En ce moment, quand on se connecte sur le site de Libération (oui, je sais, j’ai des occupations étranges), un écran publicitaire sauvage vient s’afficher au bout de trois secondes. C’est une publicité interne tentant de vendre des abonnements pour Libé à ces profiteurs d’internautes. Un placard noir s’affiche, puis un slogan : « Libé, l’info est un combat ». En illustration, une photo noir et blanc du bas du visage de… Raymond Domenech ! Mieux : un slogan en lettres rouges conseille ceci : « Le week-end, prenez le temps de réfléchir ». On devine donc que les pubards et les décideurs de chez Libé n’ont pas pondu leur campagne de pub pendant un week-end…
Bien sûr, avec Libération, on est dans le second degré. C’est d’ailleurs comme cela, au second degré, que je conseille toujours de prendre les informations que ce journal rapporte. Ici, le second degré consiste à prendre une phrase idiote (ou « scandaleuse », si l’on est pris par le virus offuscatoire post-moderne) d’une personnalité, et de s’en servir pour montrer, en comparaison, combien Libération est intelligent. Je reconnais que l’ironie ne vole pas bien haut : se croire intelligent parce qu’on remarque qu’un footballeur dit des sottises, c’est de l’autosatisfaction facile.
Laurent Joffrin n’en n’est pas à sa première cagade. Venant de lui, une fantaisie, un gag burlesque ou une pantalonnade verbale ne saurait surprendre. Quand il a lancé cette reconquista de « l’info est un combat », il a expliqué aux cinq continents qu’on allait voir ce qu’on allait voir, et que Libé allait réinventer le journalisme, tartarinesque ambition qu’on voit périodiquement s’afficher dans les feuilles les plus embourgeoisées. On se souvient que Ségolène Royal, de son côté, voulait carrément réinventer la démocratie mais qu’elle n’était pas fichue de pondre un site internet correct, et qu’elle se contenta d’illustrer sa vision de l’Avenir Radieux grâce à un fond d’écran Windows… Joffrin clamait donc qu’il allait réinventer le journalisme grâce à une capacité digne des dieux : la vision de l’avenir. Nageant au-dessus de la boue de l’époque, tels des aigles au regard perçant, les journalistes de Libé allaient déterminer non seulement les tendances à suivre mais aussi celles qui perdureront et, par voie de conséquences, l’avenir du genre humain lui-même ! Et tout ça pour moins de cinq euros ! « Il s’agit de comprendre et d’inventer ce que sera la France de l’après-crise dans un monde transformé ». Textuel. Formidable.
Quelques mois plus tard, ces prophètes du monde de demain choisissent une figure nationale pour illustrer leur slogan guerrier : Domenech. Tels Ségolène tutoyant les Pères Fondateurs, ils s’armaient de leur claire vision du siècle en marche mais ne saisissaient pas ce que n’importe quel lecteur de l’Equipe avait pigé depuis quatre ans : ne rien miser sur Domenech ! Même l’ironie ! On les comprend : tout occupés à définir et soupeser les tendances les plus ténues de la société française et, soyons braves, de la société mondiale en devenir, ils n’avaient plus une minute à eux pour ouvrir les yeux et les oreilles sur ce guignol à sourcils qui dirigeait l’équipe nationale d’une main de pleutre. A leur décharge, il faut reconnaître que pour comprendre quelque chose aux jeux du peuple, et le football y tient la première place, il faut être soi-même un peu du peuple. Au minimum, il faut avoir conservé un restant d’intérêt pour les étranges règles qui y règnent. Or, on ne peut pas décemment demander à un journaliste, surtout un journaliste concerné par le sort du monde, de la planète et du cosmos, d’avoir en plus un quelconque rapport avec le peuple, ce bas peuple qui vibre quand un con marque un but et qui entonne derechef la Marseillaise, même bourré comme un oeuf. Un journal de gauche a d’autres chats à fouetter. Mais soyons économe de notre temps : on ne va pas passer un quart d’heure sur les trouvailles publicitaires d’un journal militant propriété d’un Rothschild. On savait depuis longtemps que l’info est un piège à cons. Grâce à Libération et à l’image de Domenech, on sait que l’info est un fiasco.
Le blues est une musique qui peut être extrêmement chiante. Autant aller à l'essentiel et n'écouter que du bon. Junior Kimbrough, comme R.L Burnside, est un homme du Mississippi n'ayant pratiquement jamais quitté son sud natal, ayant été lui aussi ouvrier agricole, entre autres choses. Gloires locales, tous deux ont attendu d'avoir la soixantaine pour qu'on s'intéresse à eux au delà de leur comté, et pour être reconnus d'un plus large public. Kimbrough est le tenant d'une transe hypnotique réduite à presque rien, dont l'efficacité repose sur une sincérité totale.
Je me souviens du choc qu’a représenté pour moi Little big man, le film d’Arthur Penn. J’avais 16 ans, j’étais pensionnaire dans un lycée qui, en ces temps reculés des années 80, n’offrait qu’une seule et unique minuscule télévision aux 150 élèves que nous étions. (Quand j’y repense, je me souviens aussi que cette télévision était installée dans un endroit impossible, qu’on ne pouvait la regarder qu’en allant se chercher une méchante chaise en bois, que rien n’était fait pour nous la rendre attirante et que, de fait, personne ne s’y adonnait. Imagine-t-on encore cela : 150 pensionnaires – dont 95% d’élèves de filières technologiques, ayant d’autres jeux que la télévision ?) En deux ans, je ne m’y suis rendu que deux fois, et toujours plus ou moins par hasard : un concert de Dire Straits et Little big man.
Je ne sais plus ce qui m’a amené devant cette télé, ce soir-là, mais je ressens encore ce qui m’a fait y rester : la puissance du récit, l’humour et la tragédie mêlées, la sensualité hors normes de Faye Dunaway. L’aventure, la vie et l’amour, trois des thèmes essentiels et communs aux chefs d’œuvres. Évidemment, les thèmes en eux-mêmes ne suffisent pas à créer le choc, tout est affaire de style, tout est affaire de forme. La grande fresque énergique de Little big man, le souffle humain qui passe dans chaque scène, la perfection de chaque personnage incarné successivement par Dustin Hoffman et la beauté atroce des massacres accomplis au son des fifres me firent l’impression que je n’avais jamais encore vu de vrai film avant celui-ci. Plus précisément, je n’imaginais pas qu’un film puisse être un récit aussi complet, vivant, séduisant ou terrible, ni qu’il puisse procurer autant de joie. En revoyant périodiquement ce film depuis, je suis toujours saisi par sa fraîcheur. C’est un quadragénaire qui ne fait pas son âge. Quand on pense qu’Arthur Penn fut très influencé par la Nouvelle Vague française, et qu’on voit le méchant coup de vieux qu’elle a rapidement pris, elle…
Ce qui m’étonne toujours, dans des films comparables à celui-là, c’est la perfection totale de tous les éléments en œuvre. Bien sûr, rien n’est jamais laissé au hasard dans un film, et on arrive d’ailleurs souvent à le regretter, le hasard faisant parfois mieux les choses que le réalisateur... Ici, le moindre douzième rôle est parfait, crédible, aussi bon dans ce qu’on lui demande que le premier rôle l’est dans son emploi de star. Comme tout le monde, j’avais été très impressionné par la sagesse bonhomme de « Peau de la vieille hutte », le chef indien aux cheveux blancs, interprété par Chief Dan George. Cet acteur réussit à incarner une figure sympathique de l’Indien, débarrassée de ses clichés d’indomptabilité, de bravoure surhumaine, de résistance à tout, autant de « qualités » qui concourraient à rendre les Indiens inhumains, parce que trop différents du lot habituel des hommes. Par son jeu, il témoigne plus d’une forme de bonté archaïque teintée d’humour et d’un désespoir résolu. Comme le personnage qu’il incarnera plus tard dans Jose Wales Hors-la-loi, de Clint Eastwood, c’est un pauvre vieux survivant totalement dépassé par la brutalité du monde nouveau, qui épouse la solitude parce qu’elle est la seule à encore vouloir de lui.
Contrairement aux fils de la bonne bourgeoisie passés par des écoles de cinéma aux frais pédagogiques époustouflants, Chief Dan George a été successivement bûcheron, puis docker pendant trente ans, pour finir son prestigieux cursus professionnel comme chauffeur de bus scolaire. Ces emplois définissent chez nous le parfait prolo, mais ils n’ont pas empêché Dan George d’être chef de la nation Capilanos (alentours de Vancouver) pendant plus de dix ans. Ce n’est qu’à soixante ans passés qu’il deviendra acteur et que, enrichi par son expérience de la vie, il crèvera l’écran.
En 1975, il rédige une lettre qui fut lue lors d’un congrès sur le développement économique de l’Arctique et l’avenir des sociétés esquimaudes. Cette lettre est bellement intitulée « Je suis né il y a mille ans ».
« Mes très chers amis,
Je suis né il y a mille ans, né dans une culture d'arc et flèches; et dans l'espace d'une demi-vie humaine, je me suis trouvé dans la culture de l'âge atomique, mais d'arc, et flèches à la bombe atomique, il y a une distance plus grande que le voyage vers la Lune.
Je suis né à une époque qui aimait les choses de la nature et leur donnait de beaux noms comme Tessoualouit, au lieu de noms desséchés comme Stanley Park. Je suis né à une époque où les gens aimaient toute la nature et lui parlaient comme si elle avait une âme.
Je me souviens qu'étant très jeune, je remontais l'lndian River avec mon père. Je me le rappelle admirant le soleil qui se levait sur le mont Pé-Né-Né ; il lui chantait sa reconnaissance, comme il le faisait souvent, avec le mot indien " merci " et beaucoup de douceur.
Et puis, du monde, est venu, de plus en plus de monde, comme une vague déferlante, et je me suis soudainement trouvé au milieu du 20e siècle. Je me suis trouvé moi-même et mon peuple flottant à la dérive dans cette nouvelle ère ; nous n'en faisions pas partie, engloutis par sa marée saisissante, comme des captifs tournant en rond dans de petites réserves, dans des lopins de terre, honteux de notre culture que vous tourniez en ridicule, incertains de notre personnalité et de ce vers quoi nous allions.
Pendant quelques brèves années, j'ai connu mon peuple vivant la vieille vie traditionnelle, alors qu'il y avait encore de la dignité. Je les ai connus quand ils avaient une confiance tacite dans leurs familles et qu'ils avaient une certaine notion de ce qu'était le cheminement de leur vie.
Malheureusement, ils vivaient dans l'agonisante énergie d'une culture qui perdait graduellement son élan vital. Nous n'avons pas eu le temps de nous ajuster à la croissance brutale qui nous entourait ; il semble que nous ayons perdu ce que nous avions sans que cela soit remplacé. Nous n’avons pas eu le temps d'aborder le progrès du 20e siècle, petit à petit, ni de le digérer.
Savez-vous ce que c'est que d'être sans pays ? Savez-vous ce que c'est que de vivre dans un cadre laid ? Cela déprime l'homme, car l'homme doit être entouré de la beauté dans laquelle son âme doit grandir.
Savez-vous ce que c'est que de sentir sa race écrasée et d'être acculé à prendre conscience qu'on est un fardeau pour le pays ? Peut-être n'étions-nous pas assez malins pour apporter une participation pleine de signification, mais personne n'avait la patience d'attendre que nous puissions suivre. Nous avons été mis à l'écart parce que nous restions sans réagir et incapables d'apprendre.
A quoi cela ressemble-t-il de n'avoir aucun orgueil de sa propre race, de sa famille, aucun amour-propre, aucune confiance en soi ? Vous ne pouvez pas le savoir parce que vous n'avez jamais tâté cette amertume. Mais je vais vous le dire : on ne fait aucun cas du lendemain, car qu'est-ce que demain ? On est dans une réserve, c'est-à-dire dans une sorte de décharge publique parce qu'on a perdu dans son âme tout sentiment du beau.
Et maintenant, vous me tendez la main... et maintenant, vous me demandez d'aller à vous. « Viens et intègre-toi ! » c'est ce que vous dites. Mais comment venir ? Je suis nu et couvert de honte. Comment venir avec dignité ? Je n'ai pas de présence, je n'ai rien à donner. Qu'appréciez-vous dans ma culture- mon pauvre trésor ? Vous ne faites que le mépriser. Vais-je venir à vous comme un mendiant et tout recevoir de votre main toute-puissante ?
Quoi que je fasse, je dois attendre, trouver des délais, me trouver moi-même, trouver mon trésor, attendre que vous désiriez quelque chose de moi, que vous ayez besoin d'un quelque chose qui est moi. C'est alors que je pourrai dresser la tête, dire à ma femme, à mes enfants : « Ecoutez, ils m'appellent, ils me veulent, je dois y aller. » Alors, je pourrai changer de trottoir, la tête haute, car j'irai vous parler sur un pied d'égalité. Je ne vous mépriserai pas pour votre paternalisme, mais vous ne me ferez pas l'aumône. Votre aumône, je peux vivre sans elle, mais ma condition humaine, je ne saurais vivre sans elle. Je ne ferai pas de courbettes devant vos aumônes. Je viendrai avec dignité ou je ne viendrai pas du tout. Vous employez le grand mot d' " intégration " dans les écoles. Cela existe-t-il vraiment? Peut-on parler d'intégration avant qu'il y ait l'intégration sociale, celle des cœurs et celle des esprits ? Sans cela, on a juste la présence des corps, les murs sont aussi hauts que les montagnes.
Accompagnez-moi dans la cour de récréation d'une école où l'on prétend que règne l'intégration. Voyez comme son asphalte noire est unie, plate et laide; alors, regardez : c'est l'heure de la récréation, les élèves se précipitent par les portes. Voilà alors deux groupes distincts : ici, des élèves blancs et là-bas, prés de la barrière, des élèves autochtones.
Et puis, regardez encore, la cour noire, unie, ne l'est plus : les montagnes se dressent, les vallées se creusent; un grand vide s'établit entre les deux groupes, le vôtre et le mien, et personne ne semble capable de le franchir.
Attendez, bientôt la cloche va sonner et les élèves vont quitter la cour. Le mélange des élèves se fait dedans parce que dans une classe, il est impossible de trouver un grand vide, les êtres sont devenus petits, rien que de petits êtres; les grands, on n'en veut pas, du moins, pas sous nos yeux. .
Ce que nous voulons ? Nous voulons avant tout être respectés et sentir que notre peuple a sa valeur, avoir les mêmes possibilités de réussir dans l'existence, mais nous ne pouvons pas réussir selon vos conditions, nous élever selon vos normes, nous avons besoin d'une éducation spéciale, d'une aide spécifique pendant les années de formation, des cours spéciaux en anglais, nous avons besoin d'orientation et de conseils, de débouchés équivalents pour nos diplômes, sinon nos étudiants perdront courage et se diront: « A quoi bon ! »
Que personne ne l'oublie: notre peuple a des droits garantis par des promesses et des traités. Nous ne les avons pas demandés et nous ne vous disons pas merci. Car, grand Dieu, le prix que nous les avons payés était exorbitant : c'était notre culture, notre dignité et le respect de nous-mêmes. Nous avons payé, payé, payé jusqu'à en devenir une race blessée, percluse de pauvreté et conquise.
Je sais que dans votre cœur, vous voudriez bien m'aider. Je me demande si vous pouvez faire beaucoup. Eh bien! oui, vous pouvez faire une foule de choses. Chaque fois que vous rencontrerez mes enfants, respectez-les pour ce qu'ils sont : des enfants, des frères. »
Dans sa théorie de la guerre, Clausewitz utilise le concept de « montée aux extrêmes », c'est-à-dire la progressive aggravation des actes qui rendent irrémédiable un conflit, l’agressivité des uns se nourrissant de l’agressivité de leurs adversaires. La France de 2010 est probablement entrée sans s’en rendre compte dans une phase de montée aux extrêmes, évidemment adaptée aux drames sans gloire que son splendide développement post moderne engendre. Après avoir choqué treize nonagénaires qui sortaient de la messe à notre-Dame de Paris, et deux touristes Belges revenant du marché avec leurs fillettes, la Lesbian & Gay Pride de Lyon et les Commandos du Patin Public ont décidé d’une action lyonnaise. Comme ils savent pouvoir compter sur la collaboration zélée de la presse, et sur une armée de reporters ignorant qu’il se passe des choses importantes ailleurs que dans les centre villes historiques embourgeoisés, les homos démonstratifs auraient bien tort de se priver de ces happenings dérisoires où pourtant, selon, eux, se joue le sort de la liberté. Toujours prompts à démontrer qu’ils singent en tout ce qui vient des Etats-Unis, ils nomment donc leur action d’éclat Kiss-in, locution étrange qu’on aurait bien du mal à traduire en bon français, sinon peut-être par galochade manifestante. Les étudiants des années 60 luttaient contre une guerre meurtrière en pratiquant le sit-in : les rebelles d’aujourd’hui manifestent contre le vide que notre époque indifférente leur renvoie, par un kiss-in. Bien trouvé ! Il ne s’agit plus seulement de s’asseoir pour montrer qu’on n’est pas content, il faut s’embrasser pour faire comprendre qu’on est prêt à tout.
Je me suis rendu aujourd’hui dans le quartier du kiss-in, pour voir si les choses avançaient un peu (et accessoirement pour tenter d'assister au spectacle de trente lesbiennes se roulant des pelles maousses). Hélas, la préfecture du Rhône a interdit les baisers à pleine bouche devant le parvis de la cathédrale Saint-Jean de Lyon, sans toutefois être bien sévère : il suffit que les organisateurs refassent leur demande en respectant les délais habituels. Un détail. Le kiss-in aura donc bien lieu, la semaine prochaine. Les langues cependant ne sont pas rangées sous leur palais respectifs, elles continuent de se délier pour accuser les "intégristes catholiques" lyonnais d'avoir fait pression sur la préfecture. Il s'agit donc d'un immonde travail de lobbying !!! Ciel! comment les catholiques lyonnais peuvent-ils se rendre coupables d'un si abominable forfait? Les Lesbian & Gay citizens-against-the-Catholic-crusade-for-the-rerurn-of-the-middle-age sont décidés: ils vont voir de quel velours ils se vêtent! Mais déjà, les riverains s’inquiètent. Dans le quartier Saint Jean, on parle de provocation, de bastonnade, de contre kiss-in (qui serait organisé par un groupuscule radical qui, via Twitter, rassemble en un lieu public ses éléments pour se faire publiquement la gueule. Nommé Nut-in, cette parade hostile veut défendre le droit de chacun de faire la gueule à ses concitoyens et celui de n’être pas joyeux ensemble). Pour leur faire pièce, on parle même de l’arrivée possible d’un commando pratiquant le Fuck-in, baptisé les Enculés pour la tolérance ! Très nettement en conflit avec leurs collègues des Kiss-in, jugés trop mous, ces Enculés pour la tolérance ne reculent devant rien pour faire avancer le progrès. J’ai rencontré Kevin Pepper, leur leader charismatique, venu sur les lieux en repérage, et qui parle à leur propos de « collabos » ! « Les forces de la réaction sont au pouvoir dans cette société patriarcale qui enferme des enfants en raison de leur couleur de peau et de leur religion. Tant que la peine de mort ne sera pas abolie, que l’école ne sera pas obligatoire ET gratuite, pour tous, et que le droit de vote sera refusé au femmes, même hétéro, nous continuerons notre lutte ! Contre le fachisme d’Etat, il ne s’agit plus de s’embrasser en restant immobile, il faut s’enculer en mouvement ! C’est en débaroulant emmanchés les uns dans les autres à travers les rues étroites du quartier Saint-Jean que nous bousculerons non seulement les consciences, mais aussi les traditions et les bigotes ! Fini de rire, nous ne sommes pas de gentils homos qui se lèchent le museau entre deux éclats de rire, nous sommes de fiers enculés qui réclamons immédiatement l’ouverture d’un Grenelle du cul ! Un Grenelle pour nos rondelles ! Et fuck l’Eglise ! Et fuck le Pape ! Et fuck le maréchal Pétain ! » Jusqu’où la montée aux extrêmes nous entraînera-t-elle ?
Le dernier bouquin de Régis Debray s’appelle Dégagements, titre programmatique. Au singulier, le dégagement est ce qui semble arriver à l’auteur, après des années de pur engagement, de participation active à la vie de son époque et ses aventures. Comme si, atteint par la vieillesse ou une forme de sagesse, il se délestait des pesanteurs militantes. Comment ? En faisant comme un gardien de but : un dégagement. Et on aura remarqué qu’un gardien de but n’abandonne pas le ballon qu’il shoote, il le lance au loin pour que la partie reprenne, loin de son pré carré. C’est sans doute dans cet esprit que Debray dégage. C’est un recueil de petits mots, d’articles assez courts qui traitent d’un peu tout, en glissant, de ses expériences, des sujets actuels, de la vie quotidienne, de quelques grandes figures. Tout au long de ces pages s’étale un certain désabusement, une envie de ne plus y croire qui fait plaisir à lire, même si le style est parfois alambiqué, ou si les phrases sont ici ou là gonflées par la recherche d’une formule, qui ne vient pas toujours. En revanche, l’intelligence et la perspicacité sont bien là, qui sauvent tout. Debray n’a pas d’optimisme particulier, il se méfie de la politique, il croit que les hommes sont capables du pire, il pense à la mort, il sait qu’il ne laissera pas de trace : pour un homme de gauche, c’est très « de droite ». Sur les questions de la mort, de l’oubli, du succès ou de la gloire, il montre un détachement qui fait autant penser à Montaigne qu’à Épicure : modestie, lucidité et frugalité. On pense à Paul Morand en lisant ces picorements piquants, toujours relevés par le point de vue inattendu, l’anecdote illustrative, la citation, la culture. Et d’ailleurs, Debray aborde Morand, bien forcé de reconnaître que ses piètres qualités d’homme sont bien compensées par son style, sa patte et son talent. « Il m’arrive de penser, au contact d’un Morand, que la véritable éthique professionnelle de l’artiste réside dans son défaut résolu d’éthique – soit par carence, soit par décision. La gauche, là-dessus, est handicapée. Elle a la prédication dans le sang. »
Un cimetière est une enceinte sacrée. Là sont les morts, seuls témoins tangibles qui nous lient au passé, à notre propre famille comme à l’ensemble du genre humain. La tombe est souvent la seule trace un peu durable à la portée du pauvre humain, le seul endroit où son nom continuera un peu d’être, avant l’oubli fatal. Rien n’est plus important que cette broutille : quand tout sera fini, de la plupart d’entre nous ne subsisteront qu’un nom, et deux dates. C’est l’unique consolation à la portée de ceux qui ne sont presque rien, ni personne. C’est le cortège des humbles. Le cimetière est le lieu des peines, des chagrins, des remords, des prières, des douleurs, des sentiments les plus profonds et les plus sincères qu’un homme puisse connaître. Là finissent les amours.
On n’attend rien d’un cimetière, fut-on le plus rapace des winners. Un cimetière ne produit rien, il n’exporte pas ! Il reçoit, il abrite, il recueille. Il est l’enceinte où s’achèvent nos vies, et où notre condition se contemple. Les hommes n’ont pas toujours construit des centres commerciaux. Tous n’ont pas construit des stades, des boutiques ni le world trade center. Mais tous ont pris soin de leurs morts, et les tombes sont souvent les seules traces restant de la première humanité. C’est même par ce souci de donner des tombes solides à leurs morts, que les hommes anciens ont appris la taille et la manipulation des pierres. La civilisation s’est progressivement faite ainsi. Attenter à des tombes, c’est donc insulter tout ceci.
Dans le registre des actes qui disqualifient le plus leurs auteurs, la profanation de cimetière est probablement un sommet d’abjection. Il faut avoir abandonné tout point commun avec le reste de l’humanité pour mépriser à ce point le respect de ses morts, constante universelle qui nous sépare des rats, des hyènes et des scolopendres. A titre personnel, je n’imagine pas destin plus profondément pitoyable que celui des gens sans sépulture, soit perdus en mer, soit abandonnés dans l’ombre des forêts, soit avilis par la fosse commune. Et quand j’entends parler de profanation de tombes, je regrette chaque fois qu’on n’ait pas adopté la longue tradition chinoise de supplices éducatifs (arrachage d’ongles, lacération citronnée, enculade à la gauloise, giflement perpétuel, etc.). Un autre cas mériterait exactement les mêmes traitements, celui des hommes politiques qui se servent de ces attentats pour se faire de la pub, pour alimenter un feu dangereux et pour mentir. Il y a quelques jours, des tombes de soldats musulmans du cimetière Saint-Lazare, à Tarascon, ont été profanées. Évidemment, à première vue, ça ressemble à du racisme. Mais, alors qu’on dit partout qu’il faut être prudent, qu’il ne faut pas céder à l’hystérie médiatique, qu’on a déjà vu des Timisoara et des pseudo viols dans des trains de banlieue se révéler être des arnaques, que personne n’est obligé de réagir en moins de 24 heures à une nouvelle, fut-elle atroce, les charognards professionnels ont fait leur pub en poussant l’habituel cri, dénonçant la montée de ceci, exigeant cela sur le mode offensé. Alors que la police se montrait très prudente, les professionnels du racisme donnaient vigoureusement la charge, chantant la chanson du racisme français comme un air connu. Or, le profanateur déclaré est un abruti de 14 ans, qui n’a rien trouvé de mieux que d’aller donner du talon sur le souvenir des morts. Et il serait d’origine maghrébine. Le racisme va être difficile à établir… Et la LICRA, qui annonçait se porter partie civile, va certainement venir nous expliquer qu’elle s’est trompée, ce qui serait une première absolue, à peine croyable. L’écoeurement devant l’acte ignoble est renforcé par la bêtise et la saloperie unies sous forme de vibrants discours. On conçoit parfaitement que des responsables politiques soient en quelque sorte obligés de se rendre sur place, de prendre publiquement la parole pour dénoncer de genre de crimes, mais on souhaiterait aussi qu’un conseiller quelconque (quelqu’un qui lise les journaux, qui sache en tirer des leçons, et qui ait un peu de mémoire) leur suggère prudence et dignité. Car, lorsqu’on s’est répandu en imprécations hors-sujet devant des tombes outragées, on a perdu toute dignité.
Stigmatiser, c’est appliquer une marque qui distingue un sujet dans un ensemble. En France, il est maintenant très connu qu’il faut absolument tout faire pour ne jamais stigmatiser personne, surtout ceux dont les choix et le comportement général sont des stigmates volontaires. C’est le truc à la mode. Quand une femme se promène le visage dissimulé à Ouarzazate, elle est dans la norme. Le stigmate, ce serait la mini jupe, et ça ne durerait pas longtemps. Quand la même femme se promène voilée à Clermont-Ferrand, elle est soit complètement bouchée, soit parfaitement consciente d’être en totale contradiction avec les mœurs locales, qui en valent bien d’autres. Elle se stigmatise elle-même. Elle s’applique une marque (son voile) pour montrer au cosmos qu’elle est une bonne soumise et, par la même occasion, elle indique le peu de cas qu’elle fait de celles qui ne le sont pas autant qu’elle. Il est donc juste de veiller à ne pas stigmatiser les femmes voilées : elles font ça très bien elles-mêmes. Mais il est tout aussi inutile de reprocher à la majorité (réputée opprimante et intrinsèquement débile) de stigmatiser une minorité (réputée digne et victime) qui ne se conçoit que différente, en opposition, singulière, étanche, et accoutrée de façon à ce que personne ne l’oublie.
Le débat sur le voile intégral (j’adore cette expression, que je rapproche d’une chose qui a presque disparu de nos plages : le nudisme dit « intégral ») est une nouvelle occasion de discutaillages en série sur le licite et l’indigne, le permis et la liberté, la tradition et le droit des femmes à renoncer à la vie, etc. Et comme pour tous les sujets, on peut s’échanger des arguments jusqu’à la fin des temps : la question n’est pas là. La question est de choisir parmi les arguments ceux qu’on privilégie, et ceux qui sont secondaires. Or, le problème du voile est avant tout celui de mouvements prosélytes, politiquement actifs, dont l’action a déjà pu se juger dans quelques pays étrangers, et qui utilisent le voile comme un emblème, un drapeau, une marque publicitaire dans le grand marché libre des populations à convaincre. Qu’on trouve encore des benêts pour se demander si ces filles sont « volontaires », ou pas, prouve bien que malgré l’explosion quantitative des moyens de s’informer, il est toujours aussi difficile de trouver une tête bien faite, et qui a su rester saine. N’en déplaise aux féministes, le sort de quelques milliers de connasses est moins important, à titre individuel, que celui d’une idée qui a droit à sa fierté : l’art de vivre à la française. Et l’art de vivre à la française, au moins dans mon esprit, exclut radicalement le salafisme à barbouze, le tabligh à burqua et autres sornettes venus du ciel pour nous indiquer comment vivre ici et maintenant. La meilleure illustration de cette simple opinion, c’est sur Causeur qu’on la trouve.
J’ai déjà recommandé le travail de Luchini sur les textes de Muray, même si je n’ai pas eu l’occasion de le voir moi-même : avec ces deux-là, je n’ai pas de mérite à tomber juste. Finkielkraut invitait Luchini ce samedi dans Répliques, pour évoquer ce travail, et on a eu droit à un festival de très haut niveau. On peut être un excellent acteur en demeurant un crétin, un inculte technicien doué jouant du Beckett le soir et militant pour une vie meilleure grâce aux couloirs de bus aménagés, le lendemain. Luchini est d’une autre trempe, non seulement c’est un acteur formidable, mais sa sensibilité n’étouffe pas son intelligence, il a compris, il est au niveau, ce qui le distingue de la plupart de ses collègues. Cette émission fait plaisir, tout simplement. Finkie et Luchini sont tellement dans la jubilation qu’ils se battent presque pour pouvoir réciter à l’antenne le plus de passages possible de Muray. Ça fuse de toutes parts, et l’intensité va en augmentant : quel dommage qu’on n’ait pas eu droit à une heure de plus, qui sait comment ça aurait fini ? J’avoue n’être pas un fanatique des textes lus. Non pas que je nie le talent de certains pour l’exercice, mais j’ai simplement trop pris l’habitude du rapport direct et intime avec un auteur pour en changer. Eh bien c’est un tort ! Quand le texte est splendide, l’écouter lu par un autre peut être une véritable joie, même si le lecteur n’est pas un « professionnel » : le texte des vaches lu par Finkie, ça reste une merveille, ça te donne envie de sortir dans le pré d’en face, d’en choper une dans tes bras et de lui rouler le patin de l’année !
Nouvel exemple caricatural de l’esprit de sérieux et de l’auto sacralisation de ceux qui font pourtant profession de ne rien respecter de sacré, cette anecdote : au musée d’art moderne de New York en ce moment, une rétrospective Marina Abramovic reprend l’une de ses anciennes performance. Il s’agit de placer des personnages nus dans les salles de l’expo et notamment deux, vis-à-vis, empêchant presque l’accès des visiteurs. Pour entrer, les visiteurs doivent se faufiler entre les deux performeurs à poil, et donc s’y frotter. L’idée est stupide, vide de sens, elle a énormément vieilli en quarante ans, mais admettons. L’artiste met donc le clampin moyen en situation de devoir toucher un corps inconnu dévêtu, en pensant faire œuvre d’art. Sauf que l’un des clampins a dit « chiche » : il a peloté un dépoilé, lui palpant une miche en lui demandant si ça lui plaisait. Résistance de l’esprit grivois ! SKANDAL! TRAHISOUNE! SAPOTACHE ! Immédiatement, l’iconoclaste a été non seulement viré du musée, mais également révoqué à vie, bien qu’il fût adhérent du Moma depuis trente piges ! C’est qu’on ne plaisante pas avec les plaisantins ! Dans n’importe quel musée du monde, pour n’importe quelle expo traditionnelle (comprendre « beauf »), une telle sanction aurait pu se concevoir, encore que je la trouve très radicale. Mais il y a quelque chose de pathétique à voir que, de l’ancien monde qu’ils ont voulu dépasser par leurs audaces, les artistes contemporains n’auront finalement conservé que le bon vieil esprit répressif , quoi qu’ils affirment par ailleurs à coups de happenings, de scarifications en public ou de chorégraphie bouchère.
On n’a jamais autant lu Nabe que depuis qu’il a arrêté d’écrire. Comme ces artistes dont on découvre le talent une fois qu’ils sont morts. Finalement, il a pris de l’avance sur sa mort. Au vu des ventes, elle devrait se passer bien. Me foutant bien des tirages et des ventes des écrivains que je lis, je ne sais pas, en fait, si la vente de 3000 exemplaires de son dernier livre est « inespérée », « moyenne » ou « décevante » pour lui : ce qui est sûr, c’est qu’il a gagné de l’argent avec son travail, le plus honnêtement du monde, et en prenant des risques. C’est suffisamment rare pour être applaudi.
Que trouve-t-on dans L’homme qui arrêta d’écrire ? L’histoire d’un écrivain qui a arrêté d’écrire, justement, et qui, sortant d’une longue nuit de labeur (25 ans), s’éveille au monde qui l’entoure. Forcément, ce fraîchement libéré goûte les joies simples de la conversation avec des inconnus, il s’assoit aux terrasses des cafés, il remarque et s’étonne de tout ce qui peut paraître banal à un glandeur plus expérimenté. Que reste-t-il à un individu quand il n’est plus un artiste, sinon la banalité des merveilles de la vie quotidienne ? Son initiation à la vie moderne sera faite d’abord par son double (qui n’est qu’une moitié, puisqu’il n’a que la moitié de l’âge du narrateur – clin d’œil typiquement nabien), Jean-Phi, puis par une bande de jeunes nanas, dans des scènes qui font penser à des visites au musée, ou au zoo. Jean-Phi entraîne le narrateur dans une boîte branchée, dans une expo d’art contemporain ou un défilé de mode et lui présente le monde moderne comme on le ferait d’un tapir importé récemment du Brésil. Ces pérégrinations sont autant de prétextes à une sorte d’inventaire du contemporain, de la fête foraine aux geeks no-life, et servent de toile de fond à la création d'un Nabe nouveau, en sept jours, bien entendu.
Finalement, après un quart de siècle de travail, on a peu critiqué l’oeuvre de Nabe. On s’est borné le plus souvent à « adorer » ou à « détester », on a (rarement) échafaudé un dogme autour de sa personne ou (bien plus souvent) tenté de le faire passer pour un nazi, un fumier, un dangereux terroriste. Je m’étonne qu’au milieu de ces exagérations, on n’ait pas vu en lui l’écrivain de la mémoire. Le temps qui passe est une quasi constante qui traverse ses livres : évocation d’époques passées, de grands anciens, témoignages recueillis auprès de ceux qui ont vécu ou connu telle ou telle aventure, souci du détail biographique, notamment les lieux, fascination pour les survivants (de Lucette Destouches à Arletty, en passant par Sam Woodyard et tant d’autres) et, bien sûr, vocation de chroniqueur-mémorialiste de son époque (son journal) dans la position de celui qui veut les embrasser toutes. Selon moi, c’est aussi ce thème de la mémoire qui fait le pivot de L’homme qui arrêta d’écrire, notamment à travers la comparaison que le narrateur fait vingt fois avec « son époque ». En passant en revue notre aujourd’hui, Nabe fait entrer son passé récent dans la mémoire. « Son » époque, ce sont les années 70 et, à un titre différent, les années 80, années de formation et des premiers combats, époque où quelques uns de ses grands maîtres vivaient encore. C’est donc bien « notre » époque qu’il visite et découvre par l’intermédiaire de quelques jeunes rencontrés, comme un voyageur dans le temps serait tombé ici par hasard. Je crois même qu’involontairement, Nabe se révèle dans cette constante évocation : lui qui a tant déféqué sur les années 80 les cite ici comme une époque assez épatante où tout était encore possible, en comparaison d’un aujourd’hui si corseté, si politiquement correctifié, si bardé d’assurances et de plans de carrière. Ce paradoxe révèle la nature de sa vocifération : amour déçu, enthousiasme bridé. La seule chose nouvelle qui semble vraiment l’intéresser aujourd’hui, c’est internet, même s’il ne tombe pas dans l’admiration béate.
Comme Alice au pays des Merveilles, Nabe passe de l’autre côté du miroir et visite « notre » monde, celui de la vie quotidienne (un fin lecteur de Nabe aura bien ri à ce qu’on peut appeler « l’épisode Yoplait », téléréel s’il en est, mais je me comprends), le monde occupé par les I-Phone, les consoles de jeux et les mœurs nouvelles, faites à la fois de tabous brisés et de nouveaux tabous plus solides encore, d’inculture curieuse de tout ce qui est superficiel. Malgré cette visite, et quoi qu’il dise de positif sur les temps qui viennent, Nabe reste fondamentalement rétif à la modernité d’aujourd’hui : il persiste dans l’amour du sublime, dans l’exaltation de l’Art le plus haut, dans l’admiration des grands vivants, caractères propres aux très anciennes races, et qui ne sera bientôt plus compris par personne.
Nabe ne peut pas se retenir d’être cruel, c’est une de ses façons d’être. Il nous donne donc des pages qui rappellent celles de son Journal, où le monde parisien des lettres et des médias est éreinté. C’est, pour moi, la partie la moins intéressante du livre, et probablement celle qui fera le plus parler. On ne peut pas s’extraire du monde, même en étant le plus grand misanthrope. Mais si l’on vomit le parisianisme, on peut tout de même s’interdire de fréquenter le Tout-Paris ! C’est le principal reproche qu’on peut lui faire, ou qu’on pouvait lui faire, puisqu’il annonce qu’avec son nouveau système d’anti-édition, il pourra désormais se couper totalement de ce monde-là et continuer d’exister. J’en doute : un combattant a besoin d’ennemis. Un exemple, page 166, sur Houellebecq : « Il a fait une loi générale de son cas particulier, ce n’est pas parce que lui est crado répugnant pas sexy ringard qu’il n’y a sur terre que de la misère sexuelle. » En dehors du fait que le propos de Houellebecq ne se résume pas à la sexualité, cette phrase peut parfaitement être appliquée à Nabe : ce n’est pas parce que lui est fasciné par l’art grandiose, le martyr et la sainteté douloureuse qu’il n’y a sur terre que des enthousiasmes absolus. Cette phrase peut d’ailleurs être appliquée à tout artiste, et particulièrement à ceux qui, comme Nabe l’annonçait dans le Régal (sauf erreur), veulent faire de leur nombril le « maelstrom du monde ».
Je trouve d’ailleurs des points communs entre Houellebecq et Nabe, au premier rang desquels la détestation du monde occidental actuel. L’un cherche ailleurs des systèmes paisibles qui font une place au bonheur individuel ; l’autre rêve que des fous de Dieu mystico exaltés viendront d’Orient punir ce monde de son matérialisme impie et de la froideur de son cœur. Pour faire un autre rapprochement entre eux, j’évoquerai la qualité remarquable de la dernière scène de leurs deux derniers livres respectifs. Dans la Possibilité d’une île, les cinquante pages de l’épilogue final sont un sommet de beauté désespérante, symbiose parfaite du sujet traité et de la forme, littérature de voyage et poésie. De la même façon, la dernière scène de L’homme qui arrêta d’écrire est une véritable réussite, grande errance autour des Champs-Elysées, longue évocation de lieux et d’êtres qui forment cet univers, successions quasi onirique de scènes improbables mêlant putes et flics, vieux et jeunes, passants et racailles, agressions, fuites, sauvetages, retrouvailles. Comme le Sacha Guitry de Remontons les Champs-Elysées, Nabe nous entraîne dans ce micro monde où tout pourtant est contenu, entre la place de l’Etoile et un terminus RER, à la recherche d’Emma, son âme renversée, son nouvel amour, celui qui le fait renaître à lui-même, aidé par un Saint-Bernard des profondeurs qui le guide sur le chemin d’une nouvelle vie.
On ne sait plus si Nabe, en publiant son Journal, voulait faire de sa vie une œuvre d’art, comme tout écrivain autofictionnel, ou s’il voulait faire une œuvre d’art de son époque elle-même, ambition plus forte. Qu’importe : il a su créer un personnage, lui-même, bien plus que n’importe quel écrivain autofictionnel adoré des médias. Dans les circonstances de la naissance de son dernier roman, son personnage de Don Quichotte de la littérature française a pris une épaisseur, une place qu’il va être difficile d’ignorer. Tant mieux.
Pour ajouter une touche aux justes remarques de l’Amiral, et parce que je partage son ahurissement devant l’effronterie qui consiste à faire de Baudelaire un poète à enseigner dans les collèges, un démocrate cool, voire un type bien, je veux citer un passage d’un texte contenu dans les Fusées, écrit entre 1855 et 1862.
Les très grands écrivains sont souvent, très souvent, de très grands réacs. Ce mot étant très imprécis, il permet à tous, y compris les hypocrites, de ne pas regarder les choses en face et de récupérer la gloire des grands anciens en gommant les aspects qui ruineraient le cousinage imaginaire dont ils essayent de tirer un profit. Qu’un apôtre des droits de l’homme, du féminisme, de la démocratie et des Vélib’ se dise « baudelairien », par exemple, c’est un véritable attentat. De même, si on aime ensemble le socialisme, le suffrage universel et Flaubert, c’est qu’on n’a rien compris à l’un des trois éléments. Evidemment, l’admiration littéraire n’étant pas d’ordre religieux, il n’est demandé à personne de prendre l’ensemble de l’œuvre d’un écrivain comme un dogme, pour argent comptant, et il est permis de rejeter telle ou telle œuvre d’un artiste qu’on apprécie par ailleurs. Mais concernant Baudelaire, et tant d’autres, puisqu’on a du mal à nier son génie, on s’efforce d’en gommer littéralement les aspects les moins corrects. La mécanique de l’ordre moralisant qui nous déferle dessus est simple : il faut être admiratif des femmes, admiratif du peuple, admiratif du genre humain, suppôt du Bien et de l’hygiène, il faut être utile, tolérant, responsable, à l’écoute, enfin il faut faire en sorte que l’antique notion de sainteté paraisse une perversion antisociale en comparaison de l’existence du premier citoyen moderne venu. Et, bien sûr, il faut aimer la culture. C’est justement cette « culture » qui essaye de récupérer les artistes en les disneylandisant, en les rendant édifiants, en en proposant une version édulcorée aux consommateurs. Une version « de gauche ». Hugolisation générale !
On lit ici ou là que Baudelaire a fait le coup de feu pendant la révolution de 1848, comme s’il avait été un quelconque pré socialiste soucieux du peuple, mais on oublie de préciser ses motivations. Pire, on cherche à oublier qu’en dandy profond, il détestait du peuple non seulement la bourgeoisie (cible commode et traditionnelle) mais aussi le prolétariat (sanctifié bientôt par les luttes et le communisme). Dans le Salon de 1846, il écrit : « Avez-vous éprouvé, vous tous que la curiosité du flâneur a souvent fourrés dans une émeute, la même joie que moi à voir un gardien du sommeil public, – sergent de ville ou municipal, la véritable armée, – crosser un républicain ? Et comme moi, vous avez dit dans votre cœur: « Crosse, crosse un peu plus fort, crosse encore, municipal de mon cœur; car en ce crossement suprême, je t’adore, et je te juge semblable à Jupiter, le grand justicier. L’homme que tu crosses est un ennemi des roses et des parfums, un fanatique des ustensiles; c’est un ennemi de Watteau, un ennemi de Raphaël, un ennemi acharné du luxe, des beaux-arts et des belles-lettres, iconoclaste juré, bourreau de Vénus et d’Apollon ! Il ne veut plus travailler, humble et anonyme ouvrier, aux roses et aux parfums publics; il veut être libre, l’ignorant, et il est incapable de fonder un atelier de fleurs et de parfumeries nouvelles. Crosse religieusement les omoplates de l’anarchiste ! »
Hé oui, notre poète génial était dur avec le consommateur. La plupart de ceux qui se moquent aujourd’hui des juges qui condamnèrent les Fleurs du mal au nom de la morale publique seraient, je le parie, tous disposés à lui foutre une fatwa citoyenne sur le dos pour ces quelques lignes… On glorifie les provocateurs de plateau télé, on subventionne des rebelles par paquets de douze, mais les temps ont changé: les baudelairiens d'aujourd'hui appellent la jeunesse à se lever pour des couloirs de bus, pour des repas équilibrés et riches en fibres, pour un monde meilleur où chacun a non seulement sa place, mais toute la place. Baudelaire vous emmerde.
Pour en revenir à ma promesse introductive, voici un texte qui m’impressionne. J’y vois une anticipation parfaite de ce que nous vivons aujourd’hui : avilissement des cœurs partout, soumission, avidité, combat de tous contre tous, phobie sécuritaire. Tout ça en quelques lignes, l’air de rien. Cruauté de Baudelaire qui nous assaisonne à un siècle et demi de distance, et qui avait bien compris le destin de ce qu’il voyait naître sous ses yeux : le massif monde moderne.
"Le monde va finir. (…) Je ne dis pas que le monde sera réduit aux expédient set au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, - que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage, et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. Non ; - car ce sort et ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés, le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti naturelles des utopistes ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en rechercher les restes, puisque se donner encore la peine de nier Dieu est le seul scandale en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec le croit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croiront avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême. L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres états communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel, car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des cœurs. Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernants seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir à des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie ? – Alors le fils fuira la famille, non pas à dix-huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne ; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir et pour faire concurrence à son infâme papa, - fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer Le Siècle d’alors comme un suppôt de la superstition. (…) Alors, ce qui ressemblera à la vertu, - que dis-je, - tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule. La justice, si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice, fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. Ton épouse, Ô Bourgeois ! ta chaste moitié dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre-fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera dans son berceau, qu’elle se vend un million. Et toi-même, Ô Bourgeois, - moins poète encore que tu n’es aujourd’hui, - tu n’y trouveras rien à redire ; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent, et, grâce au progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères !" Fusées -
A la faveur d'un commentaire sur l'affaire Guillon, un lecteur anonyme m'a filé le lien d'un mec à la fois drôle et pertinent : Archiscmock. Je ne résiste pas au plaisir de relayer deux de ses vidéos, en conseillant au lecteur d'aller faire un grand tour sur la chaîne du gonze, ça vaut le détour.
Jean-Luc Mélanchon a su trouver les mots qui consolent. Il est à prévoir que la profession des journalistes va lui tomber dessus. Mais quand, dans un siècle, on fera l’histoire de ce qui a miné la démocratie, de ce qui a favorisé partout l’abstentionnisme, le ricanement moutonnier et l’abaissement de toutes les valeurs, cette vidéo sera regardée comme un éclair de vérité lucide qui n’a pas eu de suites, hélas.
Il y a deux ans, Frank Miller a fait une adaptation du Spirit, de Will Eisner, au cinéma. La mort avait cueilli Will Eisner peu de temps avant, et lui aura épargné, bonne fille, de découvrir ce qu’un esprit malade pouvait faire de son œuvre. Rien, absolument rien de l’humour et de la poésie du grand Will n’a été compris par Miller, ni sauvé du naufrage. Mais l’auteur d’un tel film ne mérite pas la moindre chronique : il mérite la guillotine.
Will Eisner n’a pas dessiné que le Spirit, même si c’est son œuvre la plus connue. Il a aussi, entre autres choses, inventé le roman graphique, tout simplement. En 1978, il fait paraître A contract with God, qui montrera la voie d’un genre enfin mature à ces attardés de dessinateurs de B.D. et qui leur permettra enfin de revendiquer le titre d’artistes majeurs sans trop de vergogne. Pour moi, il est surtout un graphiste fascinant, celui qui a su fixer le mieux l’ambiance de la rue new yorkaise, du moins celle de son époque, notamment dans son Big City en cinq tomes. La rue populaire, sale, animée en permanence, lieu de scènes banales ou de drames, des jeux d’enfants et du quotidien, la rue des foules besogneuses avec ses papiers gras, ses poubelles débordantes, ses escaliers refuges pour des vies ancrées au bitume. Pour illustrer l’univers de Will Eisner, je choisis un autre chef-d’œuvre, qu’Eisner n’a pu ignorer, In the Streets (1948), tourné dans le Spanish Harlem par Helen Lewitt (assistée de Janice Loeb et James Agee), morte il y a tout juste un an, le 29 mars 2009, presque centenaire. Comme Will Eisner, Helen Lewitt décrit un petit monde particulier avec tant de sincérité qu’il en devient universel. Et le dernier plan en dit long sur ce qu’elle avait compris, alors, du temps qui passe.
Quoi qu’on pense de son action, Eric Besson a su endosser avec un certain courage le rôle du traître. A l’occasion de la dernière campagne électorale présidentielle, il a laissé tomber les socialistes et Ségolène Royal pour se mettre au service de l’U.M.P. Les explications qu’il donna à cette occasion me semblèrent parfaitement recevables, même si je n’ai aucun moyen de savoir si elles sont exactes. Cependant, quelles que furent ces raisons, il est établi pour la France entière que Besson est un traître, un lâcheur, et il est entendu qu’il doit payer pour ça. Là où la chose est amusante, c’est qu’on nous serine à longueur de temps un éloge permanent à la désobéissance, qu’on encense les résistants de tout poil, ceux qui savent dire NON, ceux qui savent se mettre au service de « l’ennemi » parce qu’ils estiment que le Bien est de son côté, mais qu’on refuse en même temps de voir qu’Eric Besson est, toute proportions gardées, exactement dans ce cas de figure. Mais ce n’est pas mon sujet.
En ce moment, la France s’émeut. Elle ne fait d’ailleurs plus que ça depuis qu’elle a cessé d’agir sur la scène du monde. Elle s’émeut pour un rien, puisqu’elle n’a plus que ça – rien – à se partager. Elle s’émeut parce que Stéphane Guillon a fait un portrait nazifié de Besson, ce qui est non seulement ridicule mais aussi très commun. En ces temps de distribution inconsidérée de points Godwin, qui n’a jamais été traité de nazi ? C’est devenu d’une banalité effarante, propre à combler Hitler lui-même au-delà de ses plus mégalomanes espérances. Son « règne de mille ans », c’était peut-être comme ça qu’il fallait le comprendre : il est devenu l’insulte-référence du post modernisme. Que Guillon ait utilisé un caricatural accent allemand pour évoquer le "nazi Besson" ne choque donc pas vraiment une population où chacun est appelé à être, un jour ou l’autre, le nazi du jour. Ce qui choque, c’est qu’il a osé dire que Besson a des yeux de fouine et un menton fuyant, choses parfaitement vérifiables par ailleurs. Mais un commandement mystérieux semble proscrire ce genre de vannes. Besson s’engouffre donc dans la brèche pour traiter à son tour Guillon de – devinez quoi ? de NAZI !!
Il est hors de question d’essayer « d’apprécier » les vannes de Guillon : la plupart des beaufs le font si bien qu’il faudrait avoir du temps à perdre pour en rajouter une couche. Il est l’idole des tièdes, il flirte pour eux aux frontières de l’insulte, il distille à leur place des méchancetés convenues qui effrayent la ménagère de plus de 50 ans mais n’arriveraient pas à distraire de leur sieste des enfants de dix ans qui en entendent bien d’autres. C’est un comique comme l’époque sait les révérer : insolent depuis une tribune officielle (entre Canal+ et Radio-France, il est en effet difficile d’être moins underground). Oh, il a son utilité, le Guillon, il fait la queue de comète, il rappelle que des humoristes exigeants et vachards ont existé au pays de Voltaire, il est le souvenir presque effacé, inoffensif, des irrévérencieux du temps jadis, il témoigne des combats passés comme une virgule sur un mur vespasien rappelle les plus fantastiques cagades. Il est à Pierre Desproges ce que Serge Lama fut à Jacques Brel.
Une époque qui se demande trois fois par semaine si l’on peut « rire de tout » n’ose pas encore dire sa vérité : fini de rire ! Comme l’a si bien analysé Philippe Muray, la rigolade est le mode habituel du Festif. On ne peut pas concevoir notre modernité sans la dérision qu’elle exprime en permanence à l’égard de tout, et donc d’elle-même. C’est probablement là où elle est le plus proche de la réalité, d’ailleurs : quand elle ne croit même pas en elle. Il est donc impossible d’envisager de se passer des bouffons officiels puisqu’ils incarnent le principe même de la Règle Dérisoire où tout doit se plier. Si l’on ne riait plus à tout bout de champ, ma petite madame, cela rappellerait les heures les plus sombres de notre histoire, voyons ! On ne riait pas sous Vichy ! Le nœud de l’affaire, on le comprend, est alors d’affadir tellement ce qu’on nommait rire aux temps barbares qui ne connurent pas la Halde, que bientôt, rire ne sera plus drôle du tout. On assiste donc à une explosion quantitative des comiques troupiers new age, qui sont capables de pondre trente sketchs par mois sur les téléphones portables et le divorce en milieu urbain. Le peuple n’a plus que ça pour rire, et il ne s’en prive pas. Corollaire à cette félonie, l’interdiction progressive de ce qu’on peut appeler le rire dissident. Le rire dissident n’est pas forcément plus « drôle » que le rire officiel, ni de qualité meilleure, mais il est dissident. Par principe, il ne rit pas là où on lui dit de le faire. Quand des supporters de foot balancent des vannes sur ces cons de Ch’tis ou quand Stéphane Guillon s’appuie sur l’invraisemblable tronche d’un ministre, nous sommes dans le rire dissident, c'est-à-dire dans le rire… crypto nazi ! Les Tables de la Loi Comique Officielle Avec Un Cœur Gros Comme Ça stipulent en effet, en leur article 1 : « Des disgrâces physiques et du nom de famille de tes semblables, tu ne riras point ». Nous en sommes là : quand Thierry le Luron moquait la calvitie de Giscard en parlant d’aérodrome à mouches, il outrepassait le Commandement Premier. S’il vivait encore parmi nous, il serait un dangereux dissident, il serait un nazi, il serait, tiens-toi bien, lecteur tenté par l’exil, il serait sub-ver-sif ! Thierry le Luron est, trente ans après, un comique presque insoutenable pour la modernité, et il ne l’a pas fait exprès !!
Quand on se bat « pour de faux », dans une cours de récréation, on précise toujours les règles du jeu : « on dirait que toi tu serais le méchant et on dit qu’on ne tire pas les cheveux, et on insulte pas les parents et on tire pas les vestes ! » La société du matriarcat nous encadre tellement qu’elle nous transforme bientôt tous en petits enfants : on dirait qu’on peut rire de tout mais on se moque pas des gens qui ont un gros nez, ni de ceux qui puent des pieds, ni de ceux qui ont un nom ridicule, ni de ceux qui sont trop grands, trop maigres, trop gros, trop laids, trop bêtes, etc., etc., etc.… A la fin, comme sous toutes les oppressions, on ne rit plus que de ce qu’on nous désigne comme risible, et on est sommé de marquer un respect rigide à tout le reste. Quand le réel est combattu avec autant de méthode que de moyens, tout est bientôt soumis à la marque du faux. Le rire n’est plus qu’un ersatz qui ne couvre qu’un champ limité par la loi et les bonnes mœurs, la littérature n’est plus qu’une inoffensive introspection nombriliste qui ne change plus aucun destin d’homme, le voyage n’est plus qu’une excursion en bus climatisé d’une durée maximale d’une semaine, l’amour n’est plus qu’une pornographie accessible en un clic, l’art n’est plus qu’un délassement ludique subventionné par l’Etat et d’accès gratuit, la vieillesse n’est plus qu’un moment propice à l’éclate, la mort elle-même n’est plus qu’une activité comme les autres. La vie « pour de faux ».
Quand on est tellement mort que plus rien de la vie réelle ne nous touche, on peut aisément se contenter de ces falsifications. Elles sont calibrées pour nous satisfaire selon des critères précis où la moyenne, l’injuste milieu, l’esprit normatif et l’implacable mollesse du Grand Nombre dictent leur loi. Quand on n’a plus rien à dire, autant le faire en peu de mots, et des moindres. Mais si l’on croit encore que le rire n’est pas qu’une distraction de plus et ne se réduit pas aux blagues d’avant J.T., on tombe forcément dans la dissidence (j’ai conscience que dissidence est un grand mot, mais la norme est tombée si bas que le moindre pet vous y range illico). Le rire est une incorrection par essence, qui méprise la politesse, la bienséance, la retenue et le garde-à-vous. Il est un surgissement d’esprit, fin ou grossier, subtil ou gras, opportun ou injuste, qui rappelle que l’être humain n’a pas attendu les ligues de vertu pour se distinguer des autres mammifères. On ne rit pas, et on ne rira jamais pour faire avancer le char de l’histoire, ni même la trottinette de la modernité. On rit pour le plaisir de le faire, et souvent aux dépens de quelqu’un, fût-il faible, sans défense, respectable. On rit aussi pour faire mal, chose éminemment légitime. Le « rire citoyen » est une utopie dangereuse qui se servira de la disparition du rire pour faire disparaître le citoyen. « L’argot, ça veut dire je vais te crever », disait Céline. Le rire sert aussi à ça parfois, et c’est très exactement ce qu’on voudrait abolir. A la fin, il faudrait obéir à cette injonction ridicule : riez de tout, mais sans déranger personne.
Il est bien entendu, entre individus censés, qu’un type au physique aussi minable que le professeur Albert Jacquard peut être un esprit excellent, un bon généticien, un père modèle, un amant inoubliable. Un crâne d’œuf comme Juppé peut gouverner comme un chef, sa tête de nœud n’ayant rien à voir avec ses capacités. Le menton en galoche et le regard torve de Philippe Val ne témoignent en rien des qualités du bonhomme, certes, et le pli amer de ses lèvres ne doit pas faire conclure qu’il est bouffi de haines diverses et durables. Pas plus que la tronche de para de Le Pen n’a de rapport avec ses positions politiques. Encore une fois, on ne juge pas les gens sur leur bobine, fût-elle impayable. Mais qui parle de juger ? Qui prétend avoir fait un examen juste et complet d’un imbécile quand il a simplement ri de son imbécillité ? En se foutant littéralement de la gueule d’un affreux, qui a jamais prétendu faire autre chose que le ridiculiser ? Il est du meilleur ton de se foutre de l’esprit « café du commerce », surtout parmi les culs serrés aspirant à la dignité de l’élite, ce nirvana des snobs. Il est aussi très connu qu’on ne rit pas beaucoup dans la bourgeoisie, qu’elle soit petite, moyenne, grande ou qu’elle milite pour l’abolition du Mal en signant des pétitions. Mais il ne s’agit pas uniquement, pour ces tristos, d’avoir le rire citoyen ni d’affecter une attitude concernée à l’évocation d’un malheur aux antipodes, il faut encore empêcher les autres de rire. On décrète ainsi que certains domaines doivent être réservés (on ne peut rire des Noirs que si l’on est soi-même noir, etc.), que d’autres sont simplement interdits. Rire de la sale gueule d’un ennemi, de l’embonpoint d’un gros con, de la sécheresse d’une bigote, de la tête de fouine d’un enculé est donc la plus sûre façon de se faire embastiller au pays de Dubout, de Daumier, de Léon Bloy, du professeur Choron et de Vuillemin.
Depuis ma prime adolescence, je fréquente des librairies. Je peux affirmer que j’ai, dans ce domaine, une putain d’expérience. J’ai connu beaucoup de libraires, j’ai moi-même été bouquiniste, personne n’est parfait. Il est rarissime de rencontrer une personne de valeur parmi cette faune-là. Par personne de valeur, j’entends quelqu’un qui aime, connaît et fréquente la littérature. Pour le dire plus vite, quelqu’un qui lit. Un libraire qui lit est bien plus rare qu’un vendeur de chez Go Sport qui fait lui-même du sport. J’affirme que les vendeurs de chez Go Sport, les esclaves de chez Quick et les connasses de la Foirfouille sont plus compétents pour vendre leur came que la quasi-totalité des libraires. Même les libraires en BD lisent et connaissent vraiment la bande dessinée. Les libraires tout court, eux, ne connaissent la plupart du temps que les catalogues. D’ailleurs, quelqu’un qui aime vraiment les livres ne fait pas profession de les vendre : il se les garde !
Marc-Edouard Nabe n’a pas que des qualités. Il n’a pas non plus que des défauts. Il pourrait donc être, somme toute, un type assez normal. Néanmoins, il a une tendance à ne rien faire comme tout le monde qui le rend intéressant. Son dernier ouvrage, L'homme qui arrêta d'écrire, paraît sans maison d’édition. Après avoir été le seul écrivain mensualisé (par les Editions du Rocher, en leur temps), il sort lui-même son dernier livre, sans éditeur, et sans distributeur. On ne le trouvera donc pas en librairie, mais uniquement en vente par correspondance sur le site de l’écrivain. Comme il ne fait rien comme tout le monde, il a également réussi à récupérer les droits de 22 de ses 26 livres publiés précédemment, ainsi que les stocks d’invendus. Il est donc parti pour tenter ce qui n’a pas été fait jusqu’ici : être un écrivain connu sans éditeur, qui fabrique et vend lui-même ses livres par Internet. On parle beaucoup de la disparition du livre de papier : Nabe anticipe la disparition des libraires. Bien fait. N’ayant pas encore lu le livre, je n’en dirai donc rien. Ça viendra. Mais pour avoir une idée du truc et de la démarche de Nabe, vous pourrez écouter le bonhomme ce soir sur France 3 (22h55, chez Taddei).
Le livre a été inventé par des égoïstes qui voulaient fournir la joie de s’isoler au plus grand nombre. Dans le livre en tant qu’objet, tout indique le plaisir solitaire, ou l’effort du même nom. Les caractères sont petits, la place idéale pour les lire est totalement occupée dès qu’une personne s’y trouve : c’est une affaire intime. A ceux qui prédisent un avenir funeste au livre, je réponds qu’ils se trompent : l’isolement intime, le retrait de la Course, le silence intérieur et la lenteur du verbe construit deviendront bientôt tellement rares, tellement subversifs, que même les plus sots des hommes (nos descendants) en comprendront la valeur. Il n’est même pas interdit de penser qu’ils y trouveront autre chose qu’un bête plaisir : un moyen de survivre.
Cependant, il n’est pas interdit de lire à plusieurs, c'est-à-dire à haute voix, quand le texte en vaut la peine et qu’on possède une diction irréprochable. C’est ce que fait l’immense Fabrice Luchini depuis des années, et bien plus. Je signale donc au lecteur parisien que Luchini lit Philippe Muray ce week end, au théâtre de l’Atelier, dans le dix-huitième arrondissement. Petit veinard.
En utilisant l’expression euphémistique de « diversité », en son sens actuel, ou celle de « minorité visible », on désigne les gens qui ne sont VISIBLEMENT pas conformes au corps social traditionnel et majoritaire de la France. En prenant ainsi des détours sémantiques pour adoucir le caractère brut de ce qu’on veut désigner, on distingue tout simplement les Blancs des « autres » (matez les guillemets), c'est-à-dire essentiellement des Noirs et des Arabes, et marginalement des Asiatiques. Si le sens de minorité visible parle de lui-même, celui de diversité indique forcément qu’au corps social initial qu’on présente comme homogène, viennent s’ajouter des éléments étrangers qui, additionnés au premier forment cette fameuse diversité. J’ai beau tourner dans ma tête ces éléments-là, je ne vois pas quel autre sens on peut leur donner.
La Halde est une institution abominable, non pas dans son principe, qui est de lutter contre une chose indigne, mais par ses productions, ses intentions et le niveau jamais atteint de sa bêtise collective. Qu’elle ait présenté le plus célèbre poème de Ronsard comme une vision donnant « une image somme toute négative des séniors » est une tâche indélébile qui se paiera un jour si la justice est encore de ce bas monde. Mais qu’on ne s’y trompe pas, et qu’on se garde de rire de cette sottise trop manifeste : en s'attaquant à Mignonne allons voir si la rose et son auteur, la Halde savait parfaitement qu’elle touchait un des symboles historiques de ce qui a fait la langue française, et son identité. Comme le flic qu’elle est, elle tentait un touché rectal au fondateur de la Pléiade pour vérifier si, sous le lustre de ses productions, le vieux poète ne cachait pas quelque monstre rappelant les zheures les plus zombres de notre hiztoire. Si ça ne dépendait que de moi, tu t’en doutes, lecteur familier, la Halde serait dissoute fissa et ses membres passés au goudron et aux plumes. La question de la personne qui préside donc cette haute autorité de mes fesses n’est pas de celles que je me pose le soir avant d’aller faire la bringue.
Gérard Longuet non plus. On le connaît depuis longtemps, Gérard, il n’est pas du genre à se poser des questions. Les animaux politiques tels que lui se posent plutôt des réponses, c’est ce qui les distingue du philosophe, leur assure des voitures de fonction toutes options et un revenu bien supérieur au sien. Chaque fois que Gérard Longuet exprime une opinion idiote, la plupart des gens de ce pays font comme s’ils n’avaient rien entendu. C’est la seule solution qu’on ait trouvée pour avoir un peu de repos, tant la sottise colle à la peau de ce reptile comme une mue éternellement renouvelée. Cette fois-ci, Gérard balance une salade sur la Halde en faisant comme si le sujet méritait qu’on y réfléchisse. Pour lui, la France devant tenir le rôle de l’accueillante, il reviendrait à un français « traditionnel » de présider l’asile de dingues. Un français traditionnellement blanc. Comme si la Halde était devenue le hall d’entrée de la France où l’on fait patienter (oh, à peine) les impétrants pendant qu’on passe vite fait l’aspirateur pour que tout ait l’air nickel ! Et pour bien montrer qu’on a décidé d’être méchant avec les discriminations, c’est un Grand Chef Blanc qui ouvrirait solennellement les réunions du club… Woputain !
Là où la chose devient vraiment drôle, comme chaque fois, c’est à l’entrée en scène du parti socialiste. On a dit beaucoup de mal de ce parti, on s’en est beaucoup moqué ces dernières années, mais il faut savoir être honnête et reconnaître ses erreurs : c’était insuffisant ! Le parti socialiste français (j’adore écrire ces trois mots, comme si je répétais une formule magique qui ouvre un monde de possibilités infinies, de surprises toujours plus étonnantes) trouve scandaleux qu’il puisse exister des français d’un type traditionnel. Il n’appelle pas explicitement à leur disparition pour la bonne raison qu’ils n’existent pas, mettez-vous ça dans le crâne ! Au lieu de débiner Longuet sur les conneries qu’il vient de dire, il s’offusque qu’on ait pu remarquer que Malek Boutih est arabe ! Mieux, il demande (certes, par la voix d’Harlem Desir) que Longuet s’excuse auprès de lui, comme si il lui avait fait une offense personnelle ! C’est auprès de la France toute entière qu’il devrait s’excuser, Longuet, si ce rôle n’était pas totalement phagocyté par Ségolène Royal ! Pour bien marquer que l’ultra gauche est plus à gauche que la gauche, Besancenot devait en sortir une plus énorme encore, il a eu ce mot, que je te laisse méditer, lecteur, toi qui a la malchance d’appartenir au corps social traditionnel: « Le 'corps français traditionnel', c'est quelque chose qui pue, c'est quelque chose qui ne sent pas bon ». Ça fait toujours plaisir à entendre.
Le credo offuscatoire du parti socialiste français (j’adore ce mot !) implique qu’on ne fasse jamais mention de l’origine d’une personnalité publique, sauf naturellement quand c’est pour lui donner une place de choix ou la désigner à l’admiration du cosmos. Bonne nouvelle, le Père de Tous les Paradoxes est français : c’est celui qui consiste à traiter de raciste un Longuet, parce qu'il introduit une distinction ethno raciale entre des personnes pressenties pour diriger une Haute Autorité dont c’est très exactement le métier ! La Halde épluche les statistiques et les témoignages pour montrer que des discriminations d’ordre ethno raciales existent. Comment le fait-elle, si ce n’est en s’enquerrant en permanence de la couleur de peau des individus ? Sur les 750 mecs qui viennent de se faire licencier des deux dernières boîtes de mécaniques de Saint-Chamond, par exemple, la Halde ne peut être intéressée que par ceux qui ne sont pas blancs de peau. Elle est faite pour ça, elle « discrimine » en permanence, elle fait un tri ethnique parce que ce sont ses statuts, sa raison d’être qui l’y obligent. Mais attention, pas question qu’on fasse la moindre remarque sur l’origine du futur président ! Le pire, dans l’histoire, c’est que Malek Boutih, qui a pris publiquement position contre les discriminations positives, est probablement le moins cinglé des réformeurs de monde qui grenouillent autour du pouvoir. Si Sarkozy pense à lui pour la Halde, c’est soit qu’il veut qu’elle arrête de déconner sur Ronsard, soit que Boutih s’apprête à changer de position sur beaucoup de points…
Si les personnages de Corneille (le tragédien, pas le baltringue) souffraient tant, c’est qu’ils devaient choisir entre suivre les commandements de l’honneur, écouter la raison, s’abandonner à l’amour ou respecter les liens familiaux, tout ça pour une même situation, évidemment. Nous autres, Français d’aujourd’hui, avons le choix entre les conneries de Longuet, les immondices de Besancenot, les tartufferies du partisocialistefrançais, les commentaires médiatiques des vedettes du rapslam et l’envie d’exil au Galápagos. Cornélien.
C’est suffisamment rare pour être signalé et répercuté partout : une fatwa vient d’être publiée CONTRE le terrorisme se réclamant de l’islam ! Alléluia ! Bien sûr, comme on le répète à l’envi, la plupart des musulmans rejettent le terrorisme. Pour continuer dans la prudence qui me caractérise et éviter les déclarations invérifiables, je dirais, pour ma part, que la plupart des musulmans NE PRATIQUENT PAS le terrorisme. C’est déjà ça. En tout cas, qu’ils le rejettent ou pas, on a rarement l’occasion d’entendre une autorité islamique quelconque condamner autre chose qu’un petit attentat par-ci par-là. Le véritable engagement de principe contre les actions violentes manquait de zélateurs. Muhammad Tahir-ul-Qadri, auteur de la fatwa, est un théologien soufi qui n'en n'est pas à sa première condamnation du terrorisme, mais les médias ne semblent pas disposés à en faire une star. Ces quelques mots ne changeront rien aux explosions de bombes, bien entendu. Mais ils permettront peut-être aux musulmans timides de se raccrocher à une parole autorisée ou, comme l’usage la nomme en islam, « savante ». Faites passer !
Idiot, couillon, fashion victim, gauchiste à bonnet bolivien, connaisseur en forfaits de téléphones portables, mec qui monte sa boîte, enculeur de mouches, nazi, sportif, europhile, touriste, tagueur, porteur de baggies, tête de con, chieur, obsessionnel du complot et des extra-terrestres, militant, boursicoteur mécontent, vendeur d'aspirateurs ou journaliste diplômé, centriste, scolopendre, ceci est un blog NO COMMENT. Ne viens donc pas le gâcher avec tes commentaires lourdingues.
Mais pour communiquer en toute discrétion : lebeboper@gmail.com
"L'homme moderne a perdu l'option du silence. Essayez de stopper votre parole sous-vocale. Essayez d'obtenir dix secondes de silence intérieur. Vous rencontrerez un organisme résistant qui vous force à parler. Cet organisme, c'est le verbe."
William S. Burroughs. Le ticket qui explosa.
Juillet 2019
"Le scepticisme, l'incertitude, ultime position où aboutit la raison exerçant son analyse sur elle-même, sur sa propre validité, est la base sur quoi le désespoir du sentiment vital va fonder son espérance."
Miguel de Unamuno.Le sentiment tragique de la vie.
Juin 2019
"Que si le fanatisme existe une fois, je ne vois qu'un seul moyen d'arrêter son progrès: c'est d'employer contre lui ses propres armes. Il ne s'agit ni de raisonner ni de convaincre; il faut laisser là la philosophie, fermer les livres, prendre le glaive et punir les fourbes."
Jean-Jacques Rousseau. Lettre à d'Alembert.
Mars 2019
"C'est un signe d'incapacité mentale que de constamment s'occuper de ce qui concerne le corps, comme de donner trop de temps à la gymnastique, au manger, au boire, aux fonctions excrétives, aux choses de l'amour.(...)"
Epictète - Manuel.
Février 2019
"Jadis, le moi était caché au sein du troupeau. Aujourd'hui, le troupeau est caché au fond du moi."
Friedrich Nietzsche- La volonté de puissance.
Janvier 2019
"Le premier pas de la sagesse consiste à admettre, avec bonne humeur, que nos idées peuvent très bien n'intéresser personne."
Nicolas Gomez Davila - Scolies à un texte implicite.
Décembre 2018
"Hélas, si on ne peut plus croire personne, ce monde est un enfer!"
Akira Kurosawa. Rashomon.
Novembre 2018
"Les phrases sont des petits cailloux que jette l'écrivain dans l'âme du lecteur. Le diamètre des ondes concentriques qu'ils engendrent dépend des dimensions du bassin."
Nicolas Gomez Davila - Scolies à un texte implicite.
Octobre 2018
"S'il m'est permis de risquer un mot d'expérience, sur le tas, et puis comme médecin, des années, un peu partout sous les latitudes, il me semble à tout bien peser que 35 heures c'est maximum par bonhomme et par semaine au tarabustage des usines, sans tourner complètement bourrique."
Louis-Ferdinand Céline. Les beaux draps.
Septembre 2018
"Une putain est une femme qui prend plus qu'elle ne donne. Un homme qui prend plus qu'il ne donne s'appelle un homme d'affaires."
Charles Bukowski. Le retour du vieux dégueulasse.
Août 2018
"Les sociétés mourantes accumulent les lois comme les hommes mourants accumulent les remèdes."
Nicolas Gomez Dàvila. Carnets d'un vaincu.
Juillet 2018
"Au zoo. Toutes ces bêtes ont un comportement décent, hormis les singes. on sent que l'homme n'est pas loin."
Emil Cioran. Ecartèlement
Juin 2018
"Si Dieu avait voulu que les hommes s'accouplent avec des hommes, il aurait créé Adam et Steve."
James Ellroy. Lune sanglante.
Mars 2018
"L'enseignant qui s'imagine qu'il est aimé de ses élèves et qu'ils lui font confiance est en réalité singé et moqué dès qu'il a le dos tourné. Quand il n'est pas redoutable, un adulte est presque toujours grotesque." Georges Orwell - Tels, tels étaient nos plaisirs.
Février 2018 "Une des choses les plus tristes, c'est que la seule chose qu'un homme puisse faire huit heures par jour, jour après jour, c'est travailler. On ne peut pas manger huit heures par jour ni boire huit heures par jour, ni faire l'amour huit heures par jour - tout ce que vous pouvez faire pendant huit heures, c'est travailler. Ce qui est la raison pour laquelle l'homme se rend et rend tout le monde misérable et malheureux." William Faulkner. Paris Review. Les entretiens, tome II
Janvier 2018 "L'esclavage n'a jamais été aboli, il n'a été qu'élargi de manière à inclure toutes les couleurs." Charles Bukowski. Journal d'un vieux dégueulasse.
Décembre 2017 "Les textes réactionnaires paraissent obsolètes aux contemporains, et d'une surprenante actualité à la postérité." Nicolàs Gomez Dàvila, Carnets d'un vaincu.
Novembre 2017 " Il y a des gens qui ne comprennent pas que lorsqu'on leur a offert, selon les très vieilles recettes du pouvoir, un ministère appelé "Ministère de la qualité de la vie", c'était tout simplement, comme disait Machiavel, afin qu'ils conservassent le nom de ce qu'ils avaient perdu". Guy Debord. Réfutation de tous les jugements.
Octobre 2017 "D'où vient qu'un boiteux ne nous irrite pas, et qu'un esprit boiteux nous irrite ? A cause qu'un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux dit que c'est nous qui boitons." Pascal. Pensées, fragment 80
Juillet 2017 "Il arriva que le feu prît dans les coulisses d'un théâtre. Le bouffon vint en avertir le public. On pensa qu'il faisait de l'esprit et on applaudit : il insista; on rit de plus belle. C'est ainsi, je pense, que périra le monde : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce." Soren Kierkegaard. Diapsalmata.
Février 2017 "Tout individu est réactionnaire sur les sujets dont il est informé. Pour avoir des vues progessistes sur quoi que ce soit, il faut n'en rien savoir." Robert Conquest - Cité par S.Leysdans : Quand vous viendrez me voir aux antipodes.
Janvier 2017 " Le problème avec ce monde c'est que les personnes intelligentes sont pleines de doutes tandis que les personnes stupides sont pleines de confiance". Charles Bukowski- Journal d'un vieux dégueulasse.
Octobre 2015 "Quand l'évolution industrielle des guerres aura pris tout son développement, un nombre immense d'engins destructeurs sera facilement manié par un petit groupe de spécialistes exercés. La machine à tuer remplacera alors le guerrier comme la houille a remplacé l'esclave." Gustave Le Bon. Hier et demain - 1918
Septembre 2015 "A tel point le doute sur soi travaille les être que, pour y remédier, ils ont inventé l'amour, pacte tacite entre deux malheureux pour se surestimer, pour se louanger sans vergogne." Emil Cioran.
Août 2015 "De toute la politique, il n'y a qu'une chose que je comprenne, c'est l'émeute". Gustave Flaubert. Lettre à Louise Colet.
Mai 2015 "Il faut, si l'on veut vivre, renoncer à avoir une idée nette de quoi que ce soit. L'humanité est ainsi, il ne s'agit pas de la changer, mais de la connaître". Gustave Flaubert.Correspondance.
Avril 2015 "Sous les coups de boutoir des ligues féministes La moitié des messieurs brûle d'être onaniste, L'autre d'aller s'faire enculer (...) Georges Brassens.S'faire enculer.
Mars 2015 "C'était un des principes fondamentaux de la doctrine Gradgrind que toute chose devait être payée. Personne ne devait jamais, en aucun cas, rien donner à qui que ce fût ou rendre un service à qui que ce fût sans compensation. La gratitude devait etre abolie et les bienfaits qui en découlent n'avaient aucune raison d'être. Chaque pouce de l'existence des humains, depuis la naissance jusqu'à la mort, devait être un marché réglé comptant. Et s'il était impossible de gagner le ciel de cette façon, cela signifiait que le ciel n'était pas un lieu régit par l'économie politique et que l'on avait rien à y faire." Charles Dickens.Temps difficiles.
Février 2015 "(...) Tous ces biens n'ont de vraisemblance ni morale ni éthique; car la morale la plus haute ne se conçoit que par les privations, les combats et les périls. En refusant à l'homme la possibilité de hautes luttes morales personnelles, vous privez toute l'humanité de morale, de l'élément éthique de la vie. Le plus haut degré du bonheur social matériel et le plus haut degré de justice politique serait le plus haut degré d'a-moralité (je sépare à dessein le préfixe A pour qu'on ne comprenne pas mon terme dans le sens habituel de débauche et de forfaiture; je suppose qu'il n'y aura alors ni débauche, ni vertu; la première ne sera plus permise et la seconde ne sera plus nécessaire. Comme tous seront égaux, ils seront tous identiques)." Konstantin Leontiev.L'européen moyen, idéal et outil de la destruction universelle. (1874)
Janvier 2015 "Tu me dis : "Tu parles d'une manière et tu vis d'une autre!" Cela, mauvaises têtes et grands ennemis des meilleurs, a été objecté à Platon, a été objecté à Epicure, a été objecté à Zénon. Tous ceux-ci, en effet, disaient non comment ils vivaient, mais comment eux-mêmes auraient dû vivre. C'est de la vertu, non de moi, que je parle : quand je le pourrais, je vivrai comme il faut". Sénèque. La vie heureuse.
Décembre 2014 "Lorsque le tyran n'est autre que la loi anonyme, le moderne se croit libre". Nicolas Gomez Davila. Carnets d'un vaincu
Novembre 2014 "Il y a des peintres qui transforment le soleil en une tache jaune, mais il y en a d'autres qui, grâce à leur art et à leur intelligence, transforment une tache jaune en soleil". Pablo Picasso. Lettre à la revue Ogoniok- 1926
Octobre 2014 "Une demi-heure après, M. de Richelieu me demanda laquelle de ces deux actrices me plaisait le plus pour la beauté. Celle-là, monsieur. - Mais elle a de vilaines jambes. -On ne les voit pas, monsieur; et puis, dans l'examen de la beauté d'une femme, la première chose que j'écarte, ce sont les jambes". Casanova. Mémoires
Septembre 2014 "Tout ce qui ressemble à de l'espoir, à de l'attente, constitue en effet un vice, soit un défaut de force, une faiblesse, - un signe que l'exercice de la vie ne va plus de soi, se trouve en position attaquée et compromise. Un signe que le goût de vivre fait défaut et que la poursuite de la vie doit dorénavant s'appuyer sur une force substitutive: non plus sur le goût de vivre la vie que l'on vit, mais sur l'attrait d'une vie autre et améliorée que nul ne vivra jamais". Clément Rosset.La force majeure.
Août 2014 "Il y a de bonnes raisons d'interdire le LSD, le DMT, le STP, on peut bousiller définitivement sa tête avec, mais pas plus qu'au ramassage des betteraves ou en bossant à la chaîne chez General Motors, en faisant la plonge ou en enseignant l'anglais dans une fac. Si on interdisait tout ce qui nous rend dingues, toute la société y passerait : le mariage, la guerre, le métro, les abattoirs, les clapiers, les tables d'opération, etc." Charles Bukowski. Nouveaux contes de la folie ordinaire
Juillet 2014 "C'est la raison et la sagesse qui ôtent les tourments, non le site d'où l'on découvre une vaste étendue de mer". Horace. Epîtres
Juin 2014 "En fait, je suis convaincu que les journaux, la radio et la télévision d'aujourd'hui font leur travail du mieux qu'ils peuvent pour habituer le public américain à la laideur de l'histoire. Je ne pense pas que cette laideur devrait être renforcée par l'art. " Stanley Kubrick. Lettre à Herbert Biberman.
Mai 2014 "Je suis un homme ordinaire, j'aime ce qui dure." Charles Bukowski. Le retour du vieux dégueulasse.
Avril 2014 "Le sérieux n'entre pas dans la définition de l'existence; le tragique, oui, parce qu'il implique une idée d'aventure, de désastre gratuit, alors que le sérieux postule un but. Or, la grande originalité de l'existence est de n'en comporter aucun." Emil Cioran. Aveux et anathèmes.
Mars 2014 ""Il existe un "art" que l'on apprend en vivant. L'art de ne pas faire" Dino Risi. Mes monstres.
Février 2014 "Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout" Noam Chomsky
Janvier 2014 "Si un mec vomit sur scène à Carnegie Hall, on trouvera toujours quelqu'un pour appeler ça de l'art". Woody Allen. Anything else.
Décembre 2013 "- (...) Tu aimerais faire des heures supplémentaires ? - Oh! oui, monsieur! J'aimerais travailler sept jours par semaine si possible, et avoir deux boulots si possible. - Pourquoi ? - L'argent, monsieur. (...)" Charles Bukowski. La machine à essorer les tripes.
Novembre 2013 "Une constitution mentale qui donne à l'homme le bonheur n'est pas à dédaigner alors même qu'elle ne serait pas toujours favorable aux progrès de la civilisation". Gustave Le Bon. La civilisation des Arabes.
Octobre 2013 "Ce qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi." Milan Kundera. L'insoutenable légèreté de l'être.
Septembre 2013 "D'un autre côté, une certaine forme de persécution excluant toute violence physique peut donner naissance, si elle est appliqué de façon prolongée et judicieuse, à un complexe de culpabilité spécifique". William Burroughs.Le festin nu.
Août 2013 "Une menace pèse sur notre bonheur : un risque, non pas tant de suppression ou de disparition que de dévaluation, de disqualification globale. Car le risque de perte n'est guère inquiétant, comparé au risque de dévaluation généralisée : on peut toujours espérer remplacer ce qu'on a perdu, au lieu qu'il est impossible de remplacer une fortune que l'on possède toujours mais dont on s'aperçoit qu'elle consiste et ne peut consister qu'en objets sans valeur." Clément Rosset : Le réel. Traité de l'idiotie.
Juillet 2013 "La dèche : Tu ne comprends pas que je rends les hommes meilleurs, d'esprit, comme de corps, que l'Argent ne sait le faire. Avec lui, ils sont podagres, ventripotents, fessus, d'une obésité insultante; avec moi, ils sont minces, taille-de-guêpe, et ils donnent du fil à retordre à leurs ennemis." Aristophane. Plutus
Juin 2013 "Si tu prends un rôle qui soit au-dessus de tes forces, non seulement tu le joues mal, mais tu abandonnes celui que tu pouvais remplir". Épictète. Manuel
Mai 2013 "Il n'y a rien de plus dangereux que la collusion de la morale et de la loi. C'est la tare du monde occidental, la loi - c'est à dire la force - se substituant à toute pulsion envers autrui." William Burroughs. Lettres de Tanger à Allen Ginzberg.
Avril 2013 "La haine est la violente confession des malheureux" André Suarès.Sur la vie. 1910
Mars 2013 "Optimiste : équivalent d'imbécile" Gustave Flaubert. Dictionnaire des idées reçues.
Février 2013 "En réalité, la plupart des vertus que nous admirons chez un être humain ne peuvent se manifester que face à une souffrance, une difficulté, un malheur". George Orwell. Le quai de Wigan.
Janvier 2013 "Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont" Molière.Le misanthrope.
Décembre 2012 "Le droit à la différence débouche sur la ressemblance de tous les différents. La classe unique sera la fédération de tous les corporatismes de consommateurs. " Michel Clouscard. Le capitalisme de la séduction. 1981.
Novembre 2012 "Pour ce qui est du journalisme moderne, je ne me soucie pas de le défendre. Son existence se justifie par le grand principe darwinien de la survivance des espèces les plus vulgaires." Oscar Wilde. La critique est un art.
Octobre 2012 " Il faut être pessimiste avec les hommes : les tenir pour ce qu'ils sont. Et donc les tenir ferme." André Suarès. Voici l'homme. 1903
Septembre 2012 "L'optimisme m'est toujours apparu comme l'alibi sournois des égoïstes, soucieux de dissimuler leur chronique satisfaction d'eux-mêmes. Ils sont optimistes pour se dispenser d'avoir pitié des hommes, de leur malheur." Georges Bernanos. Les grands cimetières sous la lune.
Août 2012 "Et puisque la vérité, en philosophie, n'est pas la vérité en tant que telle, mais parce qu'elle est généralement admise, l'absurde peut être considéré comme une espèce de fond de vérités d'ordre tout à fait personnel." Salavdor Dali. Oui.
Juillet 2012 "(...) et désormais en regardant sans impatience tous ces gens dans la rue parlant au téléphone je me souviens de cette loi de la cybernétique, un peu négligée de nos jours, voulant que "la quantité d'information exigée est une mesure de la tendance de la machine au dérèglement"". Baudoin de Bodinat. La vie sur terre.
Juin 2012 " La chose qui frappe le plus dans les récits utopiques, c'est l'absence de flair, d'instinct psychologique.Les personnages en sont des automates, des fictions ou des symboles (...) Les enfants eux-mêmes y deviennent méconnaissables. Dans "l’état sociétaire" de Fourier, ils sont si purs qu'ils ignorent jusqu'à la tentation de voler, de "prendre une pomme sur un arbre". Mais un enfant qui ne vole pas n'est pas un enfant. A quoi bon forger une société de marionnettes? Je recommande la description du Phalanstère comme le plus efficace des vomitifs". Emile Cioran. Histoire et utopie.
Mai 2012 "je sais que nombre d'historiens ou du moins d'écrivains traitant des sujets historiques se croient tenus encore d'appliquer des jugements moraux à l'histoire, et distribuent le blâme ou la louange avec la solennelle complaisance du maître d'école satisfait. Coutume niaise qui montre simplement l'extrême vitalité du sentiment moral, sans cesse fourré là où il n'a que faire. Trouvera-t-on jamais un écrivain assez dépourvu de sens historique pour rêver de blâmer Néron, de reprendre Tibère, ou de vitupérer contre César Borgia?" Oscar Wilde. Plume, pinceaux, poison.
Avril 2012 "Parler de liberté n'a de sens qu'à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu'ils n'ont pas envie d'entendre". George Orwell. Préface inédite à Animal farm.
Mars 2012 "Un Etat totalitaire vraiment "efficient" serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre, parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude. La leur faire aimer - telle est la tâche assignée dans les Etats totalitaires d'aujourd'hui aux ministères de la propagande, aux rédacteurs en chef de journaux et aux maîtres d'école." Aldous Huxley. Le meilleur des mondes.
Février 2012 "Les gens qui n'aiment pas le peuple ont des idées sociales. Les gens qui n'aiment pas les enfants ont des idées pédagogiques". Pierre Gripari. Reflets et reflexes.
Janvier 2012 " Désormais, l'Art sera accompagné d'un mode d'emploi qui permettra aux brutes de se cultiver en apprenant le résumé par cœur". Alain Paucart. La crétinisation par la culture.
Décembre 2011 "Une porte fermée c'est pour moi l'une des plus belles choses qui existent sur terre." Charles Bukowski. Lettre à John Martin. 1988
Novembre 2011 "Si les hommes parvenaient jamais a se contenter des biens matériels, il est à croire qu'ils perdraient peu à peu l'art de les produire, et qu'ils finiraient par en jouir sans discernement et sans progrès, comme les brutes." Alexis Tocqueville. De la démocratie en Amérique. Octobre 2011 "Enfin, leur pavillon payé, bien possédé et tout, plus un sou de dettes, ils n'avaient plus à s'en faire tous les deux du côté de la sécurité ! C'était dans leur soixante-sixième année". Louis-Ferdinand Céline. Voyage au bout de la nuit. Septembre 2011 "Le sage remarque que, pour exercer une action sociale, il faut agir sur les foules, et qu'on n'agit point sur les foules par la raison, mais par les passions. L'action sociale lui apparaît comme une tyrannie, et il s'abstient d'y prendre part." Han Ryner. Petit manuel individualiste. 1903
Août 2011 "Liberté a toujours signifié en Europe, franchise, libération pour pouvoir être ce que nous sommes authentiquement. L'on comprend que ceux qui savent n'avoir pas d'authentique besogne à remplir aspirent à s'en débarrasser". J.Ortega y Gasset. La révolte des masses (préface 1937)
Juillet 2011 "Les hyper-modernes ne font pas le bien au nom de la raison ou de la foi, mais par indignation contre le Mal -redéfinition de l'engagement des plus avantageuses, puisque, à la fierté de revendiquer l'initiative d'une bienfaisance sociale ou humanitaire, aussi symbolique soit-elle, s'ajoute le contentement de se sentir justes, bon, et, enfin, indispensables". Frédéric Schiffter. Le bluff éthique.
Juin 2011 "Il existe quantité de types et d'époques de fables, mais la fable n'a qu'une seule morale parce, en toutes choses, il n'existe qu'une seule morale." Gilbert K. Chesterton. Le sel de la vie.
Mai 2011 "Libéré des entraves que constituaient les appartenances, les fidélités, les codes de comportement rigides, l'individu moderne est ainsi prêt à prendre place dans un système de transactions généralisées au sein duquel il est devenu possible de lui attribuer, de manière univoque et non ambiguë, une valeur d'échange." Michel Houellebecq. Approches du désarroi.
Avril 2011 "Comme l'indique le beau mot de "ménage", le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer les individus du marché. Ce processus de destruction se poursuit de nos jours". Michel Houellebecq.Les particules élémentaires.
Mars 2011 "On est con, mais pas au point de voyager." Samuel Beckett. Mercier et Camier.
Février 2011 "Malgré les secours que quelques cuistres célèbres ont apportés à la sottise naturelle de l'homme, je n'aurais jamais cru que notre patrie pût marcher avec une telle vélocité dans la voie du progrès. Ce monde a acquis une épaisseur de vulgarité qui donne au mépris de l'homme spirituel la violence d'une passion. " C.Baudelaire. Projet de préface aux Fleurs du mal.
Janvier 2011 "Tout. Tout le temps. Partout. Sans raison particulière." Devise de Franck Zappa.
Décembre 2010 "Conscient que la vie des hommes se déroule dans un environnement biologique, technique et sentimental (c'est à dire très accessoirement politique), conscient qu'elle a pour objectif la poursuite d'objectif privés, il aura pour toute conviction politique marquée un rejet instinctif. L'homme révolté, le résistant, le patriote, le fauteur de troubles lui apparaîtront avant tout comme des individus méprisables, mus par la stupidité, la vanité et le désir de violence. Contrairement au réactionnaire, le conservateur n'aura ainsi ni héros, ni martyrs; s'il ne sauve personne, il ne fera, non plus, aucune victime; il n'aura, en résumé, rien de particulièrement héroïque; mais il sera, c'est l'un de ses charmes, un individu très peu dangereux." Michel Houellebecq. Le Figaro, 8 novembre 2003. Novembre 2010 "Par peur que leur vélo ne soit volé, beaucoup de Néerlandais le laissent chez eux et choisissent de se déplacer à pied." Matthjis Van Boxsel. Encyclopédie de la stupidité.
Octobre 2010 "Le parlementarisme, c'est à dire la permission publique de choisir entre cinq opinions politiques fondamentales flatte le grand nombre de ceux qui aimeraient paraître indépendants et individuels et combattre pour leurs opinions. Mais, à la fin, il est indifférent qu'une seule opinion soit imposée au troupeau ou que cinq opinions lui soient permises - quiconque s'écarte des cinq opinions fondamentales, aura toujours contre lui le troupeau tout entier." Friedrich Nietzsche.Le gai savoir.
Septembre 2010 "Plus ils se sentiront animés de bonnes intentions, plus ils seront amenés même malgré eux à tenter d'étendre leur pouvoir pour étendre leur capacité de faire le bien; ce qui revient à opprimer dans l'espoir de libérer (...)" Simone Weil.Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale.
Juin 2010 "Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c'est à dire moral) que dans l'individu et par l'individu lui-même. Charles Baudelaire. Mon coeur mis à nu.
Mai 2010 "La race humaine? Il a fallu installer des cuvettes automatiques dans les toilettes publiques parce qu'on ne peut pas compter sur les gens pour tirer la chasse d'eau." Woody Allen. Whatever works.
Avril 2010 "Le sage remarque que les progrès matériels ont pour effet d'accroître les besoins artificiels des uns, et le travail des autres". Han Ryner. Petit manuel individualiste. 1903
Mars 2010 "Je compose de beaux dialogues, je fais de bons livres. - Hé! mon ami, montre-moi plutôt que tu domptes tes passions, que tu règles tes désirs et que tu suis la vérité dans tes opinions. Assure-moi que tu ne crains ni la prison, ni l'exil, ni la douleur, ni la pauvreté, ni la mort. Sans cela, quelques beaux livres que tu fasses, sois bien persuadé que tu n'es encore qu'un ignorant." Epictète. Manuel.
Février 2010 "Hélas, ce que les hommes sont aujourd'hui, ce qu'ils seront demain, ils l'ont toujours été." Lucrèce. De la nature.
Janvier 2010 "Quand le débat devient un art dont on a perdu le secret, l'information aura beau être aussi accessible que l'on voudra, elle ne laissera aucune marque." Christopher Lasch. La révolte des élites.
Décembre 2009 "Il ne faut pas croire au progrès, mais le faire en soi." André Suarès. Valeurs.
Novembre 2009 "Quand "être absolument moderne" est devenu une loi spéciale proclamée par le tyran, ce que l'honnête esclave craint plus que tout, c'est que l'on puisse le soupçonner d'être passéiste." Guy Debord. Panégyrique.
Octobre 2009 "Sur quelque différence une estime se fonde et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde." Molière. Le misanthrope.
Septembre 2009 "L'intellectuel est si souvent un imbécile qu'on devrait toujours le tenir pour tel, jusqu'à ce qu'il nous ait prouvé le contraire". Georges Bernanos. La France contre les robots.
Août 2009 "La masse me donne des nausées non pas parce qu'elle est fondamentalement stupide, mais parce qu'elle fait entrer sa stupidité dans ma vie." Charles Bukowski. Lettre a John W. Corrington. 1963
Juillet 2009 "Oh! je voudrais, comme Caligula le voulait pour le peuple romain, que la France n'eût qu'une seule paire de joues pour la souffleter." Claude Tillier. Mon oncle Benjamin.
Juin 2009 "Une des formes les plus délicates du déguisement, c'est un certain épicurisme, une parade de hardiesse dans le goût qui affecte de prendre la douleur à la légère et de se défendre contre toute tristesse et toute profondeur". F.Nietzsche. Par delà le bien et le mal.
Mai 2009 "Si les hommes étaient tous gens de bien, mon précepte serait condamnable; mais comme ce sont tous de tristes sires et qu'ils n'observeraient pas leurs propres promesses, tu n'as pas non plus à observer les tiennes". Machiavel. Le Prince.
Avril 2009 "C'est un mal que la nécessité, mais il n'y a aucune nécessité de vivre avec la nécessité". Epicure. Sentences vaticanes.
Mars 2009 "Comment ne pas entendre le cri de la nature, qui ne réclame rien d'autre qu'un corps exempt de douleur, un esprit heureux, libre d'inquiétude et de crainte?" Lucrèce. De la nature.
Février 2009 "La bonté n'a pas de démarche plus sûre que d'aller droit au fait, surtout s'il est terrible et paraît exécrable". André Suarès. C'est la guerre. 1915
Janvier 2009 "Le propre du sacré est qu'on ne le discute pas. Le sacré est là pour empêcher la pensée". Philippe Muray. Désaccord parfait.
Décembre 2008 "Défiez vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins." J.J.Rousseau. Emile, ou de l'éducation.
Novembre 2008 "Je porte au fond de moi une ancienne espérance Comme ces vieillards noirs, princes dans leur pays Qui balaient le métro avec indifférence Comme moi ils sont seuls, comme moi ils sourient." Michel Houellebecq. Poésies
Octobre 2008 "Je ne suis pas partisan du capitalisme ni du communisme, mais du clitorisme." John Fante. Lettre à Carey Mc Williams.
Septembre 2008 " Le désordre, Docteur, c'est un Jules César par village!... et vingt Brutus par canton!" L.F.Céline. D'un château l'autre.
Juillet 2008 "Mieux vaut une main pleine avec repos, que les deux mains pleines avec travail et poursuite du vent." L'Ecclésiaste. 4:6
Juin 2008 "A mesure que diminue la liberté économique et politique, la liberté sexuelle a tendance à s'accroître en compensation." Aldous Huxley. Le meilleur des mondes. Préface de 1946.
Mai 2008 "Plus rien ne marche, et plus rien n'est cru." Guy Debord:Cette mauvaise réputation...
Avril 2008 "Il n'y a pas d'enfer, il n'y a que la France!" Franck Zappa
Mars 2008 "Depuis Robespierre, les adolescents et les intellectuels adorent remplacer les problèmes par les salauds". Alain Finkielkraut: Le Soir. 07/12/2002.
Février 2008 "Le sceptique voudrait bien souffrir, comme le reste des hommes, pour les chimères qui font vivre. Il n'y parvient pas: c'est un martyr du bon sens." Emile Cioran : Syllogismes de l'amertume.
Janvier 2008 "La parole et l'image sont un des instruments les plus puissants du contrôle exercé par les journaux, qui contiennent les deux. Si vous commencez à les découper et à les réarranger, vous détruisez le système de contrôle." William. S. Burroughs. Le Job.
Décembre 2007 "J'aimais, j'étais aimé, je me portais bien, j'avais beaucoup d'argent, je le prodiguais pour mon plaisir et j'étais heureux. J'aimais à me le dire, tout en riant des sots moralistes qui prétendent qu'il n'y a point de bonheur sur la terre. Et précisément c'est ce mot sur la terre qui excite mon hilarité, comme s'il était possible d'aller le chercher ailleurs!" Casanova. Mémoires.
Novembre 2007 "Fataliste comme un Turc, je crois que tout ce que nous pouvons faire pour le progrès de l'humanité, ou rien, c'est exactement la même chose." Gustave Flaubert. Correspondance.