dimanche 14 octobre 2018

Nah'din Lyon


Depuis qu’il existe, le touriste est objet de moqueries. C’est comme ça, c’est un fait universel, parfaitement justifié, que nul ne pense à discuter. Il semble né pour deux choses : payer plus cher dans les restaurants et recevoir des moqueries dans le dos. C’est ce qu’on appelle un couillon. Mais la meilleure moquerie, la plus sincère, la plus mordante même ne remplacera jamais la critique ni le mépris. Cette semaine, l’actualité lyonnaise nous donne l’occasion de détester (encore plus) les touristes : raison suffisante pour ne pas se faire prier.


mardi 2 octobre 2018

La dernière page.


C'est la règle de la vie : l’une après l’autre, les pages se tournent. L'an dernier, avec les disparitions de Michèle Morgan et Danielle Darrieux, dernières survivantes d'un âge d'or qu'on n'est pas près de revoir, se refermait le livre des comédiens d'avant-guerre.

Aznavour, lui, était le dernier d'une race également disparue, celle des grands chanteurs-auteurs des années 50 et 60, race prolifique s'il en fut, qui ne sera peut-être plus comprise dans trente ans. Vous me direz qu’il existera toujours des gens doués qui écriront de belles chansons. C’est vrai, mais celles-ci ne seront probablement plus entendues, parce qu’un spécialiste du marketing aura décidé que le marché n’est pas porteur, ou que la tendance du moment est aux chanteuses piercées qui tirent la langue.

dimanche 2 septembre 2018

Burgalat- Ce qui est beau dans le rock fane



Quoique les relations que j’entretiens avec mes contemporains se réduisent de jour en jour, et pour le bien de tous, au strict minimum, il m’arrive encore de tenir avec certains d’entre eux ce qu’on appelle des conversations. L’une d’elles m’a révélé une chose stupéfiante : il existe encore des gens qui ne connaissent pas Bertrand Burgalat. Je ne parle pas, évidemment, de jeunots, gibiers de baccalauréat avec mention, tout juste capables de déchiffrer les sujets bateaux avec lesquels le Rectorat les mène en barque. Non, je parle de personnes d’âge mûr, d’hommes faits, de femmes établies, enfin de spécimens vivant depuis plus de trente-cinq ans dans ce pays, appartenant à la catégorie des gens pas tout à fait décervelés par la télévision et les loisirs dominicaux. Eh bien, il en est, de ces élites-là, qui ne savent pas qui est Bertrand Burgalat ! A leur décharge, il faut dire que Burgalat n’est pas le chouchou des médias, trop occupés à farcir les OHD (oreilles humaines disponibles) avec de jeunes pousses sortant d’un moule usé jusqu’à la fibre. Et puis, comme il le regrette lui-même, il n’a jamais fait de tube, sésame indispensable pour attirer l’attention de ce gros feignant qu’on appelle le grand public.

dimanche 8 juillet 2018

L'oeil et le coeur de Willy Ronis



Pour les parisiens. En ce moment a lieu une exposition (gratis) des photos de Willy Ronis au Pavillon carré de Baudoin, rue de Ménilmontant, dans le XXème arrondissement de Paris. J’incite fortement les lecteurs qui le peuvent à s’y rendre avant le 29 septembre. Après, ce sera trop tard.

Ceux qui ne connaissent pas Willy Ronis y trouveront une façon efficace de le découvrir (c’est un des plus grands photographes français du XXème siècle, tout simplement, et mon préféré) ; ceux qui le connaissent déjà pourront peut-être goûter, comme moi, l’effet que Ronis produit sur l’esprit.

mercredi 4 juillet 2018

Tranche de vie chez les neuneus.



Il y a environ vingt-cinq ans que j’ai renoncé à la télé, comme l’on dit. Elle n’avait jamais tenu une place importante dans ma vie de toute façon. Sa mise à la poubelle n’a pas représenté pour moi un sacrifice ni une épreuve : je l’ai jetée comme on se débarrasse d’un truc honteux dont on craint èque les voisins apprennent qu'on s'en régale. Cette séparation définitive m’a mis à l’abri d’un nombre important de merdes, au premier rang desquelles les émissions dites de télé-réalité. Je n’ai jamais vu aucune d’entre elles. Cependant, j’affichais la prétention d’avoir un avis pertinent à leur sujet, de connaître leur contenu comme par instinct. Erreur : on a beau être le plus persifleur des misanthropes, on ne s’approche jamais de la vérité sur les hommes. Quoi qu’on en pense, quelque malédiction qu’on prononce, quelque constat cruel qu’on fasse, il reste toujours du mal à en dire. Même enragé, le misanthrope se surestime : il patauge comme il peut d’euphémismes en euphémismes.

samedi 17 février 2018

L'éternel féminin


Selon une formule ancienne mais promise à un avenir considérable, on ne lit plus Rémy de Gourmont. Ce nom propre placé en fin de phrase peut naturellement être remplacé par une liste impressionnante d’équivalents. Rémy de Gourmont fait partie de ces littérateurs du XIXème siècle, à la fois érudits, romanciers, poètes, chroniqueurs, critiques, incarnant ce que les humanités ont pu produire de plus solide. Chez Rémy de Gourmont, c’est le chroniqueur qui a ma préférence. Rassemblées en volume sous le titre Epilogues, ses chroniques des années 1895 à 1898 nous renseignent parfois sur notre époque. Au chapitre traitant des féministes, on trouve :

« (…) En certains États de l’Amérique du nord, où elles sont maîtresses, elles ont fait fermer les cabarets, les bars, les cafés, les cercles, les théâtres. Bibliques, elles ont ordonné la stricte observance dominicale, défendu les bals, les jeux - et les mauvaises mœurs. Une police immense surveille tout. Pour se faire délivrer un grog – même américain – il faut une ordonnance de médecin et les manipulations de l’apothicaire, qui seul peut vendre les alcooliques poisons. C’est le moyen-âge de la légende ; ce serait l’opéra-bouffe, si ce n’était l’enfer. Elles ont ainsi obtenu une société idéale où tout est sacrifié à la famille, à la femme, à l’enfant, - société toute théorique, car l’Anglo-saxon est hypocrite et nul, pas même sa femme, ne peut l’empêcher de se saouler à domicile, mais société légale qui a épouvanté les voyageurs européens. (…) »

samedi 20 janvier 2018

Victimes triomphantes



Quand j’étais gamin, un danger de la vie quotidienne nous guettait tous : rencontrer un type sortant du cinéma, d’une salle où l’on avait donné un film dit de karaté. La chose était assez courante, à l’époque, et générait une sorte d’enthousiasme guerrier chez de très nombreux cons (les cons ont toujours eu cette faculté magique d’être nombreux). Exalté et rendu téméraire par une heure dix de fantastiques coups de pieds, le couillon de ces temps-là sortait du cinoche avec la ferme intention de prendre la relève de son héros : malheur au maigrichon qui croisait alors sa route, un regard suffisait pour déclencher une avalanche de mawashi-geri souvent maladroits, mais énergiques. Avoir vu Bruce Lee disperser les méchants à coups d’atemis libérait, chez le boutonneux, une agressivité mimétique mêlée d’admiration : à lui aussi il fallait son quota de faire-valoir à ratatiner, et sans tarder ! Notons bien que le jeunot n’aurait jamais pensé à s’identifier, dans le film qu’il venait de voir, à celui qui se prend la raclée. Seul Bruce Lee, ou son équivalent, faisait l’affaire. C’est qu’en ces temps-là, les jeunes étaient déjà cons, certes, mais pas totalement désorientés : les héros vainqueurs servaient de modèles sans qu’on eût besoin d’expliquer pourquoi.

lundi 25 décembre 2017

Le morceau du jour qui serait jugé politiquement incorrect aujourd'hui


Il se dit ici où là qu'il ne faut plus souhaiter un "joyeux Noël" aux gens, mais de "bonnes fêtes"... Le bonnes fêtes a l'avantage d'être vague et de s'adresser littéralement à tout le monde. Quand on affirme qu'on aime "l'humanité" (dans une chanson de la Nouvelle scène française, par exemple), on est suffisamment vague pour aimer tout le monde, mais personne en particulier. Quand, autre exemple, on aime les pompiers, qui sauvent des gens dans des situations scabreuses, on peut le prouver en leur donnant du fric, en achetant leurs brioches ou leur calendrier affreux. Quand on aime l'humanité, en revanche, on ne peut pas le prouver par un acte. Un type qui aime l'humanité, il faut le croire sur parole... Le "bonnes fêtes" est dans cette catégorie : il ne s'agit plus que d'une joie abstraite, désincarnée, tellement générale qu'elle peut aussi bien ne pas être du tout une joie, ni une fête. Comme tout ce qui est politiquement correct, nous nous retrouvons devant un anti-mot : vocable qui ne signifie ni ne spécifie plus rien.

Al Green, lui, cessa une carrière d'artiste soul bien partie pour être une des plus belles, pour se consacrer uniquement au petit Jésus, et à Dieu, son papa (comme chacun le sait). Il sombra dans le gospel comme d'autres font dans l'alcoolisme. Avant cela, il nous fit don de quelques morceaux d'anthologie soul rarement égalés. Tiré de l'album Call me (1973), ce bijou de musique chrétienne...


dimanche 17 décembre 2017

L'interdiction du mois - rouler à 90Km/h sur les routes


En démarrant, il y a trois semaines, une rubrique intitulée « l’interdiction du mois », je comptais bien avoir le temps de glander entre deux dénonciations rageuses. Connaissant le goût moderne pour la contrainte (dans un concert assourdissant de paroles libertaires, libérales, et libertophiles), j’imaginais qu’une chronique au rythme mensuel rendrait compte de l’activité des fanatiques qui, sans relâche, trouvent et imposent toujours plus de limites à la liberté de ce dangereux personnage nommé Autrui. Hélas ! Ces cons-là ont le vent mauvais en poupe, et filent avec un entrain de bacheliers vers l’horizon marron des lendemains qui fliquent. Cette semaine, donc, la nouvelle interdiction qui nous menace est d’ordre routier : ne plus dépasser 80km/h sur les routes départementales.

Si cela ne dépendait que de moi, il n’y aurait plus une seule voiture en France. Plus une voiture, plus un m² de goudron, plus de tire-fesse, plus une piscine, plus un seul golf, plus de parcs à jeux, plus de musées et, naturellement, plus d’écoles. Le retour de la préhistoire, ce serait. Et, pour être plus sûr, la préhistoire à ses débuts ! Tous à pinces, et chacun avec le droit d’aller se faire enculer. Ça simplifierait à peu près tous les problèmes qui nous accablent. Les bouchons quand tu pars à la neige ? Fini. Les encombrements parisiens ? Oubliés ! Les connasses qui te bloquent la rue quand elles déposent leur lardon juste en face de la porte de l’école, là oùsque la voie est justement rétrécie pour ne laisser passer qu’une seule voiture à la fois (Sainte sécurité, priez pour nous) ? Ter-mi-né ! Plus jamais ça ! Alors, l’abaissement de 10km/h sur les routes, à côté de mon programme à moi, ça ressemble au pet d’une mésange au-dessus d’un camp de manouches !

mercredi 6 décembre 2017

Mort de Johnny : on vous l'avait bien dit !


Johnny Hallyday est mort. Cette nouvelle semble surprendre le cosmos, qui voyait dans le yéyé un phénomène promis au millénaire. Comme souvent, nous annoncions la chose ici même, en janvier 2008. Dix ans d'avance, c'est un peu la norme chez Beboper...

Ça commençait comme ça...
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Plus près de toi...

La mort de Carlos, dont il était l’ami, a rendu Johnny Hallyday un peu nerveux. Lui qui misait sur la chirurgie inesthétique pour conserver l’air en forme, est arrivé à une conclusion très peu yéyé : on est bien peu de choses. Comme son autre ami Nicolas Sarkozy, Johnny Hallyday est très catholique, il pratique non seulement la moto chromée et la machine à abdo-fessiers mais aussi la messe, dont on dit qu’il est fou. Et comme il avoisine l’âge de raison (65 balais en juin), il a décidé en même temps d’arrêter les tournées, de se mettre à la guitare et de préparer ses funérailles.

mercredi 22 novembre 2017

L'interdiction du mois - Fumer dans les films.



La France possède un ministère au nom curieux, le ministère de la santé, censé tout mettre en œuvre pour favoriser la bonne santé des gens, y compris ceux qui ne lui demandent rien. Comme cette grand-mère qui couvre de trois pulls en laine son petit-fils de douze ans, le ministre de la santé prend des mesures avec l’absolue certitude d’œuvrer pour le bien du populo. Le ministre actuel ne manque pas d’idées pour répandre ses baumes apaisants sur une population qui se porte pourtant bien, qui vit longtemps, si l’on compare nos chiffres avec ceux de ces abrutis d’étrangers. Qu’importe ! Comme le bon docteur Knock, un ministre saura toujours sortir un chiffre effrayant pour prouver que le patient vigoureux est un malade qui s’ignore. Il meurt un contribuable toutes les 24 secondes, monsieur ! Inacceptable ! Un mort sur trois est un fumeur, un mort sur sept est un fanatique de la charcuterie, un mort sur vingt n’a pas de statut Facebook ! Plutôt que reconnaître que tout le monde meurt, un ministre de la santé essayera toujours de nous faire croire que des catégories particulières de gens meurent plus que les autres… Comme si un fumeur de Gitanes mourrait trois ou quatre fois de suite, avant que sa voisine, bigote vegan ne faisant aucune folie, ne livre son dernier souffle. Privilège indécent ! Cumul des enterrements ! Discrimination des asticots !

lundi 16 octobre 2017

Il faut interdire la musique !


J’ai été mis récemment devant la vidéo ci-dessous. A cette occasion, j’ai appris qu’un type nommé Grégoire existait, qu’il vendait des disques en tant que chanteur, quoiqu’il soit probablement le fruit des amours bruyantes d’un chacal enrhumé avec un troupeau de chèvres. Dans la vidéo, on voit que ce nasique joue dans le hall de la gare de Lyon où, depuis plusieurs années, un piano est mis à la disposition de la foule.


Un piano dans un hall de gare. Aucun espace civilisationnel au monde n’est plus bruyant qu’un hall de gare, entre les trains qui arrivent, ceux qui partent, entre les annonces des trois cents haut-parleurs, les cris des gosses, les vagissements des petits, les gueulements de chacun, le bruit des valises à roulettes, le piano apparaît comme l’élément indispensable pour faire de cet endroit atroce la légitime demeure de Belzebuth.

vendredi 6 octobre 2017

Catastrophe heureusement

Bombardés que nous sommes des sons et des bruits de l'industrie du divertissement musical, il nous arrive pourtant de dresser l'oreille, immédiatement - réflexe que nous croyions tari, à l'étrange, au beau renouvelé, à une renaissance. A quelque chose qui, enfin, ne se situe pas en-dessous de nous, dans les zones pelviennes épuisées de boumboum, mais nous surplombe, nous prend de haut, et nous y attire.

Album disponible chez l'excellent Tricatel (http://tricatel.com/site/ )









jeudi 27 juillet 2017

Ce sont mes couilles



Il y a trois semaines, assis sur un strapontin dans le métro, j’ai vécu une expérience anodine mais qui prend, ces jours-ci, une signification manifestement prophétique. Voici : dans la rame du métro, les strapontins vont par deux. L’un est situé contre le flanc même du métro, l’autre est placé du côté du couloir. C’est ce strapontin qui recevait, cet après-midi-là, la part la plus symétrique de ma personne. A la station Bastille, une flopée d’ahuris viennent s’ajouter aux occupants en place, et une femme piriforme vient s’asseoir à côté de moi. Plus précisément, elle s’assoit en partie sur moi, car ses hanches, larges comme l’arrière d’une fourgonnette, dépassaient de beaucoup les dimensions prévues par les ergonomes de chez Alstom. Quoique rondelette, cette femme ne s’approchait pas du quintal, mais ses formes éminemment féminines répartissaient dans la partie inférieure du corps l’essentiel de sa masse. Derechef, je glisse mon infime cul sur la gauche, laissant à ma fesse droite la mission de supporter seule le reste du parcours. Je fis ainsi de mon mieux pour laisser à cette femme la place revendiquée par son imposant fondement, en conservant quand même le privilège inconfortable d’être assis à 50%. Dans cette situation, croyez-moi, nulle trace d’une quelconque émotion érotique, du moins pour ce qui me concerne. Je restai, indifférent, cinq bonnes minutes calé contre les fesses d’une géante inconnue, comme un hameau paisible aux pieds d’une montagne…

mardi 25 avril 2017

Le macronisme atterrant


J’ai vécu.
J’ai connu le giscardisme, le mitterrandisme, les lendemains qui refusaient de chanter, le chiraquisme ventilatoire, le sarkozysme pétaradant, le hollandisme ectoplasmique. J’ai vu des ratages, j’ai vu des impasses.
J’ai vu Jean-Pierre Raffarin, et j’ai vu Edith Cresson.
J’ai été témoin de reniements, de boniments, et de ressassements de boniments. J’ai vécu le baratin et j’ai vécu l’embobinage. J’ai observé la sottise populaire, l’aveuglement et l’amnésie jouant ensemble en toute candeur.
J’ai vu les mêmes causes produisant sans cesse les mêmes effets, et les mêmes recettes produisant sans répit la même purée.
J’ai entendu les explications et les expertises, et les ai vues se désintégrer sur le front obtus de la réalité.
J’ai vu des enculages plus formidables que les colonnes d’Hercule.
J’ai vu les millions d’emplois nouveaux nous passer sous le nez, tandis que disparaissaient les millions d’emplois anciens. J’ai vu des absurdités reprises en chœur par des millions d’idiots. J’ai vu les alarmes des pessimistes ravalées au rang d'euphémismes tièdes. J’ai vu les entourloupes et les pantalonnades. J’ai vu les promesses n’engager et ravir et ensevelir que ceux qui y croyaient.
J’ai vu disparaître un pays.
Mais je n’avais encore jamais vu un peuple votant majoritairement pour un banquier, un énarque, un inconnu adorateur du Marché, multiculturaliste radicalisé, mondialiste forcené, libéral fanatique, européiste extrémiste et ami du CAC 40. Je n’avais jamais vu une nation aux cinq millions de chômeurs choisir dans l’allégresse de continuer sa route comme si de rien n’était.
Je n’avais jamais vu une jeunesse sacrifiée s’en remettre au fils de ses bourreaux.
Je n’avais jamais vu Emmanuel Macron Président de la République.
Je verrai peut-être cela dans quinze jours.
Je suis atterré.


jeudi 9 mars 2017

Les gens qu'on déteste : les femmes enceintes



Ce ne sont pas les occasions de détester nos semblables qui manquent, c’est le temps. A l’homme moderne, il n’est pas permis de répandre sa haine sur tous ceux qui la mérite, faute de temps libre, et d’énergie. A briguer une haine sans exception, on s’épuiserait vite. Nous sommes donc contraints, (avec quels regrets !) de faire une distinction parmi les gens qui n’en ont aucune, et de sélectionner une élite entre ceux qui insultent jusqu’à la notion d’élite. Comme l’a dit un éminent philosophe (que, par modestie, je ne nommerai pas), s’il fallait courir mettre une gifle à tous ceux qui le méritent, la vie ne serait plus qu’un interminable galop. Cette semaine, je vous propose de détester les femmes enceintes.

lundi 13 février 2017

Al Jarreau VS François Mitterrand

1981. Le socialisme déferle sur la France, fille aînée de l'Eglise et belle-soeur de la Loterie nationale. A la télé, on entend parler de "contrôle des changes", de fuite des capitaux, de nationalisations, de Grand soir... On veut que des têtes tombent, et on veut qu'elles tombent vite. La logorrhée atteint des sommets jamais vus depuis 1968. Des tas de gens sont très contents mais on n'arrive pas bien à comprendre pourquoi. Dans les écoles, les profs arborent des badges aux armes du PS. C'était avant l'interdiction du port des signes religieux ostensibles...
Moi, dans ce temps-là, j'entends ça à la radio. Je l'enregistre bientôt sur mon poste à cassettes et je me le repasse, encore et encore, sans en comprendre un seul mot, je me l'écoute cent fois jusqu'à ce que mon paternel, n'y tenant plus, me menace d'une énorme baffe.



Al Jarreau, on était quelques uns à en parler à l'école, c'était l'absolu du rythme pour nous, c'était un truc incompréhensible, qui nous est resté dans le cœur bien plus, oh oui, bien plus que le socialisme de monsieur Mitterrand.



vendredi 27 janvier 2017

Le mutant de la semaine - Le coprophobe canin




Le libéralisme politique, dans son volant juridique, produit continuellement de nouveaux droits, de nouvelles procédures, de nouvelles juridictions qui étendent toujours plus loin leurs compétences et leurs prétentions. On voit, ainsi, des tribunaux belges inculper un Tchadien pour des merdes qu’il aurait semées en Afrique, ou des tribunaux espagnols demandant aux Anglais d’arrêter un président dictateur chilien en villégiature à Londres. On nous dit que c’est pour notre bien, et qu’il faut poursuivre les méchants où qu’ils se trouvent sur Terre. Magnifique. On a même essayé d’inculper des dirigeants américains et israéliens (ciel !), mais on a vite compris que la justice totale devait d’abord se faire les dents sur les lampistes.

A l’intérieur des pays, on juge désormais le caractère humain d’une personne en fonction de son acceptation sans condition des droits « nouveaux » que le pouvoir octroie à des catégories toujours plus fines de clients. Ainsi, le principal argument des partisans du mariage homo fut : « qu’est-ce que ça peut te foutre, couillon, c’est un droit supplémentaire pour des gens, ça t’enlève pas le tien ! ». Il est donc écrit que le futur se résumera à une grosse et interminable addition, et que nous n’aurons rien de légitime à y opposer.

lundi 7 novembre 2016

Qui voterait pour un porc ?



Dans La ferme des animaux, George Orwell imagine que les animaux se révoltent contre les hommes, et leur ravissent le pouvoir. Les cochons étant connus pour leur intelligence, ils prennent évidemment le pas sur les autres bêtes, et dirigent bientôt leur petit monde d’un groin de fer. La dictature qu’ils mettent aussitôt en place a au moins un avantage, elle dispense de devoir se poser cette question : et moi, voterais-je pour un porc ?

jeudi 22 septembre 2016

Les Gau... les Gogos... les Gaulois !


Il faudrait être tombé bien bas pour se mettre à commenter les déclarations, les petites et grosses phrases de monsieur Sharkozy. Il faudrait être tombé encore plus bas pour commenter les réactions des journalistes à ces mêmes phrases, ou celles de Vélo-Bêle-qui-s'aime, d'Alain Jupet et consorts. Il paraît même que Myriam Elle-Khomriz (oui!) a dit quelque chose au sujet des Gaulois : qu'elle profite bien du micro qu'on lui tend encore, car son nom tombera inexorablement dans l'oubli, pour n'être plus associé dans la mémoire collective qu'à la plus calamiteuse loi de ces trente dernières années. Elle-Khomriz a un truc à dire sur les Gaulois, putindmerd, et on ne le savait pas !!

Non, nous ne sommes pas tombé si bas. Ces cons-là peuvent y aller sans retenue, à leur habitude, nous ne nous intéressons plus à leurs balnaves. Pour toute personne qui a des yeux pour voir, une tête pour relier les choses entre elles, une mémoire pour ne pas les oublier, et un cœur pour juger, ces coquins-là ne méritent que le coup de soulier. Un bon gros coup de tatane dans le figne !

Mais des Gaulois, il se fait que nous en parlions, justement, ici-même en octobre 2007, pour en dire ce que les journalistes et les peigne-culs ne veulent toujours pas entendre. C'est d'ailleurs un peu pour ça qu'on le faisait, et que nous continuons. Alors on vous le repasse... Les journalistes qui, aujourd'hui plus encore qu'hier, se vantent de ne pas croire à "nos ancêtres les Gaulois" pour mieux croire, à grands coups de conscience, à "nos ancêtres les immigrés" ! Choisis ton camp, eh couillon !

Ça se présentait comme ça.

***


Nos ancêtres les Gaulois

Le Galate mourant. IIIème siècle av. J.C

On aurait pu dire nos ancêtres les Romains, nos ancêtres les Germains, nos ancêtres les Francs, le problème reste le même. Je m’explique.
Depuis pas mal d’années, on se moque de la formule qui m’a servi de titre au prétexte qu’elle est fausse, simplificatrice et, par-dessus tout, qu’il y a dans les écoles de France beaucoup d’enfants dont les ancêtres NE SONT PAS des Gaulois. C’est une erreur fondamentale ou, au mieux, un malentendu.
Quand on apprenait aux gosses que leurs ancêtres étaient des Gaulois, on ne prétendait pas faire la généalogie précise de chacun d’entre eux. Cent mille écoliers ont forcément cent mille généalogies différentes. Par cette formule, on prétendait dire qu’EN TANT QUE FRANÇAIS (c'est-à-dire membres de la Nation), nous avons des ancêtres, dont les Gaulois, ceux qui habitèrent ce pays il y a plus de vingt siècles, et qui continuèrent d’ailleurs de le faire, sous d’autres appellations (croyez pas qu’ils ont soudain disparu en tant qu’individus). Les ancêtres des Français actuels, d’un point de vue territorial, sont les Gaulois, et tous les autres peuples qui ont successivement campé ici. Historiquement, la formule est incomplète, fausse, réductrice, elle s’apparente au mythe, oui, mais il ne faut pas se tromper sur ce qu’elle signifie profondément. Elle s’adresse à chaque petit citoyen actuel en lui disant que ce pays existe depuis un paquet d’années en tant que tel, que des gens y ont vécu, comme nous le faisons aujourd’hui, et ces gens-là sont forcément nos ancêtres. Pas génétiquement, pas ethniquement, mais « nationalement ».
En tant que Français, je me sens tout à fait descendant des Romains, par exemple et entre autres. Je suis né à Lyon, à un kilomètre du théâtre antique, et je ne vois pas pourquoi je refuserais cet héritage. Parce que mes parents ne viennent pas de Rome ? mais ce serait un hors sujet complet ! Et que signifie, à l’échelle de l’Histoire, l’origine des parents d’un pauvre type comme moi ? Celui qui, en tant qu’individu, veut en savoir plus long sur ses ascendants a toujours la possibilité de faire des recherches généalogiques. Ce n’est quand même pas l’école qui va se charger de ça, et pour chacun d’entre nous en plus !
La question tourne en réalité autour de ce qu’on appelle une Nation. Sans être forcément « nationaliste », on ne peut pas faire l’impasse sur le fait que nous vivons dans un système appelé Nation. La Nation française repose sur ce qu’on appelle une communauté de destin. En clair, qu’on soit Savoyard, Piémontais, Polonais, Togolais (c'est-à-dire qu’on soit originaire d’un « ailleurs » plus ou moins lointain), on accepte de partager son destin avec les autres membres de la nation à partir du moment où on devient « français ». Ça ne signifie pas que notre arbre généalogique personnel soit subitement modifié, ça veut dire qu’on ne parle plus de ça, ou que ce n’est pas le sujet. Gambetta ou Mac Mahon, ou Bonaparte, ont des noms qui fleurent bon l’étranger, ce qui ne les empêche pas de faire partie de l’Histoire et de la nation françaises.
Prétendre que l’école doit apprendre aux enfants dont les parents viennent d’Afrique ou d’Asie que leurs ancêtres sont les Béninois ou les Cambodgiens, par exemple, revient à introduire une idée ethnique dans un système qui veut justement dépasser cette question archaïque. On ne peut pas à la fois être universaliste, vouloir abolir les différences de traitement selon l’origine « ethnico raciale » des citoyens, et ne parler que de leur origine ethnico raciale, à tous moments et dès l’école primaire ! Faire partie de la Nation, c’est faire théoriquement COMME SI les ethnies n’existaient pas. Ça paraît gonflé, mais c’est exactement ça. Et dans tous les pays où on ne fait pas ça, les problèmes se traduisent toujours en termes ethniques (un peu comme on commence à le faire en France depuis quelque temps). La merde. D’ailleurs, si on extrapole la situation actuelle des échanges entre les peuples, on peut prédire qu’au bout de quelques siècles de mélanges et de migrations intenses, les ethnies proprement dites disparaîtront. Autant ne pas se fier à cette réalité changeante…
Je propose d’ailleurs aux lecteurs de cet article de faire un petit exercice, pour que chacun puisse relativiser la notion de racines, autrefois exclusivement réservée aux poireaux, aux pissenlits, aux platanes et autres molaires, mais qu’on entend évoquer à tout bout de champ, sous prétexte d’exactitude. Voilà :
Chacun d’entre nous a deux parents (réels, génétiquement parlant), quatre grands-parents, huit arrière grands-parents, etc. Si on considère qu’il y a une génération tous les 25 ans, nous avons quatre générations par siècle. Un gosse né en l’an 2000 a donc sur un siècle 2 parents + 4 grands-parents + 8 arrière grands-parents +16 arrière arrière grands-parents ascendants, c'est-à-dire trente personnes qui ont fait génétiquement qu’il existe. Sur un siècle donc, 2 exposant 4 ascendants. Si on veut remonter jusqu’en l’an 1500, ce qui n’est pas de la haute antiquité, nous avons 2 exposant 20 ancêtres, c'est-à-dire 16 777 216 gugusses ! Que celui qui croit connaître ses ancêtres vienne me donner les noms de ces millions de papys, pour voir ! et leur ethnie, leurs opinions, leur religion, le pays où ils ont vécu, et s’ils avaient les yeux verts !
Non, on voit par un simple calcul que les limites de notions comme origines, racines, race, ethnie, sont vite atteintes : il s’agit pour une grande part d’un MYTHE auquel on se raccroche (genre « ma famille vient de Bretagne », qui signifie souvent que les grands-parents viennent de là-bas, au mieux qu’on a fait des recherches et qu’on a trouvé des noms sur quelques centaines d’années, des noms le plus souvent masculins, ce qui exclut mathématiquement des millions d’ancêtres féminins, et qui de toutes façons ne remontent pas bien loin si on considère que chacun d’entre nous à forcément des ascendants depuis des millénaires !). Et ce mythe est le plus fragile qui soit, pour peu qu’on y réfléchisse : un individu issu d’un peuple très homogène, par exemple un Japonais, qui fait un enfant avec un individu issu d’un peuple hétérogène, Américain, Français, Turc, Colombien, etc. produit donc immédiatement un enfant dont l’origine ethnique se perd pour moitié dans le labyrinthe du temps et des hasards, c'est-à-dire un enfant qui n’a plus d’ethnie proprement dite. C’est fini. Or c’est qui nous arrive à tous, ou ce qui nous arrivera à travers nos enfants.
La question des ancêtres d’un individu est donc une question privée qui touche à la croyance, à la représentation, au mythe. L’école ne peut pas en parler, sinon pour en rappeler justement les limites. Elle doit en revanche apprendre à ses jeunes citoyens que les gens qui vécurent ici furent successivement des Gaulois, des Romains, etc. Simplement l’histoire du pays, merde !
A cette liste, nos descendants dans deux siècles ajouteront probablement des Vietnamiens, des Turcs, des Marocains, des Portugais, etc. c'est-à-dire que la liste sera tellement longue qu’elle perdra peut-être à leurs yeux tout sens.