lundi 9 septembre 2019

La révolte des ordures


Dans un monde parfait, personne ne donnerait un micro à un ancien footballeur, personne ne ferait attention à ce qu’il dit, ce qu’il écrit ni ce qu’il pense. Mais nous ne sommes pas dans un monde parfait, nous sommes en France, en 2019 : je vais donc commenter, le plus brièvement possible, les insanités proférées par un être dépourvu de tout intérêt.

vendredi 23 août 2019

Waze naze



Il y a quelques années, peut-être vingt ans, un copain m’avoue qu’il a pris l’habitude de faire ses courses chez Ed l’épicier (ou chez Leader Price, je ne m’en souviens pas, c’était l’époque où ces enseignes nouvelles envahissaient la France). Je fais les courses chez Ed, qu’il me fait, et immédiatement, il complète son aveu par une précision que je ne réclamais pas : ils ont des super produits ! J’aurais été étonné qu’il avoue acheter ses fournitures dans un magasin qui ne vend que de la merde.

vendredi 28 juin 2019

Chaleur coupable


Pas plus que vous et moi, la vague de chaleur n'est innocente. D'ailleurs, les spécialistes s'accordent à dire que ce n'est pas une vague, c'est un nouveau régime. Désormais, l'Europe est une terre de grandes chaleurs, son climat bientôt ne sera plus défini comme "tempéré". La canicule s'installe ici chez elle.

lundi 17 juin 2019

Les femmes déferlantes



Je me souviens de ce qui déclencha l’abandon de mon téléviseur, dans les années 1990 : une explosion. Un habitant de l’immeuble contigu eut la mauvaise idée de déconner avec le robinet de gaz, et l’explosion qui s’ensuivit détruisit, en même temps que les murs du dit immeuble, tous les fils cheminant sur les façades, dont celui de la télé. Qui serait resté insensible à un signe aussi colossal ? Le surlendemain, je portai ma télé à la déchetterie. A un mec me demandant s’il pouvait « la récupérer », je répondis non. Il s’éloigna en disant « connard ». J’étais sur la bonne voie.

vendredi 29 mars 2019

Les détourneurs d'objets


En ces temps de bouleversement des mœurs et des coutumes, en cette époque d’incertitudes où tout ce qu’on croyait solide s’effrite, où tout repère est suspect de péremption, où les grandes puissances elles-mêmes sont contraintes de jouer aux chaises musicales, il est réconfortant de penser rien ne pourra jamais faire disparaître ni les imbéciles, ni le mauvais goût. On a les amarres qu’on peut. Cette semaine, je vous propose donc de détester une catégorie d’imbéciles qui se distinguent par leur mauvais goût : les détourneurs d’objets.

mardi 26 mars 2019

L'art de la dénonciation



Connaissez-vous le nouveau concept d’une émission de télé à venir bientôt en France, appelée pour l'instant Allo Police (concept suédois, déjà vendu dans quinze pays, dont les USA) en attendant un nom définitif ? Simple : vous avez sûrement entendu un voisin, quelqu’un du quartier, un habitué du bar d’en face tenir des propos scandaleux ou, pire, se conduire de façon inacceptable. Ça nous arrive à tous et, hélas, nous sommes souvent démunis devant la chose. Pas de panique désormais puisque la télé nous propose de faire d’une pierre deux coups en dénonçant l’individu à la police, et en gagnant un petit quelque chose. Oh là, pas la vraie police, non, on n’est pas des monstres, la police supplétive mise en place par la chaîne elle-même, qui ne possède pas réellement les pouvoirs d’une authentique police mais qui pourra, par l’éclairage public qu’elle braquera sur les « prévenus », orienter le travail de sécurisation de l’espace public que la police réelle n’a pas toujours les moyens d’assurer.

vendredi 15 mars 2019

Les humanités étanches


Jeudi dernier, à la tombée du jour, traversant sous la pluie le quartier du faubourg Saint-Antoine pour me rendre à mon hôtel, mon regard est attiré par un spectacle irréel : au premier étage d’un immeuble, surmontant un Mc Do, une enfilade de baies vitrées laisse voir l’activité en cours dans une salle de fitness (j’ignore si ce mot est toujours à la mode dans ce milieu, il a peut-être été jugé insuffisamment anglais et remplacé par un autre ; je me souviens qu’on parlait « d’aérobic » dans les années 1980, je pense que ce terme n’a plus cours que chez les dinosaures - on s’en fout).

jeudi 28 février 2019

Les TIQIFA : apporter quelque chose.

La ruée vers l'or.(1925)

Cette semaine, je vous propose d’inaugurer une nouvelle rubrique conçue pour compléter celle des "Gens qu’on déteste". Cette rubrique traitera des Trucs incompréhensibles qu’il faut abolir – Les TIQIFA

Je ne sais pas quand cela a commencé, mais je suis sûr que nos parents n’ont pas connu le phénomène. Voici : désormais, lorsqu’on est invité à dîner chez des amis, il semble de bon ton d’apporter « quelque chose ». Non pas seulement des fleurs, comme un usage bien ancien le commande, mais quelque chose qui se mange ou se boit, quelque chose qui viendra compléter le repas, pourtant censé nous être offert. C’est un TIQIFA, et voyons pourquoi c’est nul.

dimanche 10 février 2019

Le son du jour qui met l'erreur historique au rang des beaux-arts



Alors que les Gilets jaunes en sont à leur acte XIII et que rien ne permet de dire qu'ils s'arrêteront là, un petit clin d’œil à la chanson la plus célèbre de Gil Scott-Heron : La révolution ne sera pas télévisée. Chanson-poème considérée comme l'ancêtre du rap, parue en 1970 (cette version date de 71), reprise des dizaines de fois, et qui connut une postérité auprès de tout ce que le monde compte de révolutionnaires putatifs.

Le titre de la chanson est excellent, accrocheur, et résume assez bien le contenu même du texte complet. Mais hélas, il est historiquement faux...

dimanche 27 janvier 2019

Michel Legrand s'arrête.


Une fois, j’ai vu Michel Legrand dans la petite église d’un bled de Saône-et-Loire, où il donnait un concert seul au piano. En arrivant, m’étant garé le long d’un chemin, je m’assurai auprès d’un vieux type que ma voiture ne gênait pas. Il me répondit en roulant les R, à la mode locale. Un vrai de vrai, un survivant.

L’église était bondée comme au temps des grandes ferveurs religieuses. Des chaises partout, jusqu’à un mètre cinquante du piano.

vendredi 18 janvier 2019

Rire cruellement


Tombeau pour une touriste innocente est un court et célèbre texte de Philippe Murray. Il me semble qu'il avait été mis en musique et même chanté par l'auteur, si je ne m'abuse.
Ici, le son est moyen, l'image quasi nulle mais le texte est rendu encore plus hilarant par la lecture de Luchini. Il a une façon de dire "Il faut exiger sans cesse et sans ambages la transparence totale dedans l'étiquetage" qui renforce dix fois l'effet recherché. Un acteur, ça sert à ça. On rit, on ricane, on rit cruellement, c'est terrible. C'est dans ce genre d'exercice qu'on comprend qu'il faut dire un gros merde à ceux qui, voulant introduire une morale de patronage laïc dans l'usage de l'humour, voudraient qu'on ne rigolât que dans la justice, qu'on ne se moquât de personne, qu'on ne plaisantât que de soi-même, qu'on ne blessât jamais ce connard d'Autrui. Pan ! Murray rit et se moque et démolit une touriste innocente partie se faire décapiter dans un pays où rode l'islamiste post-moderne. Qui dit mieux ?
Comme Luchini caviarde quelque peu le texte, le voici en entier.

Tombeau pour une touriste innocente

jeudi 3 janvier 2019

L'année 2018 n'a jamais existé.


Nous vivons des temps épuisants. Chaque jour apporte la confirmation qu’il est pire que le précédent, et que rien n’inversera plus la tendance. Chaque année, quand vient l’heure du bilan, il semble qu’un pas de plus a été fait dans la mauvaise direction. Toujours plus de précarité sociale, toujours plus d’Europe, toujours plus de normes, toujours plus d’interdits moralisants, toujours plus de droits opposables au monde entier, toujours plus d’Emmanuel Macron, toujours plus de pubs, de ronds-points, de chômage de masse, de loisirs mortifères, d’attentats, de « tout-numérique », de supermarchés, de télé-cauchemar, de violence ordinaire, de laideur proliférante, de mensonge médiatique, de vagues de misère/migrants, d’associations flicaillonnes, de séparatisme culturel, de guerre au vivant, de ceintures à serrer, de délires sociétaux, toujours plus d’informations, de smartphones, d’alertes-info, de flash-info, de connexions à haut débit et toujours plus d’ignorance.

samedi 1 décembre 2018

L'homme sans imagination


En 1937, George Orwell fait paraître Le quai de Wigan, un chef d’œuvre qui n’est, hélas, pas aussi connu que 1984 ou La ferme des animaux, mais qui mérite autant qu’eux de figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme. Dans un passage de son essai Orwell ou l’horreur de la politique, Simon Leys analyse en quelques phrases limpides un point important de la théorie orwellienne du roman.

« (…)Les faits par eux-mêmes ne forment jamais qu’un chaos dénué de sens : seule la création artistique peut les investir de signification, en leur conférant forme et rythme. L’imagination n’a pas seulement une fonction esthétique, mais aussi éthique. Littéralement, il faut inventer la vérité.

mardi 27 novembre 2018

Le mouvement et la pierre


J'ai entendu une conversation de haut niveau et de haute intensité, sur France Culture, où elles se font rares. C'était dans Répliques, de Finkie, qui réunissait François-Xavier Bellamy et Sylvain Tesson pour parler de leurs derniers livres respectifs, "Demeure", pour le premier, et "Petit traité sur l'immensité du monde", pour le second. Je n'ai pas encore lu leurs bouquins, mais les auteurs m'ont déjà ravi par la parole : hauteur de vues, culture, esprit poétique. Toujours ça de pris. C'est un petit régal de cinquante minutes, à quoi je vous convie.


samedi 17 novembre 2018

Les vieux des magazines qui ont des dents blanches


A en croire les chiffres, il semblerait que certaines personnes achètent encore ce qu’on appelle des magazines. Oui, aussi incroyable que cela paraisse, on peut trouver l’Obs, le Point, Paris-Match, l’Express etc. chez de simples particuliers comme vouzémoi, et pas seulement dans la salle d’attente du proctologue, leur milieu naturel. Ce phénomène touche heureusement à sa fin et s’il faut croire en quelque chose de beau en ce bas monde, c’est en la disparition de la presse que nous mettrons nos espoirs les plus fébriles.

samedi 3 novembre 2018

Jean-Louis Barrault parle aux enfants


Si vous vivez en France depuis au moins dix ans, vous ne pouvez pas ignorer les injonctions médiatico éducativo publicitaires dominantes. Celles-ci se résument finalement à peu de chose, quelques principes déguisés en slogans, si ce n’est l’inverse : sortez des sentiers battus, soyez vous-même, soyez ouvert, et bla bla, et bla bla. Ce type d’attitude s’entend dans un monde où quelques principes ne se discutent plus : l’ouverture est positive tandis que la fermeture ne l’est pas ; l’altérité est un bien, l’identité ne l’est pas ; ce qui vient de loin est toujours mieux que ce qui pousse ici ; l’inhabituel l’emporte sur la routine, le spontané sur le pondéré, ce qui est mouvant sur le statique. Dans cette collection de clichés pour classes de CM2, je propose aujourd’hui d’expérimenter de l’inhabituel, de tâter de l’altérité radicale, de faire bouger les lignes de la routine quotidienne. Oui, avec cette vidéo de 10 minutes, j’avoue céder aux injonctions modernistes : vous y verrez ce qu’on ne voit plus, y entendrez une langue exotique, y devinerez une culture qui n’a aucun rapport avec la nôtre. Vous en sortirez, nom de Dieu, des sentiers battus ! Vous voulez du dépaysement ? En voici.

mercredi 31 octobre 2018

Les GLGQTAPAF.


Il y a des livres qu’on apprécie, et des livres qu’on dévore. Il y aussi des livres qui nous tombent des mains. Il y a des conneries bien faites, des livres de pure consommation cependant séduisants, des livres imbitables. Il y a des livres très difficiles qui réclament une lecture obstinée et des livres géniaux qui nous emportent sans effort. Il est bien connu qu’il y a des livres célèbres que personne n’a jamais lus. Il y a aussi des grands livres que tu attaques avec ferveur mais que tu ne peux pas terminer. Ils tombent des mains les plus favorables. Ce sont les Grands livres géniaux que t’arrives pas à finir (GLGQTAPAF).

dimanche 14 octobre 2018

Nah'din Lyon


Depuis qu’il existe, le touriste est objet de moqueries. C’est comme ça, c’est un fait universel, parfaitement justifié, que nul ne pense à discuter. Il semble né pour deux choses : payer plus cher dans les restaurants et recevoir des moqueries dans le dos. C’est ce qu’on appelle un couillon. Mais la meilleure moquerie, la plus sincère, la plus mordante même ne remplacera jamais la critique ni le mépris. Cette semaine, l’actualité lyonnaise nous donne l’occasion de détester (encore plus) les touristes : raison suffisante pour ne pas se faire prier.


mardi 2 octobre 2018

La dernière page.


C'est la règle de la vie : l’une après l’autre, les pages se tournent. L'an dernier, avec les disparitions de Michèle Morgan et Danielle Darrieux, dernières survivantes d'un âge d'or qu'on n'est pas près de revoir, se refermait le livre des comédiens d'avant-guerre.

Aznavour, lui, était le dernier d'une race également disparue, celle des grands chanteurs-auteurs des années 50 et 60, race prolifique s'il en fut, qui ne sera peut-être plus comprise dans trente ans. Vous me direz qu’il existera toujours des gens doués qui écriront de belles chansons. C’est vrai, mais celles-ci ne seront probablement plus entendues, parce qu’un spécialiste du marketing aura décidé que le marché n’est pas porteur, ou que la tendance du moment est aux chanteuses piercées qui tirent la langue.