mardi 9 février 2010

Variations sur un (ana)thème



"La majorité des Polonais sont antisémites" (Philippe Teysson)
La majorité des polysémiques sont remplis d'monnaie
La majorité des gens qui s'limitent sont anti-lyonnais
La majorité des Antillais ont la poliomyélite
La majorité des niais sont mités aux antipodes
La majorité des polos sont partis très vite
La majorité des ampoulés-nés sautent en mountain bike
La majorité des épaules sont systématiques
La majorité des ermites d’Interpol hennissent
La majorité de Népalais sont gentils et s’évitent
La majorité des poneys lorgnent les stalagmites
Y’a ma joue ridée de peau en glissant qui s’invite
L’homme ajoute l’idée et Paulo met son tantrisme en mythe
L’âme nage Ô raté des polypes mais songe à Gombrowitz
L’hommage aux ratés dépoile mais son emphysème irrite
Tu baves aux bridés t'es pas à l'unisson: t’es gentil, t’évite
Y’avait Lou Reed et Paul MacCartney sur MTV 8
etc.
etc.
etc.
(Sur une idée de William S. Burroughs)

lundi 8 février 2010

Presque trop laid pour être vrai


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Je me souviens de « La cathédrale invisible », cette bande dessinée de François Boucq, sur un scénario de Jodorowsky, où un peuple vivant de la mer s’oblige à combattre les plus grosses baleines au harpon, dans de petites barques fragiles, pour obtenir non pas sa chair, mais la gloire de les avoir vaincues. Et, quand le combat se déroule « bien », c'est-à-dire quand la baleine ne tue aucun d’eux, ils s’infligent volontairement des blessures en guise de sacrifice : l’un se coupe un bras, l’autre se crève un œil, un troisième se sacrifie même en se jetant à l’eau, et sombre corps et biens à la recherche de la gloire. Un tel adversaire mérite qu’on souffre pour lui, et ne peut se donner sans contrepartie. Les pêcheurs se mortifient donc pour que personne ne puisse dire qu’il n’est pas dangereux d’affronter les monstres, même si c’est le cas. Cette histoire m’est revenue ce matin, quand j’ai appris que la mosquée de Saint-Étienne avait été souillée de croix gammées.
Evidemment, comme chacun ici-bas (à part les auteurs des faits), je ne sais rien de cette affaire. Je ne dirai donc rien de ses circonstances, la presse s’en chargera. Je veux simplement témoigner d’une pensée qui m’est venue spontanément, toute seule, presque contre mon gré : ça tombe à pic. Survenant moins d’une semaine après le dîner du Crif (où, semble-t-il, on évoque beaucoup plus le déferlant antisémitisme franchouillard que les milliards de raisons qui font qu’il est doux et magnifique d’habiter en France quand on est juif), ce fait divers donne l’impression de rappeler que les Juifs ne sont pas les seuls à affronter le danger fasciste, et que les Musulmans aussi ont leur part de persécutions. C’est assez connu, d’ailleurs : les non catholiques sont en danger en France, il en meurt des cohortes chaque jour et les trains de marchandises en sont pleins. Comme la guerre victimaire est devenue chez nous le seul moyen de se faire plaindre, c’est aussi le seul moyen d’exister. Si vous n’êtes pas victime d’une quelconque oppression, allez mourir ! Le titre de victime fut longtemps une malédiction, un coup du sort, il est devenu une dignité à laquelle on accède à coups de croix gammées, de discrimination (négative uniquement), d’opprobre silencieux et de phobies aux préfixes changeants.
Le Crif est une institution suffisamment puissante pour faire défiler Président de la République ou Premier Ministre chaque année dans un concert de louanges tellement énormes qu’elles puent le faux-jetonnisme : même quand on est Juif depuis Abraham, on ne déclare pas autant d’amour pour les Juifs que François Fillon l’a fait. Dire que « la sécurité d’Israël est une priorité absolue de la France », c’est évidemment mentir, et un peu se foutre des Juifs. « Priorité absolue » signifie qui passe avant toute chose, or pour un premier ministre français, c’est la sécurité de la France qui est une priorité absolue, et pas celle d’un quelconque Etat lointain, fût-il aussi proche de nous qu’Israël. Mais comme on sait que les mots et les promesses n’engagent désormais que ceux qui les écoutent, comme on a pris l’habitude chiraquo-sarkozienne d’entendre les déclarations les plus extravagantes sans réagir, Fillon s’est sûrement cru autorisé à l’éloquence. Je connais quelques personnes concernées qui n’en sont pas dupes du tout, et qui se marrent bien.



Cette attitude des dirigeants est rendue possible par le danger antisémite, mais aussi beaucoup par la véritable priorité absolue : qu’on ne les croit pas capables de passer l’antisémitisme lui-même au crible de la critique ! Soixante-quinze ans après Léon Blum, la France élit un Président fils d’immigré (dont la mère est à moitié juive), adule Yannick Noah et met Jamel Debouze au pinacle des acteurs les mieux payés, mais qu’importe : l’antisémitisme nous est toujours présenté comme absolu, total, proliférant, au moins autant que le racisme. Mais si on crie à l’antisémitisme chaque fois qu’un type peu orthodoxe en traite un autre de pas très catholique, nous aurons rapidement des chiffres épouvantables sur le sujet, épouvantables et faux. Et les affaires de racisme ou d’antisémitisme ont de plus en plus tendance à tomber à pic, comme je le disais plus haut (profanation du cimetière juif de Strasbourg- Cronenbourg deux jours avant le dîner du Crif). Ça ne signifie pas qu’elles soient fausses ni montées de toutes pièces, ça signifie qu’elles semblent opportunément appuyer un discours, une posture et des revendications communautaristes. C’est presque trop laid pour être vrai. Comme cette histoire de braquage à la burqua qui survient comme par miracle au moment où le pays tout entier s’avise que dissimuler son visage en public n’est pas uniquement une affaire de croyance archaïque. On voudrait démontrer les dangers potentiels de la burqua pour la sécurité publique, on ne s’y prendrait pas autrement… Et c’est un anti burqua déclaré qui le pense.
Comme on sait que les médias sont très prompts à relayer les affaires de croix gammées, il est assez légitime de se demander, à chaque fleuraison, si ces croix sont bien naturelles. Après tout, deux coups de pinceaux et hop, le journal de 20 heures ! On a connu des manipulations plus compliquées que ça, on se souvient de l’affaire du RER D, des fausses menaces antisémites contre Alex Moïse, de l’ignoble incendie d’un centre social juif (par un juif) et d’autres affaires du même tonneau. Comme pour les pêcheurs de Jodorowsy qui s’écharpent pour faire comme si le combat avait été meurtrier, j’ai imaginé (pure imagination en l’occurrence) qu’on puisse faire de même à coups de tags racistes, pour faire croire que les nazis sont un danger imminent dans la France de Fillon, et que ceux qui en sont victimes méritent le traitement particulier que les Premiers Ministres réservent désormais aux victimes du mal.

mardi 2 février 2010

Un ennui sérieux


Le cinéma est une invention géniale, la seule qui nécessite qu’on paye pour se faire chier. Dans mon enfance, il m’arrivait assez souvent de m’ennuyer, mais c’était gratuit. C’était même obligatoire, jusqu’à l’âge de 16 ans. Je me souviens bien que l’un des enjeux de l’âge adulte, pour moi, c’était la liberté, la liberté de faire ce que je voulais et surtout celle de ne pas faire ce que je ne voulais pas, c'est-à-dire l’impossibilité de l’ennui. Je m’ennuyais à l’école et elle était obligatoire : comme les adultes n’avaient pas ce genre d’obligation, je pensais qu’ils ne s’ennuyaient jamais. Bien sûr, je me trompais. Quoi qu’on imagine quand on est gosse, il existe bel et bien des moments et même des périodes assez longues où l’on s’ennuie, et dont on ne sort pas comme on veut, tout adulte libre qu’on soit. C’est ce qui m’est arrivé ce soir : je suis allé voir A serious man, le dernier film ennuyeux des frères Coen.
Malgré tous ses défauts, le cinéma a quand même des qualités indéniables, notamment celle de savoir renouveler les façons de s’y emmerder. Quand on y pense, ce n’est pas si facile. On est tous comme ça, on croit avoir tout vu en matière d’œuvre chiante, on croit tout connaître du soporifique, on pense qu’un film assommant est semblable à un autre et puis voilà que les frères Coen sortent un nouveau film, et l’on découvre qu’on peut s’emmerder d’une façon originale. Renouveler les formes possibles de l’ennui est l’apanage des grands réalisateurs.
Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le piège principal qui menace un cinéaste, c’est de se croire plus intelligent que ses spectateurs. C’est ce qui est en train d’arriver aux frangins. Comme ils ont compris que leur style plait, ils croient qu’ils vont pouvoir en faire la caricature ad libitum et qu’on fera semblant de ne rien remarquer. Comme ils ont un peuple de fans réjouis, dont je suis, ils escomptent qu’on leur passera tout, y compris de mauvais films, et ils n’ont pas tout à fait tort, d’ailleurs : on entend ou on lit souvent qu’un mauvais film des Coen, c’est encore un bon film par rapport à d’autres. C’est une connerie comme seuls les fans réjouis ont le front d’en faire. Je m’en garderais bien.
A serious man n’est ni une comédie ni une tragédie ni une dramatique, c’est un film raté. Il ne distrait pas, ne fait pas rire, ni réfléchir, ni penser, il n’évoque rien, n’apporte rien, ne renouvelle rien, ne fait pas plaisir à voir, il s’étale comme un restant de beurre allégé dont on essaye vainement de couvrir une tartine trop vaste. Contrairement à la tradition, il est recommandé de ne pas aller pisser avant la projection : avec un peu de chance, l’envie vous en prendra au milieu du film, vous donnant enfin un semblant de frisson, réveillant enfin une partie de votre corps engourdi. La seule aventure possible.
L’histoire est simple : un mec, parfait trou du cul gentil avec ses voisins, gentil avec les rabbins, prof de maths (oui, le parfait trou du cul), incapable d’avoir la moindre autorité sur qui que ce soit, voit sa vie partir en couilles quand sa femme décide de le quitter. S’en suivront une série de micros événements qui renforceront encore l’incapacité à agir de ce triste sire.
Pour mener leur récit à bien, les Coen ne reculent devant aucun cliché, ni devant aucune auto imitation : on a droit, successivement et dans le désordre :
1) Au coup des enfants adolescents du héros qui ne sont qu’égocentrisme niais et bruyant. L’un fume de la beuh et l’autre ne pense que coiffure et rhinoplastie (j’ai l’impression que c’est un détail qui est pompé sans vergogne d’un vieux Woody Allen). Les adolescents, dans les comédies navet, font toujours irruption dans le champ de la caméra en se disputant ou en récriminant. Je décrète solennellement que tout film se permettant encore ce cliché est définitivement raté, et que son auteur sera maudit à jamais.
2) Au coup des acteurs moches. C’est une spécialité des Coen, depuis leurs débuts. Leur science du casting fait des merveilles, et ils sont toujours capables de nous sortir des tronches invraisemblables dont on se demande où ils vont les chercher. Dans A serious man, ça ne loupe pas, nous avons notre lot de mochetés filmées en contre plongée, de paquets de rides et de gros plans sur des plis graisseux. Evidemment, après quinze films, ça ne suffit plus, ras le bol !
3) Au coup des dialogues absurdes. On se souvient tous avec émotion des dialogues hilarants de connerie dans Fargo, ce film à la fois atroce et drôle qui semble avoir été fait il y a mille ans. A serious man remet le couvert, mais ça ne prend plus, l’absurdité semble forcée, les silences ne signifient plus rien, ils pèsent de tout leur poids, ils écrasent la mécanique. Le héros médiocre de ce film qui l’est encore plus va chercher des explications à son désordre familial auprès de rabbins tous plus nuls les uns que les autres. Encore un immense cliché qu’on voit venir de loin, le coup du bigot bon teint qui ne trouve aucun secours auprès de ses guides traditionnels, tournés évidemment en ridicule.
4) Au coup du voisin zarbi. Dans cette communauté qui semble exclusivement juive, deux personnages font exception : un élève coréen qui cherche à corrompre le héros pour obtenir une bonne note, et un voisin américain 100% pur beurre, évidemment raciste, qui joue au baseball avec son fiston, chasse et rapporte son gibier sanguinolent ficelé à même le toit du gros break familial, et empiète en hypocrite sur la pelouse du héros. Un détail qu’on n’attendait pas du tout : ce voisin a toutes les apparences d’un abruti irrécupérable.
5) Au coup de la cérémonie guindée (bar-mitsva du fils) et hyper codifiée, mais que le principal intéressé vit en état d’hallucination totale. Le fils, devine un peu, a fumé un putain de joint avant d’y aller, et c’est trop marrant comme il voit double !!!
Fermez le ban.
Après le calamiteux Burn after reading, il serait peut-être temps de se rendre à l’évidence : les frères Coen sont susceptibles de rater totalement un film, ils sont même capables d’en rater deux de suite. Autre révélation : un mauvais film des Coen reste un mauvais film, tout aussi mauvais qu’un mauvais film d’un mauvais réalisateur.

vendredi 22 janvier 2010

Un festival de violence.


Lyon organise chaque année un festival du polar. C’est aussi inintéressant qu’un festival de littérature normale, mais là, on s’emmerde avec des polars. Rien de bien méchant. Après tout, il existe des festivals d’à peu près n’importe quoi en France, pourquoi pas un festival chiant du polar. Cette année, pour la promo du festival, les organisateurs ont prévu un jeu de rôle en pleine ville, intelligemment nommé « Streetwars ». Un nom anglais, ça fait classe, non ? Il s’agit de jouer au pistolet à eau dans les rues de Lyon et de se dégommer les uns les autres. Oui, je sais, le concept est simple… mais après tout, d’autres jeux sont simples et pourtant si charmants : le rami, la bataille navale, le colin-maillard…
Tu te demandes sûrement, lecteur débordé par un boulot passionnant, et qui prend sur ton temps de pause pour mater ce blog en douce, tu te demandes sûrement pourquoi je t’emmerde avec de telles conneries. Patience, les plus belles arrivent.

Conseil municipal de Lyon (France), 18 janvier 2010 – 10h17 (GMT + 1)

Guylaine Breby, responsable des subventions culturelles, soumet le dossier du festival Quai du polar au vote. Il s’agit d’une petite subvention : 160 000 euros. Une misère.
Les choses semblent rouler comme d’habitude : on entendrait voler une mouche, et d’ailleurs on en entend une (les locaux sont surchauffés, les mouches n’y craignent pas l’hiver).
Patrick Huguet, conseiller municipal UMP et ardent défenseur de la morale, se lève. Une grosse miette de croissant est restée collée à l’une de ses incisives. Ça fait marrer tout le monde, mais il ne s’en rend pas compte. Il croit simplement que les gens sont heureux de le voir. Il tique, le Patrick. Il tique.

- Monsieur Huguet, tonne Gérard Collomb, que pouvons-nous faire pour v (la fin de phrase est inaudible – faux contact dans le réseau des micros)
- Je vois, mesdames et messieurs les conseillers (sans oublier les demoiselles, les bi trans gay et lesbien et sans-papiers qui ont droit à notre respect), que le festival propose cette année encore ce jeu de pistolet à eau à ses participants. Je trouve scandaleux que la ville subventionne une opération où l’on incite à commettre des « meurtres virtuels », même avec des armes à eau. Je trouve que ce n’est pas convenable.

D’habitude, la plupart des conseillers n’écoutent pas les orateurs. Cette fois-ci, pareil. Le Patron, en revanche, ne laisse pas passer l’occase de sortir une vanne. Hélas, le micro déconnant de plus en plus, l’Histoire n’enregistrera pas la saillie, qui fit pourtant rire aux larmes son auteur pendant une bonne minute.


Voilà. Philippe Muray nous a assez démontré que la France est devenue un terrain de jeu. De grands gosses y jouent à aller écouter du jazz, de la dub, du rock, de la bonne vieille merde festive ou n’importe quoi d’autre, mais en groupe, en nombre, en masse. On peut même y voir des adultes, bravant le ridicule, se flinguant à coup de pistolet à eau en pleine rue. D’un autre côté, pour faire comme si tout ça était encore sérieux, un tartuffe s’offusque (spécialité française) du mauvais exemple donné à une jeunesse déboussolée. Va-t-il faire remarquer qu'on dépense bien du pognon pour des enfantillages? Non! il trouve ça encore trop dangereux! « Simuler des meurtres » ? vous n’y pensez pas ! Le principe de précaution est entré si profondément dans nos fesses qu’il nous empêche tout mouvement, toute fantaisie, même les plus idiotes. Patrick Huguet n’ose imaginer qu’on puisse jouer à se tuer pour de faux, même avec des pistolets à eau. Quand on pense qu’il y a moins de dix ans, par le service militaire, on permettait à des centaines de milliers de petits gars de s’amuser à tirer réellement des vraies balles qui font des trous, à lancer des grenades, et qu’aujourd’hui, on craint publiquement de les exposer au spectacle atroce de quelques trentenaires bedonnant se tirant dessus avec des pompes à eau… On craint que ça leur donne des idées…
Le plus joli, dans cette pantalonnade, c’est que la majorité socialiste, débordée sur le point de la bien-pensance responsable par un droitard plus puritain qu’elle, a immédiatement précisé que les mots « meurtre » et « pistolet » seraient retirés des documents présentant le jeu.
Avis à vous tous : du 9 au 11 avril prochain, Lyon invente le polar sans meurtre et sans pistolet. On est loin d’Ellroy…

mardi 19 janvier 2010

Air France : les gros moyens.


Tous ceux qui ont déjà pris l’avion savent que les passagers y sont traités comme de la merde. A moins de voyager en première classe ou, plus encore, en business class, les clampins sont assis sur des sièges étroits, installés aussi près que possible les uns des autres. Quand un type devant toi se met en tête d’incliner son dossier pour piquer un somme ou pour faire un putain de sudoku, il ne reste généralement que quelques centimètres entre l’arrière de son dossier et ton pif. Il ne s’agit plus d’avoir envie d’éternuer, ou c’est l’incident.
Air France a choisi de franchir une étape supplémentaire dans la déshumanisation totale de ces connards de touristes : désormais, les gros payeront deux places. La manœuvre est simple : on généralise des sièges étroits, sans espace entre eux ; puis ont décrète que les gens ne pouvant pas y insérer leurs fesses devront en louer deux. C’est arithmétique, c’est simple, ça rapporte.

Messieurs les terroristes ont beaucoup œuvré pour que les contrôles d’accès aux avions deviennent de plus en plus inquisitoriaux. De la fouille des bagages aux mains baladeuses, du portique anti-ferraille au scanner corporel, les mesures prises pour éviter leurs conneries explosives se sont progressivement rapprochées de celles réservées d’ordinaire au bétail. Mais, me diras-tu, lecteur globe-trotteur, c’est pour une raison de sécurité collective. Oui, c’est vrai. En revanche, l’idée de faire payer le voyage au poids, elle, n’a rien à voir avec la sécurité, quoi qu’en disent ces faux derches d’Air France. Il y a deux ans, d'ailleurs, l’avide compagnie aérienne avait dû lâcher de l’oseille à un passager qui avait le tort de peser 160 kilos, et qui avait dû acheter deux places pour y poser son prose encombrant. Les juges avaient condamné Air France à des broutilles.

Le métro parisien a été construit à une époque où les gens étaient petits. Bon. Les rames sont étroites, elles vont et viennent dans des tunnels étroits, et les sièges sont ridicules. On comprend qu’on a du mal à percer partout des tunnels plus larges pour le confort de nos popotins : OK. Mais les métros qui se construisent depuis, ailleurs qu’à Paris, pardon ! C’est du large. On ne lésine pas pour trois centimètres, on prévoit maousse. On fait, en somme, ce qui est normal dans une société civilisée : on adapte la machine à l’homme, et non l’inverse.

Jusqu’à ces dernières semaines, il était à peu près convenu à la surface de la Terre que la dignité d’homme (et de femme, je cause ici pour toute l’humanité !) était attribuée à chaque individu, ni plus ni moins. Un homme = un vote, par exemple, est l’application de ce principe. Air France voit les choses autrement : un individu ? Combien de kilos ? Comme un viandard compte le bœuf à la tonne, la compagnie française discrimine à tout va en fonction de ton tour de cul ! Si on y réfléchit un peu, l’idée est opportune : il paraît que la population grossit, et que le pire est à venir. Les difficultés financières d’Air France sont peut-être en passe de s’alléger, à mesure que le poids moyen du passager s’accroît. Et, comme les individus grandissent aussi, si Air France trouvait le moyen de réduire encore la distance séparant les rangées de sièges, d’ici vingt ans, elle pourra exiger que les grands achètent deux places : l’une devant, l’autre derrière ! Mieux : pour rationaliser encore plus le stockage des voyageurs, l’idée ultime serait de supprimer complètement les sièges pour ne garder que les accoudoirs : les passagers seraient clipsés directement dessus, avec consigne de ne pas desserrer les fesses avant l’arrêt total en bout de piste !
Jusqu’à présent, l’idée de vendre un billet pour le prix de deux était cantonnée aux comédies burlesques ou aux blagues pied-noires : qu’on se le dise, Air France ne rigole plus.

samedi 9 janvier 2010

Le paradis des toubibs


Chaque lecteur un peu assidu de ce blog et des articles que j’y commets, sait tout le mal que je pense de l’Information. En ayant bien conscience de ne rien dire de nouveau, mais en continuant tout de même à affirmer une chose démontrée, je prétends que l’information est un piège à cons, sauf à se méfier d’elle comme de la peste, et de ceux qui la propagent . Je tombe sur un article du Figaro relatant des troubles en Malaisie : là-bas, des musulmans incendient des églises parce qu’ils refusent que les chrétiens utilisent le nom d’Allah. J’avoue être intéressé par chaque information qui me confirme que, contrairement à l’étymologie, les religions sont des entreprises à diviser les gens. Non pas que ça m’amuse beaucoup (enfin, celle-ci est assez croquignole, ne boudons pas notre satisfaction), mais enfin, les religieux ont tellement prétendu en savoir un rayon sur la paix, la tolérance, la sagesse et la sainteté qu’il est toujours bon de rappeler qu’ils excellent aussi dans le meurtre et la bouffonnerie.
Je ne connais aucun Malais ni aucune Malaise, je ne sais même pas où se trouve la Malaisie sur une carte. D’ailleurs, avant cet article, j’ignorais qu’un pays puisse avoir un nom aussi prédestiné : j’imagine un endroit couvert d’hôpitaux, quelque chose comme ça. Le paradis des toubibs. Evidemment, on comprend que les habitants de la Malaisie ne se sentent pas bien, mais de là à déconner aussi manifestement, et en aussi grand nombre, il y a de la marge.
On est souvent étonné de la disproportion entre les raisons d’une crise et ses conséquences, et les affaires contenant un élément d’ordre religieux battent tous les records en la matière. J’ai déjà évoqué l’histoire pathétique du Brésil français, où la superstition la plus éclatante, la sottise la plus sûre d’elle avait eu raison d’un projet considérable, comme dans les meilleurs films des frères Marx. Le fait divers malais en est un autre : des gens sont assez cons pour prétendre à la fois adorer un dieu unique, putament unique même puisqu’ils le clament cent fois par jour et sur tous les toits depuis un millénaire et demi, mais ils interdisent en même temps que d’autres utilisent le mot arabe pour le désigner (Allah), lui préférant un autre nom (je ne sais pas comment on dit « Dieu » en malais : mettons « Jean-Pierre ») ! Chacun son dieu, mais il est unique ! Aux Malais musulmans seuls le droit de dire « Allah est unique » ; les malais chrétiens devant se contenter de « Jean- Pierre est grandiose » ! On rigole, mais c’est quand même grave… On est en 2010, le monde entier sait depuis longtemps que Dieu est unique, ça ne fait plus débat nulle part, surtout depuis sa mort, mais certains ne l’ont pas encore compris. Ils continuent à s’étriper pour une chose dont on se fout royalement. Encore, s’ils s’affrontaient sur la question de la vie quotidienne, sur la compatibilité de tel ou tel truc avec les commandements du Boss, je comprendrais. Mais se jeter des bombes à la face parce qu’on prétend que son dieu est plus unique que celui du voisin, je dois avoir un truc en moins, mais je ne saisis pas. Et puis, pour dire le mot « Dieu » en arabe, on dit bien « Allah », je ne vois pas comment faire autrement ! Un chrétien arabophone doit forcément dire Allah pour désigner Dieu, puisque il est unique ! C’est à y perdre son latin.


Pour en revenir au début de mon sujet, je m’étonne de ne trouver cette info que sur les sites du Figaro et de La croix. Même avec leurs moteurs de recherche internes, les sites de Libé, du Monde, de Marianne, de rue 89 ne disent rien de l’affaire. Je soumets donc cette question à ta sagacité, lecteur : pourquoi diable des journaux aussi tournés vers le monde extérieur que ces fleurons-là, ne relaient-ils pas une affaire où des musulmans incendient des églises ? A ton avis ? Bien sûr, on peut se dire que cette info redonde, qu’elle fait double usage avec d’autres où les musulmans n’ont pas le beau rôle (enfin, le rôle des gentils), et qu’il faut ménager un peu la susceptibilité de cette partie de l’humanité et éviter de la présenter comme agressive ou prise de violence. Mais d’un autre côté, je ne vois pas au nom de quoi on cacherait une information, aussi déplaisante soit-elle. Si on se plaint qu’un journal monte en épingle un fait pour des raisons d’idéologie, on peut aussi se plaindre qu’il le cache, et pour les mêmes motifs. On a entendu beaucoup de musulmans protester et se plaindre du pape suite à son discours de Ratisbonne : il avait fait allusion à un vieux débat du XIVème siècle où l'empereur byzantin Manuel II Paléologue refusait l'idée de guerre sainte et de violence en matière de religion... Les entendra-t-on condamner les incendies de Malaisie ? Leur donnera-t-on tribune dans Le Monde ? Partant de là, peux-tu me dire, lecteur, en quoi l’information en général (et celle-ci aujourd’hui) est-elle autre chose qu’un sempiternel piège à cocus ?

Précaution imprudente


Le principe de précaution est l’image la plus visible, la plus connue aussi de la nouvelle ère où nous sommes entrés : le matriarcat. Je ne sais pas si c’est la nature qui a prévu ça, ou si c’est la répartition des rôles que les sociétés humaines ont établies, mais les femmes ont ceci de différent d’avec leurs mecs : elles sont pleines de précaution. Je le sais : j’ai une mère ! Après tout, pourquoi ne pas prendre ça au sérieux : s’occuper quotidiennement des petits rend forcément prévenant, précautionneux, et l'on sait que les femmes, malgré leur "libération" et la vie moderne, s’occupent beaucoup plus des enfants que les hommes. Avoir la responsabilité de morveux toujours prompts à sauter dans le fossé, toujours à l’affût d’une connerie à faire, de préférence de celles qui font saigner, vivre en permanence avec le souci d’épargner des bobos à cette bande de sauvages, est-ce que ça ne rendrait pas précautionneux le plus flegmatique des amorphes ? Oh, je sais bien que ce que j’affirme n’a rien de scientifique, mais une simple observation quotidienne et un minimum d’expérience nous amènent à penser que les femmes sont plus prudentes que les hommes (d’ailleurs, j’ai les statistiques pour moi). Le principe de précaution tel qu’on le connaît aujourd’hui, pour aller vite et ne pas y passer vingt chapitres, peut donc être regardé comme l’extension à la société entière d’une façon typiquement féminine d’envisager l’existence. Pourquoi pas ?
Evidemment, dès qu’on parle de prudence, les casse-cous se pointent, on en arrive même à découvrir que les précautions défrisent une bonne partie de la société, et pas seulement des mecs. Plus précisément, la société travaillée au corps par le principe de précaution est portée à crier casse-cou ! dès qu’une critique s’élève. Il y a, comme ça, quelques expressions parfaitement artificielles, c'est-à-dire créées de toutes pièces par les médias, qui servent de sésame aux ahuris et qui les dispensent d’argumenter : quand un clampin affirme, par exemple, que « c’est une question de santé publique », le silence se fait immédiatement et on est prié d’opiner. Pareil pour « la justice de mon pays », dont, paraît-il, les décisions ne se « commentent » pas et en laquelle on a forcément « confiance ». Nous avons depuis peu, mais son avenir est assuré, l’étrange « violence faite aux femmes », qu’on devrait peut-être orthographier violenzfètofam tant il crépite comme une salve. Nous admirons plus rarement, mais toujours avec autant d’incrédulité, les « forces vives de la Nation », dont on ne sait si ce sont elles qui sont gonflées de peps ou si le reste du corps social paraît flapi en comparaison, enfin, nous sommes assez régulièrement bombardés de sentences ridicules, fausses et vidées de sens, mais qu’on emploie à tour de langues. Le principe de précaution en fait partie mais il a un avantage qui sème la jalousie partout : il est inscrit désormais dans la Constitution, et ça, ça se respecte !
Loin de moi l’idée de vouloir démontrer la sottise d’un principe, fût-il de précaution, fût-il inscrit dans le marbre de la hiérarchie des normes, non, d’autres s’en sont déjà chargés, avec plus ou moins de brio. En revanche, je ne résiste pas à l’envie de montrer ce qu’une application quotidienne de ce fameux principe peut avoir de burlesque, et de coûteux.
Avant d’exposer mon exemple tout chaud devant la blogosphére qui n’en reviendra pas, je précise que les militants du principe de précaution sont des militants comme les autres, c'est-à-dire aussi faux culs. Après avoir réussi à faire inscrire le principe de précaution dans la Constitution, certains précautionautes s’étonnent qu’un gouvernement ait dépensé un milliard d’euros pour acheter des vaccins contre la grippe A et qu’il se trouve aujourd’hui réduit à en brader la moitié sur Ebay. Un principe de précaution, en plus de faire bien dans la conversation et de vous permettre de poser au responsable sérieux, ça coûte de la thune.


J’habite à cinquante kilomètres au sud de Lyon. Jeudi soir, les conversations n’avaient qu’un seul sujet : la neige. On annonçait de fortes chutes de neige pour la nuit (car la neige, l’as-tu remarqué, lecteur distrait, tombe souvent la nuit, comme pour faire la surprise aux enfants quand ils se réveillent), et on s’échangeait le chiffre de 35 centimètres. Pour un lyonnais, trente cinq centimètres de neige, c’est une sorte de record (en 1990, il y en a eu un peu moins de trente en une fois, et ça fait donc vingt piges, et on s’en souvient). Pour un québécois, en dessous d’un mètre de neige, ce n’est pas vraiment de la neige, mais pour un lyonnais, c’est un coup à rester à la maison. C’est en effet ce qui s’est globalement passé : des milliers de personnes sont resté chez elles, attendant en vain ces 35 cm de neige précédant de peu l’Apocalypse. D’ailleurs, principe de précaution, les transports scolaires ont été annulés, les bus des TCL aussi, les camions de plus de 7,5t interdits de bouger tandis que la SNCF annulait certains trains. L’aéroport de Lyon, principe de précaution, décidait de ne plus faire voler les avions et fermait même carrément. Mieux : les stations de Velov (vélos en libre service) elles-mêmes ne distribuaient plus de biclous ! Pour être complet, la préfecture conseillait enfin aux gens « d’éviter de prendre leur véhicule ». Dans un tel contexte, et à moins d’habiter à 300 mètres de son boulot, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui ne se sont pas rendues au taf ce vendredi, pour rien. Oui, j’oubliai un détail : à Lyon, il y a eu moins de 10 cm de neige ce vendredi.
On aurait tort de sous-estimer les conséquences immédiates d’un tel affolement : la propagande sécuritaire fait des dégâts, du genre qu’on ne voit pas d’emblée. Je n’ai aucun moyen de savoir ce que coûte cette chiasse climatophobe qui a fait serrer les miches à la moitié du département, mais je pense aux postes non pourvus, aux commandes non livrées, aux restaurants désertés, je pense aux réservations de toutes sortes annulées, aux rendez-vous non honorés, aux nounous renvoyées chez elles, enfin je me dis que tout ça a un impact économique réel, et que l’exemple lyonnais n’est qu’un exemple parmi d’autres. Encore s’il y avait eu le demi mètre annoncé, on pourrait se dire que l’activité est soumise aux caprices du temps. Mais là, et ce n’est pas la première fois qu’on l’observe, ce sont les caprices de la préfecture, du plan vigilance de mes deux, de météo France et de la Direction du Trouillomètre qui nous pourrissent l’existence, avec la complicité intéressée des médias, qui sont prêts à tout pour vendre du papier. Au sens propre, on nous prend pour des gosses. J’entends déjà le « oui, mais SI il y avait eu 35 cm de neige ? ». Eh bien, qu’on nous laisse nous empêtrer dans les embouteillages s’il doit y en avoir, qu’on nous laisse perdre quatre heures de nos existences au cul des camions, mais qu’on ne fabrique pas de la peur pour qu’au final, on perde des journées entières à glander devant les bulletins météo comme Drogo face aux tartares. Car le paradoxe de cette pantomime, c’est que le péquin affolé reste chez lui, ne prend pas sa voiture, ne va pas bosser, les routes sont dégagées par les chasse-neige mais les camions ne roulent pas, les bus ne roulent pas, les vélos ne roulent pas, les chars à bœufs ne roulent pas et nous avons le spectacle ahurissant d’un réseau routier intact, propre, accueillant, désert et inutile : personne !


J’ai déjà entendu justifier ce type de propagande alarmiste au prétexte qu’il faudrait en dire beaucoup pour que les gens, ces gros cons, se mettent à bouger un peu. On force donc le trait pour la bonne cause, on annonce une grippe aviaire dévastatrice, une grippe A phénoménale, des vagues d’attentats atroces, des canicules en veux-tu en voilà, des réchauffements climatiques époustouflants, on met la pression à son maximum parce que, en fin d’épisode, les populations soufflant de soulagement ne se souviennent plus des énormités annoncées. Mais si on se mettait à douter de la réalité factuelle des Bérézinas à venir, si, instruits par le genre d’expérience ci-dessus, les populations (ces gros cons) se mettaient à ne plus vraiment avaler les montées des eaux, les effondrements de banquise ni les disparitions des forêts, on serait bien emmerdés, soudain…