dimanche 30 novembre 2008

Du sur mesure pour Copé

Jean-François Coppé se démène comme un pou pour faire adopter la loi scélérate sur le travail dominical. Lors de l'émission Dimanche soir politique, (I.télé, Le Monde et France Inter), il a osé déclarer :"ma responsabilité c'est que cet engagement de campagne présidentielle soit adopté par notre majorité. Non qu'il soit adopté de manière militaire mais de manière consensuelle et, j'ose le mot, conviviale". Oui, lecteur abasourdi, tu as bien lu. Devant l'opposition de quelques pelés (dont moi) mais aussi de députés UMP, les pirates sociaux du gouvernement mettent de l'eau dans leur vins, quitte à rendre cette loi presque anodine (exclure les grandes surfaces commerciales du bénéfice de la loi, par exemple). C'est le signe de ce qu'ils cherchent en réalité: mettre le pied dans la porte du code du travail, comme ils le font depuis vingt piges, avec les résultats mirifiques qu’on peut admirer. Une fois le repos dominical déchu de son statut de règle pour tous, on pourra dire adieu à ce qui faisait le rythme de nos vies depuis seize siècles ! Merde !
A tous les passifs et à tous les partisans de ce brigandage, je ne poserai qu’une seule question : si l’abandon du repos dominical pour tous est la solution pour nous sortir de la mouise, croyez-vous que, depuis la fin de l’Empire Romain, le premier être humain à voir clair à ce sujet puisse être Jean-François Copé ?

Jean-François COPE : la vraie dimension d'un homme d'Etat!

lundi 24 novembre 2008

Le PS réinvente la démocratie. Si!


Quand on tient presque instinctivement les militants de toutes sortes en grand mépris, ou quand ce mépris est étayé par une fréquentation et une connaissance bien concrètes, il y a une jubilation précieuse à les voir se comporter au grand jour selon leur propre nature, c'est-à-dire EXACTEMENT A L’INVERSE DE LEURS HABITUELS BONIMENTS.
Les militants politiques sont, chacun le constate, parfaitement infréquentables. Il suffit d’en inviter deux à une soirée merguez pour les voir transformer l’innocente sauterie en une joute plombante, en combat pour la paix dans le monde, fût-ce au prix d’un pugilat ! Car c’est une constante facile à vérifier : les militants du droit à la vie sont prêts à tuer pour le défendre, ceux qui veulent abolir la violence exigent les plus lourdes peines contre les méchants, d’autres aiment tant les ours et la nature qu’ils n’hésitent pas à déporter artificiellement de paisibles plantigrades au milieu de notre réseau routier, certains s’enrichissent en prônant à la fois la générosité et l’entraide, des défenseurs du « droit à la différence » interdisent le tchador, des féministes battent leur femme, des militants pour la paix réclament des interventions armées ici ou là, et la liste des paradoxes qu’ils nous servent serait infinie. Le militant, version laïque du croyant, préfèrera toujours sa cause à la vérité, surtout quand la vérité semble lui dire merde. Et son caractère réellement original, ce qui n’appartient qu’à lui dans le règne humain, c’est sa capacité supérieure à s’accommoder de tout ça en toute bonne conscience.
A longueur d’années, n’avons–nous pas entendu que le parti socialiste défendait la démocratie (que personne n’attaque par ailleurs), qu’il luttait pour la justice, pour la tolérance, pour le droit, l’équitation ou l équité, la dignité des femmes, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pour la moralité politique et d’une manière générale qu’il se levait contre tout ce que les méchants adorent ? Et le parti socialiste, bordel, c’est aussi des militants ! Des femmezédézoms qui combattent quotidiennement pour défendre ces valeurs de progrès, amen. Et que voit-on ? Ces démocrates auto klaxonnés qui bourrent des urnes, comme de vulgaires chefs de clan corses, ces grenouilles de vertu qui falsifient les décomptes, qui empêchent leurs adversaires de surveiller les votes, qui font voter les défunts etc. Qu’on ne s’y trompe pas : leurs magouilles ne signifient pas qu’ils souhaiteraient qu’on abolisse les élections. Non ! Ce sont des démocrates, ils sont convaincus des bienfaits du vote libre, mais plus encore convaincus d’avoir raison contre la majorité, quelle qu’elle soit. Pour leur image de soi, les militants ont besoin de cette mascarade pluralisto démocratico libre, qui les distinguent utilement des partis stalinoïdes. En revanche, ils veulent bien être démocrates mais gueuleraient comme des putois si un vote leur était contraire. Le grand problème de la démocratie, en effet, c’est quand les cons qui pensent pas comme nous se mettent à voter.
Si le militant politique est facilement enclin à voir la paille du curé tripoteur d’élèves, par exemple, il remarque rarement la poutre de la tricherie au vote démocratique qui lui enfle pourtant le bénouze à la face du monde. L’un fait vœu de chasteté et n’est pas capable de l’assumer ; l’autre fulmine contre les injustices et ne sait pas faire autre chose quand son intérêt est en jeu. La seule différence qui donne encore une sorte d’ « avantage » au curé, c’est qu’une fois pris la main dans la culotte d’un autre, il ferme sa gueule et ne la ramène plus. Le militant, si, toujours. Il est fait comme ça.
Le problème n’est pas qu’il y ait plusieurs « tendances » dans tel ou tel parti politique. Il n’est pas non plus que telle ou telle personne nourrisse des ambitions très personnelles et se batte pour elles. Mais que des militants donneurs de leçons à longueur de temps (et des responsables au plus haut niveau) se fassent prendre la main dans la boîte à sucre, c’est non seulement drôle, c’est nos seulement édifiant, mais c’est presque trop beau.

dimanche 16 novembre 2008

Pharcyde + Jonze

Beaucoup moins viril que le gangsta rap, mais bon, à vous de juger...
("Drop", tiré de Labcabincalifornia (1996) , de Pharcyde). Réalisé par Spike Jonze.

mardi 11 novembre 2008

Front kick de Dieu!

Tous unis sous la bannière du Christ, camarades ! Grosse fiesta à la Basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem ! Venez nombreux et costumés !



Post scrotum : la tradition de non violence et d’oecuménisme n’est pas NOUVELLE en chrétienté…

René Girard sur France Culture


Je signale une participation de René Girard à l’émission « Tout arrive » aujourd’hui même, une émission en partie consacrée à son travail, avec l’évocation de plusieurs ouvrages sortis en 2008. Sera présent également Jean-Michel Oughourlian, girardiste convaincu, pour la parution de « Genèse du désir », qui traite entre autres de la découverte des neurones miroirs, argument scientifique à l’appui de la thèse du désir mimétique. A écouter ou à télécharger.

lundi 3 novembre 2008

La liberté si j'veux!

Les TI.G. pourront être effectués sous forme de pendaison,
sur la base du volontariat.

La France est gouvernée depuis quelque temps par des laxistes. Des anges laxistes. La permissivité n’a jamais été aussi forte que depuis que la droite est à l’Elysée. J’essplique.
Pour faire entrer dans la tête des gens que travailler le dimanche est un bien, on nous a servi l’argument du volontariat : les gens QUI LE SOUHAITENT pourront travailler le dimanche ! Aussitôt, des légions de néo libérés se disent qu’ils gagnent quelque chose dans l’opération : une liberté de plus, la liberté de choisir entre travailler pendant que les autres ne foutent rien, ou ne rien foutre soi-même. Youpi !
Aujourd’hui, on nous ressort la même option : les travailleurs qui ne seront pas encore morts à 65 ans pourront CHOISIR de travailler jusqu’à 70 ans s’ils le souhaitent. Le volontariat, encore et toujours. La France de Sarkozy, c’est « tu fais comme tu veux ! » En bon soixante huitard, il applique le « il est interdit d’interdire », de comique mémoire. Les temps anciens ont connu le joug de la Loi (bouh !) qui, tenez-vous bien, s’appliquait à tous de la même façon ! la France a vécu sous cette dictature-là pendant trop longtemps, sous les règles contraignantes et patriarcales, rigides et autoritaires, arc-boutée sur des positions d’un autre âge ! C’en est bien fini !
J’aimerais savoir s’il y a un salopard parmi les lecteurs pour se déclarer ennemi de la liberté. Qui s’y risque ? Allons, qui voudrait qu’on supprime la liberté de travailler malgré l’arthrose ? Malgré la parkinson ? J’attends les staliniens… personne ? Bon.
Pour faire passer les mesures les plus antisociales, il est entendu qu’un minimum de ruse est nécessaire. Dans un pays qui fut révolutionnaire – il y a certes des millénaires de cela -, personne ne se risquerait à y aller trop fort sans précaution. La liberté, du moins cette version-là, sert justement à ça. Désormais, quand on voudra vider une loi protectrice de toute substance, on lui opposera simplement la liberté de ne pas l’appliquer ! Si le Pèzident ne reste pas dans l’Histoire pour ça, c’est à désespérer de la piraterie !
Désormais, donc, l’âge de la retraite sera de 65 pour ceux qui veulent, dimanche sera un jour de repos pour ceux qui ont envie de buller seulement, l’âge de la majorité sexuelle sera de 15 ans sauf pour ceux qui voudront se faire enculer dès l’âge de 12 ans, l’égalité entre les hommes et les femmes sera absolue pour ceux qui y trouvent de l’intérêt, l’instruction des enfants sera obligatoire mais on pourra s’en dispenser si on déteste les intellectuels, le SMIC sera un salaire minimum mais ceux qui le veulent pourront – sur volontariat et en en faisant la demande écrite- être payés moins. Quant aux gens qui n’ont jamais d’accident de voitures, ils pourront se dispenser de s’arrêter aux feux rouges.

samedi 1 novembre 2008

Bref éloge de Donald Fagen


Découvrez Donald Fagen!


Donald Fagen est un des plus beaux musiciens du monde. Dans la catégorie de ceux qui bâtissent leur œuvre en se fichant de la mode, de la comédie de la scène et de la célébrité, de l’engagement militant (et pour un type de sa génération, c’est rare) et du show business, il est une référence.
Il a commencé très tôt, à la fin des années 60, et a rapidement monté Steely Dan, avec son pote Walter Becker, mais je vous raconterai ça une autre fois. Au fil d’une évolution vers toujours plus de fluidité, de précision et de pureté stylistique, il a pondu sous son nom trois albums en 25 ans. Vu la densité des albums en question, on peut aller jusqu’à dire que c’est beaucoup.
Le premier, The nightfly, 1982, est un monument que tout honnête homme doit posséder. Les morceaux sont d’un niveau général tout à fait extraordinaire, avec des sommets comme Maxine, New frontier, The goodbye look… et tous les autres morceaux de l’album ! Comme avec Steely dan, il embaucha les meilleurs musiciens pour donner forme à sa musique (Jeff Porcaro, Larry Carlton, les frères Brecker, Marcus Miller, Steve Khan, entre autres) et les fit chier à la limite du supportable pour obtenir d’eux le boulot et le son qu’il voulait. Il est comme ça Donald, et c’est connu parmi les zicos de haut niveau. Même si le son de la batterie sonne parfois un peu « années 80 », The nightfly est un concentré des mélodies ciselées à la gouge, des arrangements méticuleux (les chœurs !) et d’une musique harmoniquement riche, même sophistiquée mais qui sonne assez simple. Sans même parler des textes, bourrés d’humour et d'absurdités, qu’il vaut mieux explorer avec un Ricain cultivé sous le bras…
Après 11 ans de silence, et l’arrêt (temporaire) de Steely Dan, il ressort un album en 1993 : Kamakiriad, l’album de l’âge mûr, comme il le définit lui-même, après avoir exploré l’époque de l’adolescence avec The nightly. Une kamakiriade, pourrait-on dire, c’est une virée à bord de la Kamakiri, la voiture du futur, dream-car avec jardin hydroponique et guidage satellitaire. L’album raconte donc les aventures du héros qui voyage à bord de sa bagnole high-tech, voyant le monde du futur (proche) en proposant des chansons toujours aussi parfaites. Fagen a utilisé les années 70 pour peaufiner son style, avec Walter Becker, et en dispose maintenant tout à fait. Sa recette tourne autour du jazz, pilier autour auquel il a su mélanger le rock, la pop et le funk (ou le groove en général) comme personne. C’est un album qui explore l’an 2000 qui pointe à l’horizon, d’une manière ludique et fantaisiste.
Son dernier album solo est sorti en 2006 : Morph the cat. Un putain d’album. C’est selon lui le troisième volet de sa trilogie perso, le volet traitant de la fin, de la mort. Mais attention, c’est pas un musicien français : pas de pathos ! Son album se situe bien dans une période post-11 septembre, mais il aborde les choses par allusions, avec finesse et jamais frontalement, aussi bien dans ses textes complexes que dans la perfection du groove. Si sa musique est dense, ses arrangements surtout, chaque instrument est toujours parfaitement à l’aise pour s’exprimer, tout est rangé comme dans une horloge, personne ne vient foutre le bintz sur la fréquence d’un autre, et tout est toujours limpide.
Fagen, pour qui rien de bien intéressant ne s’est fait dans la musique populaire depuis l’apparition du reggae, n’hésite pas à se foutre du boulot des groovers à la machine, samplers à la chaîne qui croient avoir trouvé le Grand Secret quand ils ont déniché une boucle qui a déjà servi. En gros, les rappeurs et autres resuceurs de R’n B ne l’ont pas convaincu, notamment quand il s’agit de groover.
Certains pourraient avoir le réflexe de classer le travail de Fagen dans la catégorie fusion, ce qui est faux. Le genre fusion intègre très rarement des chansons. C’est une musique instrumentale, une musique de gros musiciens, écoutée la plupart du temps par des musiciens. La place que la technique pure y occupe est infiniment plus grande que dans l’œuvre de Fagen, et celle de l’humour, de la finesse, de la légèreté y est au contraire étrangement faible. Mais c’est probablement parce qu’il a bossé avec des grands musiciens de jazz, donc souvent de fusion, que cette confusion a pu se faire. En fait, si on voulait résumer son travail, on pourrait dire qu’il est un musicien qui ne s’est pas satisfait du rock, ni du funk, et qui les a intégré dans un univers harmonique plus riche, celui du jazz, empruntant un feeling au rythm’n blues, au gospel et au blues. En cela, c’est un musicien de fusion. N’oublions pas non plus que, chose devenue rarissime dans le jazz, il écrit des chansons, et même d'exceptionnelles chansons.
Un des points forts qui le définissent bien, c’est la qualité du son. A l’écoute, on est souvent surpris d’apprendre que tel ou tel morceau est vieux de trente ans. C’est son travail en commun avec Walter Becker, autre intégriste, qui a rendu ça possible, et qui a beaucoup fait pour sa réputation. En dessin, ce serait l’équivalent de la ligne claire : précision, clarté, équilibre, élégance. Il faut dire aussi que ce son « parfait » en énerve quelques uns, dont les oreilles blessées par le rock n’acceptent plus que du « ça déchire sa mère ». Et la subtilité des arrangements de Fagen traverse parfois des oreilles sans que le propriétaire de la paire en question ne remarque rien… il faut parfois du temps pour l’apprécier, pour piger la beauté de l’édifice (c’en est un, je l’affirme). Une musique pour musiciens ? non, une musique très technique, qui plait malgré ça.

mercredi 29 octobre 2008

Obamanes de tous pays, vos gueules!


Le funk ne sera plus comme avant, c'est sûr!

Avec la vigueur d’un ouragan floridien, la tendance pro Obama déferle sur la France. Il faut bien reconnaître qu’elle ne repose sur rien de très sûr, de très précis ni solide. Mais après tout, si on se résout à vivre sous un régime d’élections, si on pense qu’il est le pis-aller le moins douloureux, on ne peut pas penser que seule la rationalité y aura un rôle.
Quand on vote pour quelqu’un, un être de chair, il y a forcément de la chair qui s’exprime. On choisit un candidat pour ses idées, son programme ET sa capacité à parler (qui n’est garante de rien du tout), son charme, son charisme, son allure et sa façon d’être en général, ou ce qu’il en montre. C’est bête, mais c’est humain. Tant qu’on ne fait pas voter des machines, on aura droit à ça. Dans une joute électorale, un débat quelconque, seuls les très grands imbéciles prétendent qu’il faut lutter contre les idées et non contre ceux qui les portent. Dans l’élection américaine, c’est encore plus vrai : on élit un homme, un père de famille, quelqu’un qui se donne un mal fou pour faire croire qu’il ressemble aux électeurs. Il ne fait pas ça pour rien : ce sont eux qui votent ! Il n’y a donc pas forcément d’absurdité à aimer Obama ou Mc Cain pour ce qu’ils sont, pour l’image qu’ils représentent plutôt que pour les pseudo idées qu’ils portent, et qui d’ailleurs se ressemblent putamment.

On voit donc chez nous des bobos qui aiment Obama, des prolos qui aiment Obama, des vieux, des jeunes, des blancs, des noirs, des intellos, des demeurés, des gauchistes et des droitards, des journalistes, des chauffeurs de bus et des fétichistes du pied qui, pour des raisons souvent irrationnelles, aiment Obama. OK. La question qui me vient à l’esprit n’est pas « pourquoi ? », mais « comment pourrait-on aimer Mc Cain ? ». Dans ce match à deux (plus deux coéquipiers), on est forcément amené à choisir l’un contre l’autre. Qui défend Mc Cain ? Et comment défendrait-on d’ici un type qui aspire à entériner et continuer la politique de George W, qui appartient au même parti ? C’est un peu comme si, après douze années de chiraquisme, les Français n’avaient pas eu envie de sanctionner la droite… heu… ok : mauvais exemple.

Il était écrit qu’un jour ou l’autre, un candidat non blanc 100% pur laine se présente à une élection majeure dans un grand pays. C’est le genre d’événement que redoutent les racistes, et qui ravit les racialistes. En revanche, quand on a intégré l’idée de nation et ses conséquences, quand on a poussé assez loin la considération de l’individu au-delà de sa couleur de peau et des déterminismes sociaux qui s’y attachent souvent, on prend l’état métis d’Obama pour ce qu’il est : un détail. Mais voilà : la plupart des gens ne pensent pas comme ça. La plupart même pensent et agissent en fonction du contraire. Pour la France entière en effet, la chose à retenir d’Obama, celle qui pousse les gens vers lui, c’est sa couleur de peau. On en est là.

Quand un Antillais se félicite qu’Obama soit arrivé où il est, il s’identifie en tant que métis au succès du mec. C’est évidemment un guignol et on peut parier que rien dans sa vie ne changera du fait de l’existence d’Obama. Mais si cet événement contribue à lui donner une meilleure image de lui-même, s’il permet qu’il cesse de se voir comme un ancien esclave victime du monde méchant des blancs, autant s’en féliciter. En effet, que pourront donc bien dire les beaux esprits du « racisme des Américains » si Obama est élu à la présidence ? Pourra-t-on continuer de clamer qu’au centre de tout acte occidental, il y a du racisme ? Rien que pour dire enfin un gros merde à ces gens, il faut souhaiter qu’Obama soit élu.

Les racistes et les racialistes partagent au moins un caractère : ils ne se réclament jamais ouvertement de leur opinions et parfois, ils en sont les dupes. Les racistes s’estiment supérieurs et, à ce titre, prônent la séparation, la pureté. Les racialistes, eux, se disent non racistes mais persistent à ne voir le monde qu’à travers le prisme ethnique : dans Obama, ils voient un noir, dans un prévenu pour vol, il ne voient pas un voleur mais la couleur d’un voleur, dans un député français, il voient un député français blanc, dans un présentateur de journal bidon à la télé, ils voient un Antillais, etc. Bien qu’ils s’en défendent, l’idée de race est la préoccupation principale des racialistes. Oh, on peut les comprendre : expliquer l’état des choses par une formule simplette est tentant, et on peut admettre que certains, épuisés intellectuellement devant la complexité du monde, en viennent à penser que tout vient d’un facteur unique : la méchanceté des blancs. Ils sont mignons tout plein.

Un black, un fils d'immigré: trop cool le changement, cousin!

Evidemment, l’élection d’Obama ne changera rien au monde, pas plus que les quatre années de fonction de Secrétaire d’Etat de Condoleeza Rice n’ont changé la façon de faire des Etats-Unis. Au moment de sa nomination au poste, elle lâchait cette stupéfiante boutade devant le Sénat américain « Et, troisièmement, nous allons répandre la liberté et la démocratie à travers le monde ». Avec le recul, les obsédés de la couleur de peau ont dû être vachement déçus… Un peu comme, avant eux, les fans de Colin Powell, persuadés qu’un noir, fût-il américain, ne bombarderait jamais une population civile (fût-elle irakienne) aussi froidement qu’un blanc… Bande de cons ! Obama président ne va pas se mettre à passer les intérêts des USA au second plan pour plaire aux revanchards frustrés qui peuplent le monde (et surtout Internet). Il ne va pas démanteler l’armée américaine et la CIA pour satisfaire les complotistes. S’il est élu, espérons qu’il fera une autre politique que celle de Bush, ce sera déjà bien joli.

Non, le plus étrange dans ce concert d’âneries, c’est probablement cette exposition de ressentiments de toutes parts, traduits par autant de naïvetés. A moins d’être totalement bouché (et cette hypothèse n’est jamais à exclure), comment peut-on penser un instant que la couleur (noire) ou le sexe (féminin) d’un responsable politique en fera magiquement un représentant des victimes du monde, des damnés de la terre, des noirs ou des femmes? On a oublié Thatcher ou quoi ? On a oublié Bokassa ? Le sort des Arabes de France est-il meilleur depuis l’arrivée de Dati à la Justice? Avec un peu de recul, on s’aperçoit que la chanson est toujours la même : les médias relayent (et animent) un engouement pour une nouvelle personnalité politique en fonction de son « exotisme » (ho ! un noir ! oh ! une femme ! oh ! un jeune ! formidable !) et donnent l’impression que les choses vont changer à cause de ça. Puis la réalité reprend ses droits, les femmes politiques se montrent aussi nuisibles que les hommes, les noirs aussi fourbes que les blancs, et on attend le prochain scoop comme si de rien n’était.

lundi 13 octobre 2008

Un week-end chez Shopi

Il y a un peu moins d’un an, on parlait déjà de la belle enculerie qui consiste à vouloir faire bosser les gens le dimanche. A l’époque, une équipe de penseurs ministériels avaient prétendu qu’en dehors de l’activité consistant à gagner son maigre salaire, le Français n’avait rien d’autre de bien intéressant à faire et qu’il devait donc pouvoir y passer sept jours par semaine. Cette idée est de nouveau d’actualité. Le gouvernement a attendu que les effets de sa politique se fassent sentir sur le pouvoir d’achat (c'est-à-dire qu’il ait bigrement chuté) pour envisager l’équation simple suivante : tu veux de la thune ? Bosse le dimanche ! Il est certainement utile de préciser que cette mesure ne s’appliquerait qu’à ceux qui ont « besoin » de travailler le dimanche : les fauchés. En effet, la règle générale de celui qui gagne bien sa vie, c’est d’utiliser le week-end, et particulièrement le dimanche pour se tremper dans sa piscine en compagnie de ses enfants, de ses amis (car quand tu as une piscine, tu as beaucoup d’amis !).

Cette fois encore, le gouvernement lâche les arguments les plus spécieux pour convaincre les Français pauvres qu’ils ont « intérêt » à s’y mettre. Mais on a beau étudier la chose, il n’existe qu’UN SEUL argument en faveur de l’ouverture des magasins le dimanche, décliné sous diverses variantes, et il est de nature économique. Soit on nous promet de nous donner le double d’un salaire courant, soit on nous dit que ça relancera l’activité, soit que ça fera reculer le chômage. De l’économique, point final. Et de l’économique pas très solide, tout le monde en conviendra. L’idée d’avoir un jour commun où l’on ne travaille pas, où les esclaves se retrouvent pour faire autre chose que suer ou dépensuer (« dépenser dans la gêne»), où le rythme de la vie se détend, où le bruit du périph s’amenuise, un jour qui soit un rendez-vous commun à tous et qui symbolise l’existence de la simple vie en dehors de l’activité salariée, simple vie banale comme du repos pris ensemble, comme une balade dans un parc ou un tour en vélo, cette idée-là est trop insupportable aux tristes requins et aux imbéciles. C'est vrai qu'entre les services Carrefour, les produits Auchan et les conseils culinaires Shopi, on a vraiment de quoi combler son week-end.

Politique de civilisation

Il faut aussi rappeler que pas mal de gens bossent déjà le dimanche, par dérogation au droit du travail. Le dimanche, on peut aller se faire poser des points de suture à l’hosto parce qu’on a glissé du plongeoir, on peut bien entendu acheter son pain ici ou là, ou son journal, on peut conduire son camion frigorifique sur les routes chargées de glandeurs et, quand on bosse dans l’industrie, on peut se faire ses huit heures sous certaines conditions. Bon. Mais la grande question, celle qui occupe les ministres et le Pèzident, c’est celle de l’ouverture des magasins. Quand ils évoquent le travail du dimanche, il faut comprendre avant tout l’ouverture des boutiques. Il ne s’agit pas de permettre l’ouverture des centrales EDF, elles ne ferment jamais, il s’agit d’autoriser les philanthropes de la grande distribution à ouvrir en permanence pour que ce cochon de citoyen puisse y dépenser tous les jours. Il s’agit d’achever de transformer la vie des gens en une longue file d’attente aux caisses de l’hypermarché. Inciter le pékin à passer du temps dans la laideur d’une galerie marchande en dit long sur la vision du monde des dirigeants politiques, mais insister pour qu’il y passe aussi ses dimanches, c’est le signe d’un mépris qui ne s’était jamais vu. Il n’y a peut-être pas de mesure plus antisociale que celle qui fera définitivement graviter la vie des gens autour du boulot et de la dépense, les deux faces les plus laides de l’aliénation moderne.

Femme avec caddie. Duane Hanson 1969.

Par un hasard extraordinaire, un sondage publié dans le JDD révèle à point nommé que les Français seraient favorables au travail le dimanche, alors que le même JDD annonçait l'inverse il y a dix mois à peine ! Rien ne remplacera jamais une bonne propagande de presse… Nous avons même un petit numéro de clown parfaitement au point, et que le Pèzident lui-même utilise ad nauseam sous l’œil des plus patentés lécheurs de cul. J’ai parfaitement conscience de proposer une épreuve douloureuse au lecteur, mais je crois qu’il faut voir et entendre ça pour se rendre compte de la bassesse des vues. Du courage !


On peut tirer une leçon générale de ce laïus populiste : quand on laisse ouvrir une partie des magasins le dimanche, il ne faut pas attendre autre chose de l’avenir que l’ouverture généralisée de tous les magasins ! Aujourd’hui, le VRP Luc Chatel cherche à amadouer les benêts en défendant le volontariat et la majoration salariale pour justifier le travail dominical. Mais dans quelque temps, si on laisse faire ça, on pourra s’asseoir à la fois sur la majoration salariale et sur le volontariat. On bossera le dimanche comme les autres jours, aux mêmes conditions, puisqu’on nous aura convaincus que le dimanche est un jour « pas plus long que les autres »… Et on trouvera toujours un président de la République quelconque pour caricaturer une situation et faire rigoler les demeurés.

Les turbinophiles ont toujours le mot « choix » à la bouche et on les comprend : quand vous vous adressez à des gens qui n’ont jamais aucun choix à faire, parce que trop coincés, trop pauvres, trop baisés par la vie, il est bon de leur faire miroiter ce bien rarissime, le choix. Ainsi, ils auraient enfin un choix à leur disposition ? Alléluia ! Ha, bien sûr, il ne s’agit que du choix d’aller bosser pendant que d’autres ne bossent pas : après tout, pauvre, n’ayant que ta force de travail, tu as le choix de l’utiliser ou pas…

Le travail le dimanche peut se justifier par la nécessité, par le caractère naturellement imprévisible des services à rendre (un hôpital, par exemple, ou un commissariat). Toute l’activité humaine n’est pas dans ce cas, loin de là. Il est évident que si AUCUN magasin n’était ouvert le 24 décembre, par exemple, la population se débrouillerait pour faire ses achats AVANT. Exactement comme chacun de nous se débrouille chaque jour pour acheter son pain avant que le boulanger ne ferme sa boutique ! Va-t-on demander l’ouverture PERPETUELLE des boulangeries parce que trois cons ne sont pas assez organisés pour y passer avant 20H ? En fait, on cherche à augmenter le temps d’ouverture au public pour augmenter mécaniquement les recettes. Mais alors, pourquoi ne pas ouvrir la nuit? Pourquoi ne pas laisser Carrefour ouvert continuellement 365 jours par ans, puisqu’il est si important de pouvoir faire ses putains d’achats en toutes circonstances? Pourquoi ne pas exiger des coiffeurs qu’ils soient au turf à quatre heures du mat? Quand un ministre a besoin de se faire raccourcir la mèche, comment fait-il, je vous l’demande?

Quand je circule en voiture le long des plus lamentables périphériques, je suis toujours effrayé à l’idée que des gens habitent ces immeubles dégueulasses, que des vies se déroulent là, au dessus du flux routier, dans le bruit et la misère esthétique la plus complète. Des gens qu’on a parqués ici et qui s’en contentent, faute de pouvoir faire autre chose. Mais on voit aussi que des maisons neuves viennent décorer les bords d’autoroutes, des lotissements complets qui, telles des mouches sur un étron fumant, s’agglomèrent au cul des bahuts. Des gens achètent ce type de maisons et la vie qui va avec. Ils sont volontaires pour ça. Devenir propriétaires doit leur paraître plus important qu’un détail comme 40 000 véhicules par jour sous les fenêtres. Ils ont eu le choix, et l’ont fait. Nul doute que parmi eux, on trouvera de nombreux volontaires pour bosser le dimanche ou faire ses courses, ce qui revient au même.

vendredi 3 octobre 2008

Statistiques: les femmes battues à plates coutures.

Otto Dix: Le massacre des innocents. Litho 1960.

Les violences conjugales sont un sujet qui revient dans l’actualité assez régulièrement, et assez régulièrement, on constate un manque de clarté et de précision dans les chiffres qui sont annoncés, et qui paraissent chaque fois énormes. En ce moment, une campagne de pub tente de convaincre les femmes victimes de violences, ou les personnes qui en seraient témoins, de réagir. Très bien. Mais nous avons un flou dans les chiffres qui laisse penser qu’on ne prend pas la chose avec tout le sérieux nécessaire. Dans LIBE , nous avons un article relatant cette campagne gouvernementale, et annonçant des chiffres troublants, « Hors ménage, ce sont 260.000 femmes qui ont été victimes de violences sexuelles en 2005 ou 2006, dont 130.000 d'un viol ». 130 000 viols par an (2005 OU 2006, le ou suggérant une constante des chiffres sur ces deux années), ça fait 356 viols par jour en France ! Ça paraît beaucoup, ça paraît énorme… Juste avant, l’article nous dit « En 2005 ou 2006, en France, 65.000 femmes et fillettes ont été mutilées ou menacées de l'être » (je ne sais pas si tu es comme moi, lecteur sensible, mais je ressens toujours un malaise à l’évocation du mot « mutilé ». Ça me semble le comble de la saloperie). Mais ces 65 000 femmes ou fillettes ont-elles été mutilées ou menacées de l’être ? La différence entre les deux choses est tellement considérable que le chiffre, considérable lui aussi, ne signifie ici plus rien. Menacer quelqu’un de lui « couper les couilles si j’t’attrape » n’est quand même pas la même chose que le faire réellement, non ? Et d’ailleurs, la simple « menace » et l’acte lui-même ne seraient pas punis de la même peine devant la justice, ce qui confirme qu’il y a une différence entre dire et faire. CQFD. Le journaliste qui écrit ça est donc un gros feignant.

A cet article curieux fait suite une INTERVIEW de Françoise Brié, de la Fédération nationale solidarité femmes, spécialiste de la question. Elle annonce que 10% des femmes sont battues par leur conjoint. Bon. Mais quand on passe au FIGARO, les chiffres changent ! Ici, on parle de 3,3% (trois fois moins, une paille !) et on précise même que « Une fois sur deux, c'est le conjoint qui est l'auteur des violences envers la femme à l'intérieur du ménage. », ce qui signifie que les violences dites « conjugales » tomberaient à la moitié de 3,3%... Sur ce sujet, je n’ai regardé que ces deux journaux, mais je propose au lecteur qui voudrait s’amuser d’un sujet dramatique d’essayer de trouver des chiffres concordants en consultant d’autres journaux… Avec de la persévérance, ça doit être possible.

Tous les « spécialistes » insistent sur ce fait : bien des victimes ne disent pas de ce qui leur est arrivé et ne portent pas plainte. Entre les victimes qui n’en parlent pas et les journalistes qui en parlent n’importe comment… Alors, on pourrait se demander si TOUS les sujets d’actualité sont traités de la même dilettante manière, ou si celui-ci est particulièrement maltraité. Dans le second cas, ça pourrait indiquer que les journalistes se foutent pas mal de la réalité, qu’ils ne vérifient pas ce que disent les « spécialistes », ou que les chiffres sont fantaisistes. En tous cas, il reste à espérer que les gens censés se mobiliser à l’évocation de ce problème n’auront pas un sens critique trop aiguisé…

mardi 30 septembre 2008

Un Oscar pour Ségolène!

Que le Spectacle commence!

Une société ne pouvait pas s’engouffrer dans le culte de l’image au point que nous connaissons sans produire un effet sur la politique elle-même. Quand des techniciens à catogan passent des semaines à peaufiner le look d’un aspirateur ou l’ambre d’une biscotte, on peut comprendre que les politiciens aussi soignent leur image. OK. Qu’ils le fassent avec cet affligeant conformisme et le redoutable mauvais goût que chacun constate est une autre histoire, mais nous ne pouvons pas espérer y échapper. A moins d’avoir les yeux totalement bouchés, on ne peut pas NE PAS se souvenir de Ségolène Royal des années 90 : grassouillette, laide, sans grâce, les dents de traviole. A l’époque, en revanche, elle n’apparaissait pas particulièrement débile, ni particulièrement brillante d’ailleurs : un ministre comme on en trouve à peu près partout, qui parle de ce qu’il fait semblant de connaître. Or nous avons aujourd’hui une diva au sourire florentin racontant à peu près n’importe quoi sur tout. On voit donc qu’elle a fait des efforts considérables dans le domaine qu’elle estime capital : le look. En quinze ans, elle a gagné en beauté plastique ce qu’elle a perdu du peu d’intérêt que ses mots pouvaient avoir pour les moins exigeants d’entre nous. Elle a sciemment changé en fonction de ce qu’elle croit que le Français attend. Elle n’a peut-être pas tort…

Le show de Ségolène Royal au Zénith met mal à l’aise pour deux raisons principales : parce qu’elle s’y montre d’une maladresse inouïe en tant qu’actrice (« on a honte pour elle » dit-on partout), mais surtout parce qu’on la voit enfin décidé à faire ce qu’il faut pour gagner : un spectacle. On le sait désormais, elle va mettre le paquet. C'est un pas de géant qui vient d'être franchi dans la starisation des élites politiques, là, sous notre blair. Qu’elle se présente au Zénith en nuisette pourrait surprendre : autant s’y habituer, cette tenue annonce clairement que l’intimité de la star sera servie à tous les repas. Qu’elle soit élue un jour, et les mises en scène pipolisées de Sarkozy nous paraîtront timorées en comparaison. Nous sommes là au seuil de son loft personnel, la loft story qui montre tout de Ségolène ! Nous l’avons vue en tunique flottante, nous la verrons en short, prenant négligemment son thé en culotte, sortant de son bain couverte seulement d’une serviette enroulée, la lumière éclatant sur les perles d’eau parsemant les épaules, nous la verrons peut-être au lit, éteignant dans un geste plein de douceur la lumière après la prière du soir…

Ségolène Royal: la chirurgie au service de la France.

Ce qu’elle dit ne mérite sûrement pas une analyse très fine : pour la finesse, qu’elle commence d’abord. Mais un simple coup d’oreilles suffit à confirmer qu’au contraire de ses cheveux, désormais bouclés, rien n’a changé dans le « message » royalien. Elle fait une longue litanie de ce qu’on reconnaît comme des mœurs politiques banales : pressions, menaces, trahisons, combats, oppositions, luttes, etc, pour prendre à témoin son public de faux jetons : voyez ce qu’ils m’ont fait ! Mais que veut-elle dire au juste, que les gens ne sont pas gentils avec elle ? Que le peuple, comme un seul homme, ne s’est pas levé pour lui donner les clés du pouvoir malgré ses adorables pommettes ? Que la politique est un dur métier ? Qu’elle est la seule à ne pas céder à ses règles ? Qu’elle n’a jamais fait acte d’autorité envers un détracteur, fût-il de son camp ? On a du mal à imaginer un candidat à la présidence d’une nation nucléarisée venir se plaindre publiquement qu’il fait un boulot difficile. S’il n’a pas les épaules, qu’il aille se faire foutre ! Et qu’il le fasse avant d’être élu, de préférence !

Rien n’a changé dans le discours ? Presque : soudain, elle demande « à quand les interdictions de délocaliser, de licencier… ? » (05: 53 sur la vidéo, allez-y voir) et là, c’est comme si le temps et l’espace se confondaient pour ouvrir autre chose, une ère comique et burlesque où plus rien n’aurait d’importance, où plus rien n’aurait de sens, un temps éternellement adolescent où chaque parole pourrait être dite au moment où le caprice le souhaite, sans qu’aucun rapport avec la réalité ne soit recherché. La parole spontanée, libérée enfin des contraintes du sens, de la logique, de la cohérence et de la vraisemblance. Par ces mots, que le show entier renforce, Ségolène Royal entre enfin dans la récente mais active tradition des responsables politiques français qui surent dépasser les anciennes règles du discours, surannées comme un vœu, démodées comme un serment. Du Chirac guevariste de 2002 au Sarkozy interventionniste d’aujourd’hui, en passant par le Raffarin compassionnel des années de plombs, elle n’est pas la première à se foutre des mots, à rigoler des concepts, à se torcher des conséquences, à dire l’inverse de ce qu’elle fait (ou fera) ni à chier dans la colle. Dans une même journée, dans le même instant, elle nous apparaît donc sexuée à mort ET divaguant totalement, elle se montre décidée à faire ce qui est sa profonde vocation, son unique projet : séduire. Il est incontestablement plus facile de séduire quand on s’est fait RETOUCHER LA BIDOCHE que quand on ressemble à un pneumatique hard discount, et quand on dit des choses magnifiques plutôt que la simple vérité. Le geste à la place du verbe, la beauté à la place de la stature, le sourire à la place du regard, la décontraction maladroite à la place du charisme.

Le meilleur candidat pour la France!

Sa gestuelle ferait honte à une élève de quatrième jouant dans un théâtre amateur le samedi après midi. On lui a conseillé de montrer son corps, de face, de ne plus poser derrière un pupitre censé représenter la barrière d’avec le peuple, de parcourir le plateau (« prendre la scène ») de long en large et de bouger les bras. Et de sourire, naturellement, mais la pauvre ne peut de toutes façons plus rien faire d’autre depuis sa dernière chirurgie plastique en date. C’est manifeste, elle fait une catastrophe de ces conseils-là. Les lèche-culs dont elle s’entoure lui passeront peut-être la main dans le dos en la félicitant, mais le reste de la France éveillée voit bien qu’en tirant un acteur sous-payé d’une série télé médiocre, pire : d’une série française ! on aurait fait cinquante fois mieux qu’elle. C’est d’ailleurs ce qui nous attend, en toute logique : les années qui viennent verront probablement apparaître sur la scène politique des candidats recrutés pour leur aptitude à parler (tout de même), à se comporter face aux médias et surtout pour leur plastique avantageuse. Comme les journalistes de télé, quoi ! Comme Carla Bruni, mais dans des fonctions plus officielles encore ! Quand on y pense, c’est tout bénef ! Aujourd’hui, le politique qui veut espérer un destin national doit entamer illico une cure d’amaigrissement, passer chez le maquilleur, chez le chirurgien esthétique, il doit embaucher un coach sportif, se farcir des livres sur la façon de parler du peuple, il doit lire l’Equipe chaque matin, il doit savoir se servir d’un ordinateur et répondre à la question « savez-vous ce qu’est un blog ? », il doit faire oublier son origine sociale privilégiée, faire du skate board, du vélo avec Michel Drucker, du free-style, il doit jouer d’un instrument (non, pas du violon : de la basse), ce qui fait beaucoup pour quelqu’un d’habituellement pressé, reconnaissons-le. Et puis il y a la barrière du physique. La chirurgie ne peut pas tout : on n’a pas encore réussi à donner l’allure de Clint Eastwood à un sénateur type. C’est donc écrit : nous aurons bientôt des acteurs, des gravures de mode, des beaux gosses et de superbes amazones comme dirigeants politiques. Quand on répète à l’envi que les politiques n’ont plus de pouvoir, que « tout a été fait » contre le chômage, et que toutes les idées se valent, il ne faut pas s’attendre à une grande fidélité de la part des électeurs. Et devant le niveau du discours et du débat politiques, on se dit qu’un acteur, même parfaitement idiot, pourrait y tenir un rôle sans trop se forcer. Si la politique ne sert à rien, pourquoi voterait-on pour des moches ? A tout prendre, un canon à l’Elysée, ça serait bon pour l’image de la France ! Choisis pour leur maîtrise de l’apparence et leur docilité, ces acteurs auront à jouer un rôle (gagner une élection présidentielle, par exemple), et devront par contrat secret laisser quelques conseillers occultes faire le vrai travail. Imbattables devant une caméra, ces pantins feront l’admiration de la ménagère et du patron de PME, empocherons les suffrages et laisserons leur nom dans l’histoire. C’est juste l’étape suivante de ce que Ségolène Royale tente de faire. C’est ce que le show du Zénith vient d’annoncer. Lecteur opportuniste, cours acheter des actions dans le domaine de la chirurgie dentaire ! Le pouvoir se gagnera avec les dents.

Philippe Muray l’a dit en son temps bien MIEUX que moi, Ségolène, c’est la femme d’une seule mission : sourire.

mardi 23 septembre 2008

Finlande: tout le monde descend

Avec Erasmus, viens étudier en Finlande!

L’information, qui est un grandiose piège à cons, consiste à chercher ce qui est nouveau, pour le donner en pâture au client. Que le nouveau soit la dernière robe d’une starlette ou un bombardement de clinique à l’autre bout du monde, qu’importe. Le client est satisfait : il a eu vent d’une chose dont il ignorait tout, qui ne le concerne généralement pas, et qu’il oubliera demain matin. Le must est atteint quand le « nouveau » n’en n’est pas du tout, et qu’on peut ressortir LES VIEUX ARTICLES. Je vais me gêner.

L’histoire se déroule en FINLANDE, c'est-à-dire nulle part…

lundi 22 septembre 2008

C'est le bonheur!

Un chercheur anglais vient de pondre une CARTE MONDIALE DU BONHEUR. Elle repose sur des enquêtes déclaratives auprès de citoyens du monde entier et sur des critères objectifs, comme la santé, la richesse, l’éducation, etc. Les Anglais, c’est connu, ne manquent pas d’humour.

Cette carte synthétise un CLASSEMENT, pays par pays, des endroits où le bonheur est le plus élevé, ou ressenti comme tel. Même si les critères qui l’ont construite ne me convainquent pas du tout, même si les questions qu’elle pose sont sujettes à caution, je trouve cette carte intéressante. Elle suscite en effet un étonnement de découvrir le classement du bonheur, la place que la France y occupe, le rang d’autres pays qu’on n’imaginait pas si folichons ! Et surtout, on est amené à s’interroger sur ce classement, à réfléchir à la question de ce qui importe peut-être le plus à la vie humaine, mais qu’on ne formule que rarement : le bonheur.



Evidemment, l’idée d’un bonheur global, collectif, d’un bonheur partagé nationalement est une absurdité. On ne peut pas imaginer d’autre juge au bonheur ou au malheur, que celui qui le ressent, l’individu. Ça pourrait même faire une belle série de questions : les lecteurs de ce blogue sont-ils heureux ? Ce blogue y contribue-t-il ? Ou, question ouverte par excellence, que faut-il pour que vous soyez heureux ?

jeudi 18 septembre 2008

Beauf story

On ne le sait pas forcément, mais Johnny Hallyday n’a pas fait que massacrer le rock : il a aussi massacré la bonne vieille chanson française.

Dans les deux extraits proposés, nous verrons d’abord Johnny au Sacha Show, en 1967. Il massacre une chanson des plus simples (deux accords, ré et la7) mais en lui apportant sa touche caractéristique : il prononce « gorile » au lieu de « gorille ». J’ai eu beau me pencher sur les plus complets dictionnaires de la langue française, je n’ai pas trouvé qu’un autre homo sapiens ait jamais appelé ainsi notre massif cousin.



Mais il ne faut pas être trop sévère avec les idoles. Après tout, même Johnny peut avoir un défaut ! Nous lui pardonnons donc sans hésitation.

Le problème, c’est ce second extrait, tiré quant à lui de la splendide émission « Top à Johnny », et qui date de 1972, c'est-à-dire de cinq ans plus tard. Surprise : Johnny s’obstine à ignorer ce qu’un enfant de cinq ans connaît déjà, et rebombarde « gorile » le quadrupède innocent. Notons au passage la difficulté rencontrée dès que le vedette se risque à faire une phrase : Wouah, le rock, c’est pas du blabla, tu vois ?



On me dira : tu tires sur une ambulance. Ben merde ! une ambulance comme ça, qui fit l’objet du culte nationalo raffarinesque, dont la France émue fêta le 60ème anniversaire comme elle fit, jadis, des funérailles formidables à Victor Hugo ! Une ambulance qui remplit non seulement les stades, mais ses poches ! une ambulance qui représente quelque chose pour des milliers de Francaoui pressés de payer de BELLES SOMMES pour l’entendre ! Et surtout, une ambulance qui sera honorée comme une icône nationale quand viendra l’heure de la Grande Soustraction et que, rendue au silence d’avant Lui, la France organisera un commerce de Sa Putréfaction... Ben merde !

Johnny n’est pas exécrable en raison de ce qu’il est : s’il fallait détester tous les nazebroques, on mourrait d’épuisement en moins d’un quart d’heure. Il représente simplement le triomphe du faux, le règne à prétention hégémonique des marchands de camelote. Il symbolise tout ce que l’époque met en place pour donner à bouffer de la daube au peuple ainsi méprisé : faux puits en plastique pour mettre dans le jardin, fausses poitrines de rêve, faux parquets imitation bois, yaourts « goût fraise », résidence de rêve à Palavos-les-flats, faux R’n B, fausses poutres apparentes en polystyrène, fausse « découverte de l’Egypte » en bus climatisé, faux événements soigneusement organisés par le Conseil régional, faux rebelles subventionnés, faux diplômes, faux emplois en CDD et tout ce que la tromperie invente chaque jour pour nous faire passer pour des cons.

Comme il est entendu que toute chose n’a de la valeur que si elle est dite « de masse », nous nous farcissons donc un « chanteur de masse » depuis près de cinquante ans (50 !) : ben merde !

mercredi 17 septembre 2008

Nostalgie d'avant-garde

Cadran solaire sur vieille pierre: art français. XXIè siècle.

Je ne suis pas un nostalgique, mais je regrette le temps où la nostalgie n’avait pas mauvaise presse. C’était le bon temps. On pouvait se permettre, luxe perdu, de parler du passé sans faire débuter sa phrase par la formule lâche qui ouvre mon texte. La nostalgie, en ce temps-là, n’était que le regret de voir les choses passer, et de savoir que ce mouvement nous attend tous. Evoquer la gloire du passé, c’était simplement souffrir de lui appartenir déjà, et pour toujours. Se savoir déjà mort, après tout, peut faire souffrir honnêtement. De là à demander un brin de compassion, ou simplement une tolérance, il n’y a pas grand crime.

Le passé est mort : comment l’évoquer sans lui marquer un certain respect ? Fait-on la bamboula dans les cimetières ? Danse-t-on aux enterrements ? Non, même sans être forcément sincère, l’homme civilisé se montre un peu retenu face aux morts. Si l’imbécillité ne l’a pas totalement gagné, il abandonne même les éventuelles rancoeurs au moment où disparaît celui contre qui elles s’exerçaient. Le pardon, l’oubli ? Je ne sais pas. Un apaisement probablement, fruit de la Grande Soustraction. Le souvenir des pires salauds est toujours moins nuisible, moins douloureux que les salauds eux-mêmes. Ils sont passés, ils ont néfasté tout leur soûl, mais réduits au néant, ils nous font souvent pitié. Alors, lorsque nous ne sommes plus historiens, nous pouvons nous aussi pardonner au temps d’avoir passé si vite. Un peu de retenue.

Il fut un temps où la nostalgie avait de l’avenir. Il faut dire qu’on n’avait probablement pas encore inventé le progrès, ni ses prêtres sourcilleux. On pouvait encore évoquer la douceur d’un passé sans paraître s’y complaire en jouisseur, et sans refuser qu’il vive encore un peu en nous. Vivre ne réclamait pas encore ce sacrifice. Aujourd’hui que le progrès (Progrès ?) est lui-même devenu l’objet d’une nostalgie clandestine, le Bien reprend le flambeau et, servi par ses implacables généraux, poursuit le nostalgique jusque dans les chiottes. C’est peut-être qu’en plus de sa sottise fondamentale, le curé du Bien se méprend sur la nostalgie elle-même. La nostalgie, ce n’est pas prétendre que « c’était mieux avant », c’est savoir que c’était tout aussi nul qu’aujourd’hui, mais qu’on y était, qu’on y vivait, et que ça nous a plu quand même. D’ailleurs puisque rien ne change, ou que le changement n’est rien, pourquoi aimer plutôt 2008 que 1978, par exemple ? Qu’est-ce qui fonde la supériorité de l’un sur l’autre ? Sa jeunesse ? Mais 2008 est tout aussi mort que 1978 : question de temps.

Il y a une douzaine d’années, je remontais souvent la vallée de la Saône vers le nord, depuis Lyon, pour m’enfoncer ensuite dans l’est rural de la Dombes. J’avais rapidement découvert un réseau de raccourcis plus efficaces, plus charmants, plus économiques que les voies expresses et les autoroutes, et qui me permettaient de traverser des villages sans intérêt. Un village sans intérêt est un village où il n’y a rien à voir, c'est-à-dire un village qui n’existe pas. Même dans le plus laid des patelins, il y a toujours quelque chose à voir : là aussi, question de temps. Le temps, justement, a passé. J’ai cessé de fréquenter ces parages et j’ai oublié les villages sans intérêt.

Il y a peu, une circonstance m’a de nouveau fait traverser le coin. J’ai retrouvé les anciennes routes avec la joie au cœur, heureux de reprendre à peu de frais, et pour une demi journée, ma vie d’alors. Mais j’ai découvert qu’en mon absence, on avait trouvé de l’intérêt aux villages qui n’en n’avaient jamais eu. Ces bleds-ci sont toujours aplatis le long d’une route bien droite, sans doute pour venir voir de loin les emmerdes : ça n’a manifestement pas fonctionné. Chaque village est maintenant annoncé par des lotissements, aussi roses, aussi laids, aussi minables qu’une publicité pour lotissement. La maison décrépite aux belles proportions qui se planquait depuis 1850 derrière son portail mal entretenu est maintenant enterrée derrière des haies de laurier toxique, des montagnes de barbecues made in Disneyland, des antennes paraboliques et des toits sans cheminée. Partout, le crépi rose bonbon, jaune ou rougeaud répond aux volets bleus, aux fenêtres en PVC et aux vérandas merdiques où rosissent des connes. Quand une piscine apparaît, d’autres piscines naissent, portées par l’esprit d’ostentation, par la jalousie de voisinage, l’émulation des blaireaux et la faiblesse du crédit. Piscines systématiquement bleu pétant, bien entendu. Une pincée de pavés autoblocants pour plage (je rappelle qu’il s’agit de béton coloré d’une épouvantable laideur), un grillage à poules comme horizon, et le nid est prêt !

Vivre mieux: c'est possible!

Cet empire du barbecue s’étend, il progresse sous nos yeux, il déferle avec la lente indifférence des cancers. Comme d’habitude, la stratégie d’évitement est la seule qui nous convienne. « J’aimerais pas y vivre ! », se dit-on dans un soupir, sitôt le virage passé. Mais en sortant du village, la vision dantesque revient : un autre lotissement ! Une nouvelle plongée symétrique dans le néant architectural ! Cette fois-ci, on a transformé un ancien pré à purin en coquette pâtisserie de parpaings : seize maisons sur 3000 mètres carrés forment l’asile idéal pour les dépressifs. Un ruban de goudron noir clinquant atteste de la fraîcheur du lieu, de sa récente effraction dans le monde paysan. Partout, des murets se construisent, on y plante le même grillage que les temps anciens réservaient aux clapiers, on y arrose un thuya famélique, mais qui saura bien fournir de la sciatique et du lumbago à deux générations de tireurs au cul. Un insensé a même déposé un faux puit gigantesque sur son copeau de terrain, opération douteuse qui a dû lui donner grand soif… Oh ! j’aperçois un cadran solaire Leroy Merlin (34€ 20), artistement fixé au dessus du PVS de cette baie vitrée ! « Tempus fugit » : comme c’est vrai. Ici, c’est une rocaille qui abrite une jolie source (en réalité, une bâche plastifiée noire où circulent pour perpette dix litres d’eau javellisée). Là, une vieille charrette chinée aux puces passe le temps dans l’oisiveté, trônant à côté d’un impressionnant four à pain d’autrefois flambant neuf ! Décidemment, ici, rien n’est vrai, tout repose sur l’apparence, soigneusement organisée autour du laid, rien n’est fait pour fonctionner, pour durer, ni pour avoir le moindre usage. On singe la réalité d’autrefois après l’avoir assassinée. La route asphaltée qui serpente entre ces fausses maisons essaye elle aussi, sans y parvenir, d’évoquer une ancienne façon de vivre que sa présence même insulte. Tout évoque une civilisation de feignants qui n’auraient pas un moment à eux.

Reconvoquer l'humain

Il faut bien que les gens se logent. Il faut bien que le candidat à l’embourgeoisement joue son rôle et prenne sa place. On ne peut pas tous vivre dans une vieille et belle maison. Oh, comme tout ça est vrai. Il faut de la laideur, je le reconnais, il en faut pour ceux à qui elle convient. Il faut de la médiocrité au prix du luxe, il faut faire vivre le BTP, il faut. Au lieu d’afficher Tempus Fugit sur une plaque de pierre reconstituée, nous devrions plutôt nous demander ce que nous laisserons aux générations futures. Nous-mêmes, nous avons hérité des villages, des villes, du réseau de chemins et de routes, d’un art de bâtir qui change de vallée en vallée, d’un art de l’appareillage qui s’adaptait au matériau local, et qui enchante le voyageur curieux, l’amateur. Nous regardons parfois de simples granges en enviant désespérément leurs proportions. Les villages répondaient à une façon de vivre qui n’existe plus, c’est ainsi. Mais notre façon de vivre, nos exigences puériles sous formes de pelousettes, de jardinets, de piscines à la javel, de garages refuge pour bagnoles en plastique, de maisons abominablement identiques, impersonnelles, standardisées, mondialisées, nos maisons de nulle part que l’on construit en fonction des normes de fabrication d’un vulgaire fabricant de portes en faux bois ou « d’escaliers béton » prêts à poser, notre surpuissante médiocrité industrialisée nous rend coupables d’un recul esthétique sans équivalent depuis les invasions barbares. Bâtir n’est pas une activité anodine. L’architecture est un art très particulier, au sens où on vit à l’intérieur des œuvres qu’il crée et que le monde, l’ensemble des gens qui fréquentent le monde, est son public. L’architecture est aussi l’image héritable de la société dans son ensemble. Un village, un bourg perdu, une cathédrale, un fort maritime, un pont : les œuvres d’un art social. C’est la société entière qui construit une cathédrale, un centre commercial, une rue piétonne et les colonnes de Buren. Et notre société laissera le témoignage de cet art de vivre là : le lotissement.

Les anciens ne bâtissaient pas des villages, voire de très beaux villages par bonté pour nous, pour nous permettre d’en jouir plus tard. Ils bâtissaient pour répondre à des besoins, au nombre desquels il y avait AUSSI le besoin d’harmonie et de beauté. Nous n’en n’avons plus besoin, c’est tout. Ce constat me remplit d’un sentiment : la nostalgie.

mardi 16 septembre 2008

L'écho de Rick Wright

Richard Wright, membre co-fondateur des Pink Floyd, vient de mourir, à l’âge de 65 ans. Pink Floyd est mort il y a bien plus longtemps, chacun le sait. Les amateurs de Pink Floyd ne sont jamais d’accord sur les mérites du groupe, ses meilleures périodes, etc. On ne voit pas trop pourquoi ils seraient d’accord sur quoi que ce soit d’ailleurs. Selon moi, qui suis né avec les Floyd dans les oreilles simplement parce que mon paternel les appréciait, leurs meilleurs albums se situent entre 1968 et 1977, c'est-à-dire entre Saucerful of secrets et Animals, avec tout de même d’excellentes choses sur The wall, faut pas déconner. Après le départ de Roger Waters, ça tourne progressivement en eau de boudin, en auto parodie pathétique. Une musique pour fans de solos de guitare. J’ai dit.



Pour honorer la mémoire de ce bon Rick Wright, rien ne vaut sans doute Echoes, l’un des morceaux emblématiques du groupe, l’un de ses plus beaux aussi, qui concluait le splendide Meddle (1971). Rick partage ici le chant avec David Gilmour. Ces extraits proviennent du film de leur concert à Pompeï, en 1972, concert sans public...

Celui qui n’a jamais écouté Echoes dans un de ces moments d’abandon où son corps n’est plus qu’un flux de douceur et de légèreté ne peut sans doute pas comprendre tout à fait ce que signifie ce morceau…

lundi 15 septembre 2008

Pas de crime impuni à Sarko City!

Encore une victime de l'insécurité!

L’an dernier, on apprenait que l’homme momifié retrouvé dans les glaces des Alpes italiennes (Otzi, pour les dames) était mort suite à une blessure causée par une FLECHE, dégueulassement tirée dans le dos. Il y a 5000 ans, en Europe, les salopards savaient déjà tirer à l’arc. Ce chasseur préhistorique, symbole européen, est l’objet des soins de plusieurs équipes de chercheurs, mais depuis ces découvertes, la dynamique semblait brisée, et la momie ne livre plus rien de nouveau. A la demande du Président de la République française, tout nouveau patron de l’Union, les chercheurs français de la mission TAZ (Tolérance Archéologique Zéro) ont pratiqué une analyse ADN de l’ensemble des matériaux disponibles afin, selon leur ordre de mission, « d’identifier le ou les auteurs de l’attentat, d’en déterminer les noms et adresses, et de les déférer à la justice de leur pays ». On ne sait pas encore si les descendants de ces assassins risquent de devoir s’excuser publiquement de leur attitude passée, mais une association de défense des chasseurs du néolithique s’est déjà constituée partie civile. Ségolène Royal, interrogée sur le sujet, s’est dit profondément choquée d’apprendre qu’il existe encore des gens assez barbares pour agresser des promeneurs à coups de flèches. Bertrand Delanoë s’est dit « globalement d’accord sur le fond », mais regrette qu’une position nette n’ait pas été adoptée par la Candidate lors de la dernière campagne présidentielle. Le Pèzident a quant à lui déclaré : « j’ai pris l’engagement de retrouver les auteurs de ce crime. Je ne reviens pas sur mes engagements. Les engagements que je prends sont sérieux, et les engagements sérieux, on ne peut pas les prendre à la légère. Qu’auriez-vous préféré ? Que je classe le dossier et qu’on puisse dire que le président de la République ne laisse pas la justice faire son devoir ?

Les Français bientôt couverts de médailles!

Peu de gens le savent, mais Xavier Darcos n’a pas toujours été dans la politique. Il est devenu ministre de l’éducation après un parcours atypique, qui a commencé dans le spectacle. Oui, Darcos (qui se produisait alors sous le nom de Darkos) a travaillé dans le cirque. Héritier d’une longue lignée de clowns, il a naturellement fait l’Ecole du cirque, d’où il sortit capable des plus grandes pitreries dans la plus parfaite discipline. Il fut un des clowns/ acrobates les plus précoces de France en montant le numéro qui le fit connaître du milieu : « Les surprises de Darkos ». A l’époque, mêlant les techniques du trampoline, celles de la clownerie la plus classique et, fait nouveau dans la discipline, celles de la rhétorique, il captiva son public au point de l’endormir.

Mais l’univers ludique du clown bientôt le lassa et, doté d’un physique massif, il engagea sa carrière vers le catch. Préfiguration de la lutte politique qu’il connut par la suite, ces années d’empoignades marquèrent à jamais son caractère et ses articulations. A l’occasion d’un gala en province en 1965, il combat contre Raffax, catcheur amateur notoire dans le Poitou, avec qui il va nouer une amitié qui changera sa vie… car Raffax n’est autre que Jean-Pierre Raffarin, l’homme qui fit entrer Darkos en politique !


Darkos contre Raffax. Une amitié naissante.


Des années plus tard, devenu ministre de la République, il lance toujours des expériences hardies, il amuse toujours la galerie en sachant parfaitement qu’il va se rétablir au moment où, le frisson passé, le public cesse presque d’y croire. Il vient donc de déclarer qu’il avait l’intention d’instituer une médaille pour les bacheliers ! Oui, une médaille (c'est-à-dire aussi une cérémonie de remise des médailles) pour chaque clampin qui réussit son bac… ça va en faire de la quincaille ! Un peu plus de 500 000 chaque année ! Une médaille ? Pour un exploit que presque tous les candidats réussissent ? Avec plus de 83% de succès, l’exploit serait qu’un candidat au Bac le loupe ! Si Darcos réussit son numéro, nous pourrons donc voir de nombreux jeunes gens ornés d’un colifichet brillant, façon médaille de concours de boules, déambuler dans les couloirs de l’ANPE en brandissant leur trophée. Armés ainsi pour la lutte que la vie leur réserve, ils pourront toujours s’inscrire à un concours de belle jambe, en attendant leur première mission d’intérim.

vendredi 12 septembre 2008

Qui est Collins?

Le Minnesota. Une palpitante contrée.

Ce soir, je rentre chez moi (22H30), je réponds à quelques mails, puis je vais choufer sur les sites de quelques journaux à la recherche d’infos sur la visite du pape en France (je sais, j’ai qu’ça à fout’). Je tombe sur la déclaration ubuesque du Pontif en blanc, rapportée par Libé, qui dit qu’une culture sans Dieu serait « une capitulation de la raison » … et je comprends que la pape a certainement étudié Sarkozy dans le texte : comme lui, il pratique l’art d’associer des contraires absolus dans ses phrases, il balance des énormités, sachant probablement qu’elles ne sont pas destinées à être suivies d’effet, ni de critiques. Passons.

En fait, c’est dans le Figaro que je vais trouver l’information importante, celle qui manquait à ma journée pour que je puisse me coucher tranquille, sûr d’avoir rempli ce jour avec profit : « Collins se blesse au golf ». Sous cet énigmatique titre, une phrase censée éclairer le lecteur nous apprend que « le pivot de Minnesota » s’est blessé à l’épaule. Le pivot de Minnesota, je sens le gros coup. En vérifiant sur l'article en question , je réalise l’horrible réalité : le Figaro fait un article sur un joueur de foot américain, ou de base ball, ou de basket, qui s’est cassé la gueule comme un con. Qu’est-ce que les péripéties de la vie des sportifs d’un autre continent et qui n’en sortent probablement jamais peuvent bien foutre au Français moyen ? A part des membres de sa proche famille, qui peut trouver le moindre intérêt à apprendre ça ? Ce Collins n’est pas, que je sache, un acteur important de la vie publique en France. Il n’a jamais trempé dans aucun scandale sportivo financier, merde ! Je comprendrais qu’on relate les déboires d’un Zidane, d’un Bigard, même d’une M.A.M. ! mais un joueur ricain qui se fout de la France comme de son premier million de dollars… et pourquoi ne parle-t-on jamais des cors au pied d’un sumotori nippon, de la gueule de bois d’un haltérophile russe ? Comment est-on arrivé à ce point de colonisation « culturelle » ? Depuis une dizaine d’années, on s’est progressivement mis à balancer les résultats des matches de basket américain dans les médias français, sans qu’aucune commission d’enquête parlementaire soit constituée pour trouver les causes de ce fléau, identifier les responsables et raser leurs maisons ! C’est un scandale national ! Comment peut-on imaginer un instant que des habitants de ce pays en voie d’abrutisation puissent attendre un classement de championnat de basket ball qui se déroule à 5000 bornes du périph ? Et si c’était le cas, pourquoi laisse-t-on de tels cons se reproduire ? On voit pourtant progresser cette peste. Et maintenant, c’est l’information pipolisée qui prend le relais. Bientôt, on aura droit aux photos de mariage de deux inconnus (dont l’un est quaterback à Bouseville – Kentucky) à la une du Monde !

Que l’information soit un piège à cons est une chose établie. Qu’elle devienne en plus ce miroir du néant qui nous envahit, ça va me gâcher le sommeil.

jeudi 11 septembre 2008

Siné est mort.


Siné est un mec qui arrive à rendre la mauvaise foi, l’aveuglement et le simplisme supportables. Il a la force de ceux qui, contre l’évidence, continuent à croire que l’image qu’ils ont formée du monde est meilleure que le monde lui-même. Il s’est fabriqué une grande mythologie, empruntée à de grands cons anciens, où tout ce qui n’obtient pas son approbation est voué à la fosse d’aisance. Dans sa vision du monde, une chose très pratique est à remarquer : les gentils et les méchants sont séparés par une ligne blanche bien visible, bien droite, et il n’y a qu’à comprendre quel est le bon côté pour savoir définitivement où diriger la lapidation. A toi, lecteur subtil, ce procédé paraît simpliste, injuste et faux. C’est normal : c’est juste parce que tu n’as pas suffisamment foi dans le Progrès ni dans l’Anarchie. Siné, lui, il y croit. C’est, en dépit de ses gueulements, l’un des citoyens les plus croyants qu’on puisse trouver dans la France post-chrétienne. On peut donc lui reprocher beaucoup de choses, ou n’être simplement pas d’accord avec lui sur tel ou tel point, mais cette foi est là, elle structure son discours (à défaut de le rendre vrai), elle est une colonne vertébrale qui lui permet de rester debout quand les arguments de la raison et les faits devraient le ratatiner. C’est un entêtement dont je suis personnellement incapable, et que j’admire : hommage du doute à la brute. Il est néanmoins évident que je n’aimerais pas avoir à discuter avec un tel bouché.

Dans l’affaire qui l’oppose à Philippe Val, la bonne foi est de son côté, de toute évidence. Son article est dans la lignée de ceux qu’il pondait chaque semaine : vachard, brutal, parfois marrant. Qu’on parle d’antisémitisme parce qu’il évoque « une jeune héritière juive » revient à prétendre qu’il est désormais interdit d’associer les mots « juif » et « riche ». C’est absurde. Siné a-t-il prétendu que tous les Juifs sont de riches héritiers ? Non, l’affaire est entendue : il n’a pas été viré pour ça, il a peut-être une « bonne » raison à son licenciement, mais ce n’est pas celle qui est mise en avant.

Siné est une teigne. A ses ennemis, il ne sait rien dire mieux qu’un énorme « merde ! » et il prétend le prouver en sortant un Siné Hebdo qui prétendait « chier dans les bégonias ». On se délectait d’avance. Mais voilà, aujourd’hui que le brûlot est sorti, on est bien obligé de constater la parfaite santé des bégonias. Siné Hebdo est une insignifiante crotte, un morceau de néant sorti d’un asile de vieux. Siné a redonné de la vigueur au terme « poussif » ! Il a fait perdre de la hauteur à la médiocrité ! Cet enragé n’a réussi à mordre rien d’autre que la poussière ! Sans prendre parti et en essayant d’être le plus distancié possible, on est obligé de reconnaître que c’est largement moins bon que Charlie Hebdo ! Tout ça pour ça ? A-t-on le droit de faire un canard lourd et moribond-né quand on a claironné avec autant d’aplomb qu’on allait embraser le cosmos ? Plus qu’une misère technique, plus qu’une absence factuelle de choses drôles et enlevées, ce Que Dalle Hebdo souffre d’un manque d’esprit, un essoufflement congénital. C’est un assemblage de noms qui n’ont peut-être en commun que de vouloir donner un coup de main au vieux, mais qui ne savent pas quoi foutre ensemble. Ce pseudo canard méchant pue le Viagra à plein nez ! la bandaison, papa, ça n’se commande pas ! A part un excellent dessin de Loup et une BD rigolote de Delépine et Aranega, on se fait chier de pages en pages à lire les articulets anémiés de chantres de la révolution violente et permanente. Companieros ! vous vouliez casser la société, et vous n’arrivez même pas à casser la baraque !

Bien qu’il n’ait jamais accordé la moindre attention à la réalité, Siné devrait quand même se rendre à celle-ci : il est bon pour la retraite.