Mais comme leur kollaboration creuse la tombe du repos dominical dont ils peuvent encore jouir en commun, ils devront eux aussi, quand leur tour sera venu, faire une croix sur le repas de famille, la glandouille entre amis, le tour à la campagne, pour aller exercer leur CDI sous-payé un dimanche.

Pour le détail du décret "socialiste", chacun ira se renseigner. Notons simplement que comme dans d’autres domaines, tout procède par étapes. On commence toujours par céder du terrain sous certains prétextes, puis on s’appuie sur ces exceptions, les esprits ayant été rendus plus mous, on bricole un rapport, on change la valeur des mots, et on fait « avancer le progrès ». On se souvient que le Pacs fut voté en jurant que jamais il n’y aurait de mariage pour les gens de même sexe. Puis le mariage fut voté en jurant que jamais on n’autoriserait les mères porteuses, ni l’adoption. Et je parie publiquement que nous y aurons bientôt droit… Pour l’ouverture dominicale des grandes enseignes, on a commencé par un cadre ubuesque. En langage administratif, on appelle ça les PUCE : périmètres d’usage de consommation exceptionnelle. Certains mollassons ont admis que des zones pouvaient être exonérées de la règle commune, parce qu’il y a des touristes, parce qu’il y a d’autres commerces autour, parce qu’on y vend de l’ameublement ou de la merde en barres, parce qu’il y a un centre ville qui aurait telle ou telle particularité, parce qu’il y a mes couilles : au final, partant de cette exception faite à la règle, des intérêts surpuissants se sont engouffrés dans la brèche, ont exposé leur soi-disant particularité, ont hurlé à la concurrence déloyale ou à la fin du monde, et remportent aujourd’hui une victoire. Il faudrait être non seulement aveugle et sourd mais aussi complètement débile pour ne pas comprendre qu’ils auront la victoire finale, du moins si aucun miracle ne vient nous débarrasser des Jean-Paul Bailly et des gouvernements socialisto-libéraux de toutes espèces.

Je ne souhaite une bonne année à personne, je n’ai pas ce cynisme.

vendredi 27 décembre 2013

Le changement, c'est nazi



A la faveur d’un retentissant procès, nous apprenions il y a quelque temps, que la quenelle dieudonienne n’a rien de commun avec le salut nazi. Les nazis se féliciteront sans doute de n’avoir pas été plagiés par un demi Camerounais. On respire du côté du Berghof.

Cette semaine, rebondissement : le salut nazi serait bien de retour en France, mais cette fois, il n’est pas porté par une obscure officine burlesque ayant pignon sur ruelle du côté de la Bastille, non : par le parti socialiste !

On le sait, soucieux de préserver le corps qui l’héberge, l’esprit humain use de feintes pour gommer les plus fortes souffrances endurées. A l’aide d’artifices chimiques, il efface les grands traumatismes pour que la vie puisse continuer et que le corps ne se remémore pas trop les douleurs du passé. Ainsi, la plupart des Français ont oublié le signe de ralliement des socialistes français durant la dernière campagne présidentielle, diffusé dans un clip incroyable dont nous tirons les images ci-dessous. Ce geste, nous devons le leur rappeler, bien qu’il rappelle lui-même les heures les plus vert-de-gris de notre histoire.


samedi 7 décembre 2013

Coupe du monde de football : la France mise à l'épreuve


Le tirage au sort des tableaux de la prochaine coupe du monde de football vient de se terminer. La France connaît donc ses adversaires du premier tour, et tous les commentateurs seront d'accord : le tirage ne lui a pas été favorable.
En effet, à partir du 15 juin prochain, la France devra affronter trois redoutables équipes :
le Bangladesh,
la Syrie,
l'équipe de Monceaux-lès-Mines.

Après s'être brillamment qualifiée en venant à bout de l'Ukraine, une des plus puissantes équipes de l'histoire du football moderne, la France saura-t-elle se surpasser ?

Interrogé sur le sort de notre équipe sitôt le tirage connu, Lionel Messi déclare : "je suis bien content d'être argentin!"



mercredi 4 décembre 2013

L'irrésistible ascension de la vérité




Dimanche dernier, quelques instants avant le début de la manifestation contre l'injustice fiscale, TF1 diffuse les images de Jean-Luc Mélenchon devant ses troupes pendant le journal de Claire Chazal. "Le cortège de partisans s'étendait jusqu'à l'horizon", témoigne la journaliste impartiale.

lundi 2 décembre 2013

Escalves rech. maître, même petit




L’information n’est pas seulement un piège à cons, c’est aussi une formidable machine à en produire. Illustration.

Tout le monde sait que le type qui se prétend Président de la république a promis d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. La France entière s’arc-boute sur cette formule, comme si elle avait la moindre chance d’avoir un intérêt. La courbe peut bien être inversée, si elle continue de passer au beau milieu de ton cul de chômeur, ça ne change pas grand-chose. Mais passons.

Les chiffres du chômage sont incomplets. Pôle emploi annonce chaque mois les chiffres des chômeurs n’ayant eu aucune activité le mois précédent. C’est ce qu’on appelle la catégorie A. Or, de nombreux chômeurs signent un CDD court, par exemple, ou un contrat d’intérim. Ils travaillent mais restent inscrits comme chômeurs, car leur situation n’est pas durable. Si ils déclarent moins de 78 heures de travail, ils sont basculés dans une autre catégorie (B). S’ils travaillent plus de 78 heures, ils passent en catégorie C. Quoi qu’il en soit, ces gens doivent être considérés comme des chômeurs, ils n’ont pas trouvé un CDI à temps plein, ils demeurent des chômeurs qui ont, pour quelque temps, un emploi.
Pour être encore plus précis, ces deux catégories B et C sont le marqueur d’une engeance aussi collante que le chômage : la précarité. Elles représentent les gens qui vont de petits extras en CDD, de micro contrats en boulots de merde. Ces deux catégories méconnues représentent 1,5 millions de personnes, et le type qui a été désigné Président de la république n’en parle pas. Si l’on doit évoquer les chômeurs en France, il faut donc parler d’au moins 4,8 millions de personnes, sans même compter les deux dernières catégories (D et E) ni les gens d’outre-mer. Rappelons que c'est sous Giscard que la France est passée au dessus de son premier million de chômeurs. On voit le progrès réalisé en quarante ans grâce aux politiques  lancées à grands coups de menton, et, bien sûr, grâce à l'Europe.


mercredi 16 octobre 2013

L'artiste engagé



Nous avons pris l’habitude d’entendre des artistes, musiciens, comédiens, cinéastes, boute-en-train, donner leur avis sur à peu près tous les sujets traversant l’actualité. Ainsi, nous apprenons qu’une chanteuse à l’eau de rose s’oppose à la Politique agricole commune, qu’un plasticien engagé déplore la fin de l’indexation des retraites, ou qu’un écrivain quasi ermite, consulté sur la modération des taux directeurs de la banque centrale du Botswana, confie sans ambages qu’il est plutôt pour.

Cette tendance est assez récente : la célèbre interview de Brel, Brassens et Ferré par François-René Christiani en 1969 n’abordait presque aucun de ces sujets généraux, et les trois artistes s’y montrèrent assez prudents. En gros, aussi surprenant que cela nous paraisse, on les interrogea surtout sur leur art : la chanson.
Hélas, depuis lors, négligeant toute prudence, des artistes d’un calibre beaucoup plus modeste se font presque une spécialité d’intervenir sur tout à grands coups de gueule. Plus que d’analyses, c’est de leur simple opinion qu’ils nous gratifient, en vertu du principe que les opinions se satisfont d’elles-mêmes, sans avoir à répondre de la vérité, de la justesse ni de la cohérence.

mardi 15 octobre 2013

Guiomar EST Bardamu


Je n'ai pas eu la chance d'entendre les spectacles de Luchini sur Céline. Cela viendra peut-être. Luchini est un grand acteur, un artiste complet, et sa passion pour Céline est absolument réelle. Mais voilà, quoique fils du peuple, il n'a pas la gouaille. Il n'a pas le physique. Il lit et comprend Céline, mais sait-il vraiment l'interpréter ? Ne l'ayant pas vu, je garde ce point d'interrogation sous le coude et y ajoute un triolet de suspension...

Un qui a su le faire, à coup sûr, c'est Julien Guiomar, l'acteur énorme. Écoute ça, lecteur incrédule, et dis-nous si tu imagines un accord plus parfait entre un texte et le mec qui le dit!

J'ai extrait cette perle d'une émission sur l'architecture de l'impeccable François Chaslin, sur France Culture. Je suis preneur de toute information sur le document complet, s'il existe, et suis prêt à buter pour l'obtenir. Qu'on se le dise...



vendredi 11 octobre 2013

Plantu bricole le dimanche




Evidemment, Plantu a toujours été et sera pour l’éternité une sorte de merde. Un bien-pensant comme on n’ose plus les imaginer, comme on n’en trouve plus même dans les romans d’Alexandre jardin, une machine à penser comme un manche qui plastronne depuis un demi millénaire dans le plus formidable torchon de la presse globale. Evidemment, nous ne sommes pas encore assez séniles pour penser à « commenter-le-dessin-de-Plantu », cet exercice qui définit le con aussi sûrement qu’un thermomètre mesure le réchauffement des haricots. Nous pouvons même nous vanter de nous en foutre énormément, du dessin de Plantu, et à longueur d’année de nous en torcher le figne en guise d’hommage.
C’est pas compliqué : le con-qui-commente-le-dessin-de-Plantu est généreusement partisan de tous les lieux communs, de toutes les certitudes de benêt que ce gribouilleur étale sans frémir sur le puant fleuron de notre presse crevée. Il a même un credo, une conviction d’ordre religieux qu’il claironne de toute la force de son museau dégoûtant : « un bon dessin vaut mieux qu’un long discours ». Là, quand on atteint ce degré de niaiserie, il n’y a plus que l’euthanasie. Quand on se montre aussi fier de sa bêtise, il n’y a plus qu’à prier pour le retour de la grippe espagnole. Quand un imbécile est si sûr de son impunité, quand il ose exprimer un tel étron verbal, il n’y a plus qu’à distribuer les armes à la populace, et que tout finisse dans un bain de sang !
(Faites un essai : tapez « Plantu » sur gougeule et jetez un œil aux dessins qui en sortent : vous saisirez immédiatement les nuances entre « affligeant », « médiocre », « lamentable », « poussif », « pas-drôle-du-tout », « à vomir » et « absolument à chier ». Vertu du dessin plantudesque, sans doute : il en dit plus long dans l’infâme que de longues définitions !)

dimanche 6 octobre 2013

Les enculés du dimanche



Le Leroy Merlin de Cochons-sur-Marne est dirigé par un entrepreneur si fier de sa mission qu’il n’a pas hésité, en ce dimanche 6 octobre 2013, à ouvrir le magasin, bravant la loi, la tradition, les Églises, les syndicats et le socialo-bolchévisme. Ses salariés volontaires ont donc répondu à sa demande comminatoire et n’ont pas craint de quitter conjoints et enfants pour accomplir une mission bien plus haute que la vie de famille, bien plus glorieuse que l’existence humaine, bien plus rémunératrice qu’une visite à une vieille mère veuve crevant de solitude : vendre du profilé de 12 et de la cheville Molly pour dix euros trente de l’heure.

Hélas, si les autorités ne protègent plus la loi et l’intérêt général que d’une couille molle, certains citoyens restent déterminés à défendre un privilège des plus odieux : celui qui consiste à pouvoir jouir ensemble de ce que la vie leur donne avec parcimonie : du temps. Ce matin, donc, une demi-heure après son ouverture, le Leroy Merlin de Cochons-sur-Marne a été envahi par deux cents solides gaillards enduits de vaseline, encouragés du dehors par autant de dames, au son des fifres et des castagnettes. Soudain, pour les cadres et employés du lieu, il ne s’agissait plus de braver la loi dans le sens du vent libéral, il ne s’agissait plus de courir un risque par la procuration que donnent l’appui d’une immense puissance, d’une fortune considérable et d’un troupeau de députés aux ordres, il s’agissait de faire face à deux cents mastards dénudés, déployant leurs chybres sous l’œil impuissant des caméras de surveillance. Ce sont d’ailleurs ces caméras, hackées comme à la parade, qui diffusèrent en direct dans tous les autres magasins du groupe les scènes qui s’ensuivirent, et qui n’améliorent certes pas à l’extérieur des frontières, l’image de notre pauvre pays. Quand on pense que cette forfaiture s'est déroulée dans une enseigne connue pour sa grande délicatesse, qui avait su allier le bon goût français et l’excellence entrepreneuriale qui caractérise les plus belles réussites tricolores…

Le commandant de gendarmerie Foufinaud, arrivé sur les lieux après la bagarre avec ses troupes, m’a personnellement livré quelques éléments.

Beboper
Monsieur le commandant, pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?
Le commandant Foufinaud
Nous sommes encore en recherche d’éléments, mais je peux d’ores et déjà vous relater le contenu des images diffusées par les caméras de sécurité. Il s’agit, et le mot n’est pas trop fort, de la plus grosse enculerie que j’aie vue. Et pourtant, j’ai fait mes classes sous François Mitterrand !
Beboper
Que voulez-vous dire ?
Le commandant Foufinaud
C’est simple : tous les salariés présents ce dimanche matin viennent de subir une attaque terroriste d’un genre nouveau, au modus operandi bien particulier.
Beboper
C'est-à-dire ?
Le commandant Foufinaud
L’enculade collective.
Beboper
Les assaillants ont enculé les vendeurs de bricole ?
Le commandant Foufinaud
Exactement. Tout le monde y a eu droit. C’est un crime contre l’humanité.
Beboper
Il s’agit donc de viols ?
Le commandant Foufinaud
Ce n’est pas si sûr : il semblerait qu’au moment de l’assaut, les employés de Leroy Merlin avaient déjà le pantalon sur les chevilles.
Beboper
Comme s’ils s’attendaient à être enculés ?
Le commandant Foufinaud
Je dirais même comme s’ils étaient venus pour ça…L’enquête doit suivre son cours. Quoi qu’il en soit, les salariés défoncés ne pourront pas prétendre qu’ils ont absolument tout fait pour éviter les coups de bites. Venir travailler les fesses à l’air, ce n’est quand même pas prudent.
Beboper
Que la France vous entende, mon commandant ! Avez-vous pu arrêter ces sodomites ?
Le commandant Foufinaud
Non. Ils se sont égayés dans la nature comme des faunes.
Beboper
Pouvez-vous nous dire ce que font les employés de Leroy Merlin en ce moment ?
Le commandant Foufinaud
Eh bien, c’est assez incroyable, ils ont repris leur travail comme si de rien n’était. Chacun a repris sa besogne et ne manifeste aucune surprise. Nous n’avons pour l’instant aucune explication à ce phénomène. Ils ont même décliné notre offre de soutien psychologique !
Beboper
Un peu comme si l’action de se faire enculer ne les avait pas surpris outre mesure, en ce dimanche laborieux ?
Le commandant Foufinaud
En tout cas, les professionnels de notre cellule de soutien psychologique semblent bien plus désemparés que les victimes de l’attaque.
Beboper
Mais, dans ce cas, que font vos hommes ici ? Avez-vous été alertés par la direction de Leroy Merlin ?
Le commandant Foufinaud
Pas du tout. Les dirigeants ne voient pas pourquoi les forces de l’ordre se mêleraient de l’enculage de leurs salariés (qui, je le rappelle, sont ici par la grâce du volontariat), et nous sommes déterminés à respecter la liberté de venir travailler. Nous avons en fait été appelés par les clients.
Beboper
Ont-ils eux aussi subi les gros zobs ?
Le commandant Foufinaud
Non, les terroristes du gland les ont tous laissé sortir du magasin pendant qu’ils y commettaient leur forfait. Dehors, les femmes les attendaient avec des canons à goudron et des sacs de plumes. Nous pouvons parler de carnage.
Beboper
Comment ? Ce gros tas dégueulasse derrière nous, c’est un amas de clients ?
Le commandant Foufinaud
Oui, on ne sait combien ils sont là-dessous au juste, nous allons les arroser de glycérine pour tenter de dissoudre un peu le goudron. Puis nous gratterons le reliquat à la pelleteuse. Ensuite, nous verrons bien s’ils peuvent encore servir.
Beboper
Pourquoi ne pas les laisser en l’état, et en faire un monument à la gloire de la consommation ?
Le commandant Foufinaud
Je n’ai pas les compétences artistiques pour une telle initiative.
Beboper
Oh, je vois deux employés de Leroy Merlin en train de prendre leur pause nicotinée. Puis-je me permettre ?
Le commandant Foufinaud
Faites.
Beboper
Bonjour messieurs. Alors, comment vous sentez-vous ?
Les deux couillons
Comme un dimanche !

mercredi 25 septembre 2013

Les quenelles de la honte




Le président
Madame et messieurs. Vous êtes appelés devant ce tribunal en tant qu’experts, pour apporter tous les éclaircissements techniques sur l’affaire que nous jugeons aujourd’hui. Je ne crois pas devoir vous rappeler l’extrême gravité de la chose jugée ici. A travers ce tribunal, c’est le pays tout entier qui attend des réponses. Nous vous demanderons d’abord de vous présenter. Madame ?
Nassima Chenalfi
Je m’appelle Nassima Chenalfi, j’ai vingt-neuf ans. Je suis propriétaire d’un salon de prestations de services
Le président
Plus précisément ?
Nassima Chenalfi
…Prestations de services de relaxation
Le président
Plus précisément ?
Nassima Chenalfi
Relaxation horizontale…
La Défense
Madame Chenalfi veut dire par là qu’elle suce des bites.
Le Président
Vous sucez des bites !?
Nassima Chenalfi
Pas seulement ! Nous apportons à notre clientèle une gamme de prestations construites sur un diagnostic partagé, au regard de ses besoins, de son budget mais aussi des innovations induites par nos investissements Recherche & Développement. Nous délivrons par exemple un panel de trente-huit massages de types différents, issus des cultures du monde, dans une démarche radicalement équitable.
Le président
Avant ou après le suçage de bite ?
Nassima Chenalfi
Avant, monsieur le Président ! Le massage, c’est toujours avant. Ha, et j’oubliais : dans mon métier, on a l’habitude de m’appeler Cindy.
Le président
Très bien, Cindy. Au suivant de ces messieurs.
M. Branquy de la Fouaf
Jean-Eudmond Branquy de la Fouaf, psycho-sociologue, docteur en psycho-comportementalisme comparé. Je suis entre autres l’auteur de « Nazisme et démocratie », de « La menace fasciste dans les couloirs de bus » et du « Parc d’attraction hitlérien », un roman réaliste…
La défense
Bigre !

samedi 14 septembre 2013

Suicidez-vous !





Communiqué : France-Culture et la fondation Jean Jaurès jouent un jeu dangereux. La récente publication d’un ouvrage affichant les noms de Mauroy, Hollande, Désir et Aubry en sa page de couverture (sans oublier Michèle Cotta) ne constitue-t-elle pas une pure incitation publique au suicide ? Ne relève-elle pas clairement de l’article 223-13 du Code pénal ? A-t-on le droit de suggérer, par une image, qu'une vie socialiste consiste à jouir d'un parterre de roses dans un parc sécurisé, loin des périphériques et de la crasse répandue ?
Et nous, avons-nous le droit de laisser faire ce genre de choses, quand on sait qu’un individu un peu faible, un adolescent égaré, une femme enceinte, un sanpapié, est susceptible d’ouvrir innocemment l’ouvrage et de voir, sans avertissement, s’étaler devant lui l’obscénité au bras de la torpeur ?

Nous demandons à tous les hommes de bonne volonté et à tout individu responsable d’interpeller son maire, son député (c’est souvent la même personne), pour que cesse cette provocation, et que la justice passe.

Nous demandons au Congrès américain d'intervenir !


jeudi 15 août 2013

Education anglaise




Enculé ! Youpin ! Espingot ! Jap ! Nègre ! Bougnoule ! Tantouse ! Tafiole ! Lopette ! Gonzesse ! Nabot ! Débile ! Fillette ! Mongolito : chacun en conviendra, ces mots rappellent les heures les plus malpolies de notre histoire. Ils sont désormais considérés comme « inacceptables » par le club de football de Liverpool, qui en a dressé la liste et peut probablement résilier le contrat d’un salarié en cas d’utilisation (en français, on appelle ça un dérapage). On respire.
Pressés par une moralité publique de plus en plus sourcilleuse, pudibonde, répressive et sûre de son bon droit, les dirigeants du club ont dû pondre un règlement intérieur digne du théâtre comique, et l’afficher à la face du monde. C’est en effet cela qui étonne le plus : la conjonction de la plus grande bouffonnerie et de la plus grande publicité. C’est que la bouffonnerie, au moins quand elle nage dans l’ordre moral, passe désormais pour de la vertu, et ne déclenche plus les rires. Il suffit de lire l’article tiré du Guardian pour s’en rendre compte : aucune distance, aucune ironie, même sous-jacente, aucune retenue dans l’exposition de faits considérés « normaux » et allant de soi…

Pourtant, cette liste-là est harassante de ridicule. Dans sa forme et dans son fond, elle ne peut réjouir que des trous du cul (insulte non répertoriée, donc valide).
D’abord, elle est extrêmement incomplète : si « bougnoule » est illicite, « crouille » peut-il être utilisé sans dommage ? Et « polack », et « rital », et « froggie » ? C’est le problème des listes : elles discriminent ce qu’elles ne contiennent pas. Faire une liste d’insultes prohibées, c’est faire insulte à toutes les autres ! C’est considérer que certaines insultes ne sont pas très insultantes, qu’elles ne blessent qu’à moitié. Ou, peut-être, mais j’ose à peine l’envisager, c’est considérer qu’il est moins grave de traiter un Français de « grenouille » qu’un Juif de « youpin » ? Sans compter les cas, proprement cornéliens, des français-juifs ! Et que dire du footballeur moyen qui se voit traiter de « sale con » ? Quel recours aura-t-il, ce naze, puisque « sale con » n’est pas dans la liste noire ?

lundi 29 juillet 2013

J.J. Cale n'est plus.




J.J. Cale parlait peu de lui-même. Il n'aimait ni les interviews, ni les lieux exposés, ni les emmerdeurs. Il a vécu pour son art, instruments en mains, à son rythme. Il devait bien rire des articles qu'il inspirait, où les mêmes choses sont répétées cent fois, son accès à une gloire discrète grâce aux reprises qu'Eric Clapton fit de ses chansons, l'influence qu'il eut sur tant de célèbres vendeurs de disques, mieux armés que lui pour plaire aux multitudes.

Ce qui saute aux oreilles, chez lui, c’est qu’il continue de comprendre ce qu’est le blues après qu’un siècle a passé dessus. Il y apporte sa note sans tomber dans les répétitions de formules convenues, que chaque nouveau gratteur de guitare apprend très tôt pour n’en plus sortir. Les formules, il a su créer les siennes, et les exploiter sur plusieurs décennies. On lui a reproché ça, d’ailleurs, cette propension à refaire les « mêmes » morceaux, comme si les bluesmen, comme si les musiciens de reggae faisaient autre chose que jouer les « mêmes » morceaux…
Mais J.J. Cale n’est pas seulement un chanteur de blues, sa musique est enrichie des nuances du jazz, du country folk et d’une forme personnelle de rock. Opération de mélange dans laquelle il a réussi à ne pas oublier le blues, à en conserver la structure et l’esprit, non les formes épuisées.


mardi 23 juillet 2013

Les gens qu'on aime : Denys de La Patellière.



Nonagénaire, Denys de La Patellière vient de mourir, ce 21 juillet. Un jour pas plus moche qu'un autre pour mourir. Il était un des derniers représentants du cinéma populaire français des années 1950 et 1960, conçu comme tel, pour la distraction du public. Comme tant d’autres, il fut attaqué par les champions de la Nouvelle vague, dont on ne peut soutenir la plupart des films aujourd’hui. Les Cahiers du cinéma écrivirent que ses "films valent ce que vaut Gabin, et Gabin ne vaut rien". Fallait oser...
René Château affirme que le cinéma commercial d’autrefois est le cinéma classique d’aujourd’hui. Le cinéma fait par des artisans fiers de l’être, qui cherchaient à plaire au plus grand nombre sans l’abrutir de spectacles idiots. Sans cette exigence-là, bien sûr, on sait le genre d’âneries que l’ambition commerciale est capable de produire. Ceux qui furent voués aux gémonies par un groupe d’idéologues, qualifiés d’archaïques, de poussiéreux, sont reconnus comme des grands par le suffrage du temps. Denys de La Patellière y a sa place, à côté des Verneuil, des Grangier, des Lautner, des Autant-Lara, des Granier-Defferre…

Il faut dire qu’il y a populaire et populaire. Dans un film de La Patellière, quand Jean Gabin cause vélo dans un bistrot, il le fait avec les mots de Michel Audiard. Il n’est pas laissé à lui-même, ni tenu d’imiter ce qu’il a pu entendre le dimanche d’avant en prenant l’apéro chez René. C'est une partition au mot près, servie par un interprète de génie. Tout est affaire de transposition. C’est l’exacte différence d’avec le cinéma d’un Abdellatif Kéchiche, par exemple, qui ne cherche pas à traduire les nouvelles façons d’être d’un certain peuple, mais à les mettre telles quelles dans ses films. Il fait passer dans ses films, mais sans se l’approprier, une langue d’analphabètes, une langue faite pour résister en milieu hostile, langue d’une pauvreté navrante, qui ne chante pas, qui n’évoque pas, une langue qui ne sait que cracher et mordre. D'où l'écrasante impression de vulgarité qui nous saisit. Certes, il donne une exposition aux gens qui la parlent, et qui sont censés être « le peuple ». Mais on peut se demander si cette exposition leur rend service.
Or, quand on revoit les films de La Patellière, grâce à la transposition artistique et à l’œil du cinéaste, on admire ce peuple, et on est fier d’en être.



Le conseil de tonton Beboper : si vous ne les connaissez pas, voyez sans tarder Retour de manivelle, Le bateau d'Emile, Un taxi pour Tobrouk, Le voyage du père, Les grandes familles, et Rue des prairies...